Dieselgate : une fraude qui pourrait tuer 200.000 personnes

Le rapport 2025 du CREA est sans ambiguïté : le dieselgate n’appartient pas au passé. Son coût sanitaire, humain et économique est encore en train de s’écrire. Il ne tient qu’aux décideurs publics de ne pas ajouter 8 000 décès de plus à une liste déjà tragiquement longue.

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Dieselgate : une fraude qui pourrait tuer 200.000 personnes | L'Automobiliste

Publié le 28 mai 2025, un rapport de 48 pages, produit par le CREA en collaboration avec ClientEarth, s’appuie sur des données issues d’essais d’émissions en conditions réelles, couplées à des modélisations de dispersion atmosphérique, et des études épidémiologiques robustes. L’objet : quantifier l’impact sanitaire réel des véhicules diesel équipés de « defeat devices » (dispositifs d’invalidation interdits), encore en circulation aujourd’hui, près de dix ans après leur interdiction.

Le périmètre de l’étude couvre l’ensemble des pays de l’Union européenne et le Royaume-Uni, avec un focus particulier sur la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni, principaux marchés automobiles concernés.

205 000 morts anticipées, 1 200 milliards d’euros de pertes : le fardeau du dieselgate

Le rapport estime que 205 000 décès prématurés auront été causés entre 2009 et 2040 dans l’UE et au Royaume-Uni, dont 124 000 déjà survenus entre 2009 et 2024. En France, le chiffre s’élève à 16 000 morts depuis 2009, et 8 000 décès supplémentaires sont considérés comme évitables d’ici à 2040, à condition que des mesures correctives soient mises en œuvre rapidement.

En termes économiques, les pertes totales s’élèveraient à 1 200 milliards d’euros, entre coûts sanitaires, jours de travail perdus, dépenses hospitalières et décès prématurés.

Dieselgate : Des dizaines de millions de véhicules encore concernés

L’analyse s’est concentrée sur 204 modèles de véhicules diesel commercialisés principalement entre 2009 et 2019. Une part significative d’entre eux continue de circuler, bien que les logiciels de fraude aient été interdits. Le CREA estime à environ 3 millions le nombre de véhicules en infraction persistante au sein du parc roulant de l’UE.

L’étude précise que ces véhicules « continuent d’émettre des niveaux de NOx (oxydes d’azote) largement supérieurs aux seuils réglementaires », notamment en conditions de conduite réelle. Ces émissions excessives ont été comparées à des situations de non-conformité systémique, bien après la révélation du dieselgate en 2015.

Les impacts sanitaires documentés : asthme, AVC, maladies respiratoires et mortalité accrue

Outre les décès prématurés, l’étude chiffre :

  • 98 000 cas d’asthme infantile attribuables à la surexposition aux NOx sur la période 2009-2024.
  • Des centaines de milliers de journées d’absence au travail.
  • Une hausse mesurable de maladies cardiovasculaires, d’AVC et d’hospitalisations d’urgence dans les zones urbaines densément exposées.

Les impacts sont particulièrement concentrés dans les grandes agglomérations où les trajets domicile-travail s’effectuent massivement en diesel (Paris, Milan, Berlin, Londres).

Pollution automobile et fraude : des mesures européennes encore trop timides selon le CREA

L’étude note que seuls quelques États membres ont exigé des rappels obligatoires ou engagé des actions coercitives contre les constructeurs. Les auteurs soulignent que « contrairement aux États-Unis, où des millions de véhicules ont été mis en conformité sous supervision fédérale dès 2016, l’Union européenne a adopté une réponse fragmentée, tardive et incomplète ».

Parmi les recommandations du rapport :

  • Mise en conformité ou retrait des véhicules concernés encore en circulation.
  • Création d’un registre européen des véhicules non conformes.
  • Renforcement des pouvoirs de l’Agence européenne pour l’environnement.

Une fraude qui continue de polluer

Dix ans après le début du scandale, l’étude conclut que « la majorité des décès futurs liés au dieselgate pourraient être évités par une action immédiate et coordonnée des gouvernements européens ».

Le CREA souligne l’urgence d’intervenir, rappelant que les oxydes d’azote sont responsables d’un effet oxydatif majeur dans les poumons, altérant durablement la fonction respiratoire, en particulier chez les enfants et les personnes âgées. Les concentrations actuelles restent supérieures aux seuils recommandés par l’OMS dans plusieurs métropoles européennes.

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