TotalEnergies annonce 9,1 milliards de bénéfice au T3 2026

TotalEnergies affiche un bénéfice net ajusté record de 9,1 milliards de dollars au troisième trimestre 2026, en hausse de 128% sur un an. Pendant ce temps, les automobilistes français continuent de payer le gazole jusqu’à 2,35€ le litre. Entre plafonnement tarifaire à 2,25€ et demandes gouvernementales d’exemplarité, l’écart entre superprofits et pouvoir d’achat interroge.

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TotalEnergies annonce 9,1 milliards de bénéfice au T3 2026 © L'Automobiliste

TotalEnergies vient d’annoncer un résultat net ajusté de 9,1 milliards de dollars au troisième trimestre 2026. Pour les automobilistes français qui paient encore en moyenne 2,35€ pour le gazole avant plafonnement, la question devient brûlante : où va cet argent ? Et surtout, pourquoi ma facture carburant ne baisse pas malgré ces superprofits historiques ?

Les chiffres qui font mal au portefeuille des automobilistes

9,1 milliards de dollars de bénéfice : qui en profite ?

Le groupe pétrolier français a dévoilé jeudi 29 octobre 2026 des résultats époustouflants. Le bénéfice net ajusté atteint 9,1 milliards de dollars au troisième trimestre, soit une progression de 128% sur un an. Le bénéfice net comptable s’établit quant à lui à 8,3 milliards de dollars, en hausse de 125% par rapport aux 3,7 milliards du T3 2025. Ces chiffres records s’expliquent principalement par l’envolée des cours du Brent, qui a atteint 97 dollars le baril en moyenne sur le trimestre, contre 69,1 dollars un an plus tôt. Les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient ont créé une tension durable sur les approvisionnements énergétiques mondiaux, propulsant les prix à des sommets.

La division raffinage-chimie de TotalEnergies a généré à elle seule un résultat opérationnel record de 3,5 milliards de dollars, contre seulement 687 millions un an auparavant. Les marges de raffinage en Europe ont été multipliées par quatre, atteignant 33,2 dollars le baril. Patrick Pouyanné, PDG du groupe, justifie ces performances exceptionnelles : « Dans un environnement de prix élevés, marqué par des marges de raffinage à des niveaux historiques et un marché du gaz haussier, TotalEnergies tire pleinement parti de son modèle intégré et de sa diversification géographique. »

Pendant ce temps, le gazole reste cher à la pompe

Alors que TotalEnergies encaisse des milliards, les automobilistes français continuent de subir des prix élevés. Avant les mesures gouvernementales annoncées début octobre, le gazole dépassait 2,35€ le litre dans de nombreuses stations. Le sans-plomb 95 oscillait autour de 2,10€ le litre en moyenne nationale. Pour un conducteur parcourant 15 000 km par an avec un véhicule diesel consommant 6 litres aux 100 km, la facture annuelle dépasse désormais 2 100€, contre environ 1 500€ en 2025. L’écart représente 600€ de dépenses supplémentaires, soit l’équivalent de plusieurs pleins gratuits que les superprofits de TotalEnergies ne compensent nullement.

Le gouvernement français a réagi en annonçant la libération de stocks stratégiques de gazole, avec un décret entrant en vigueur le 1er novembre 2026. Une baisse de 12 à 18 centimes par litre est attendue dès la première semaine de novembre. Mais cette mesure temporaire interroge : pourquoi faut-il puiser dans les réserves stratégiques plutôt que compter sur une baisse volontaire des prix par les pétroliers qui engrangent des bénéfices historiques ?

Le plafonnement à 2,25€/l : une vraie baisse ou du marketing ?

La stratégie tarifaire de TotalEnergies : gagnant-gagnant ou opération séduction ?

TotalEnergies a instauré un plafonnement volontaire du prix du gazole à 2,25€ le litre dans ses stations-service. Sur le papier, l’initiative semble généreuse : elle permet aux automobilistes d’économiser jusqu’à 10 centimes par litre par rapport aux prix pratiqués ailleurs. Mais analysons les chiffres : avec un plafond à 2,25€, un plein de 50 litres coûte 112,50€. Avant la flambée des prix, ce même plein revenait à 75€ environ. TotalEnergies offre donc une remise sur un prix qu’elle a elle-même largement contribué à faire grimper.

Pire encore, le groupe gagne des parts de marché grâce à ce plafonnement. Les automobilistes désertent les stations indépendantes, incapables de s’aligner sans marge de manœuvre financière, pour se rabattre sur les enseignes TotalEnergies. Le plafonnement devient ainsi un outil commercial redoutable : le groupe sécurise sa clientèle tout en affichant une image de responsabilité sociale. Les 9,1 milliards de bénéfice prouvent que cette stratégie n’érode en rien la rentabilité.

Comparaison avec les autres stations-service : TotalEnergies tire vraiment les prix vers le bas

Comparons les tarifs relevés fin octobre 2026 dans plusieurs régions françaises. Chez TotalEnergies, le gazole plafonné à 2,25€ représente effectivement le prix le plus bas du marché. Les stations Esso, Shell ou BP affichent entre 2,32€ et 2,38€ le litre. Les distributeurs indépendants oscillent entre 2,28€ et 2,35€. Les grandes surfaces (Leclerc, Intermarché, Carrefour) proposent généralement entre 2,20€ et 2,28€, restant compétitives mais parfois dépassées par TotalEnergies.

Concrètement, sur un plein de 50 litres, l’économie chez TotalEnergies par rapport à un concurrent classique varie de 3,50€ à 6,50€. Sur une année avec 40 pleins, cela représente entre 140€ et 260€ d’économies. Mais rappelons que ces économies se font sur des prix historiquement élevés. En 2024, avant la crise actuelle, le même plein de gazole coûtait environ 80€. Aujourd’hui, même avec le plafonnement TotalEnergies, il coûte 112,50€, soit 32,50€ de plus. L’automobiliste « économise » donc sur une hausse qu’il subit de plein fouet.

Que demande le gouvernement ? Et qu’en est-il de la taxation des superprofits ?

Maud Bregeon : l’exemplarité n’est pas un ordre

Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, a réagi aux résultats de TotalEnergies sur BFM-TV et RMC. « On a de la chance d’avoir un grand major pétrolier dans une crise telle que celle que l’on traverse, et notamment pour pallier les risques d’approvisionnement. Donc, nous, on demande à Total d’être exemplaire. On demande à Total de répercuter, encore une fois, à la baisse l’avantage de la libération des barils, de poursuivre son plafonnement autant que nécessaire, tant que cette crise perdure », a-t-elle déclaré. Elle a également ajouté : « On aurait tort de sombrer dans le Total bashing. »

Le ton reste diplomatique, presque conciliant. Le gouvernement « demande » l’exemplarité mais n’impose rien. Aucune contrainte réglementaire, aucune obligation de baisser les prix proportionnellement aux bénéfices réalisés. La ministre défend même le groupe contre les critiques, invoquant son rôle stratégique dans la sécurité énergétique française. Pour les automobilistes, le message sonne creux : TotalEnergies gagne 9,1 milliards en trois mois, mais l’État se contente d’appels à la bonne volonté.

Superprofits pétroliers : pourquoi les automobilistes attendent toujours une baisse durable

Le débat sur la taxation des superprofits refait surface. Plusieurs associations de consommateurs et partis politiques réclament une contribution exceptionnelle sur les bénéfices extraordinaires des groupes pétroliers. L’idée : redistribuer une partie de ces 9,1 milliards pour financer des aides directes aux automobilistes, des investissements dans les transports en commun ou des infrastructures de recharge électrique.

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