« Je suis tombé sur un article sur internet qui annonce une nouvelle taxation sur les camping-cars pour 2026 […] établie en fonction du poids du véhicule », s’inquiète Luc Peault, lecteur de Camping-Car Magazine, dans une question adressée à la rubrique Paroles de voyageurs. L’exemple cité dans cet article : un intégral de 4 tonnes taxé environ 700 euros par an, contre 150 euros pour un van aménagé de 2 tonnes.
Le lecteur avait de quoi s’inquiéter. Il comptait justement se rendre dans un salon pour remplacer son camping-car actuel, un modèle de 3,5 tonnes avec lequel il frôle souvent la surcharge lors de ses départs de plusieurs semaines, par un intégral de 4,2 tonnes. Il pointait aussi une contradiction avec la résolution du Parlement européen du 28 février 2024, qui autorise la conduite de camping-cars plus lourds avec le permis B.
« Pas de panique » : une confusion entre deux systèmes fiscaux
La réponse de la rédaction est sans appel. Camping-Car Magazine écrit que l’article auquel le lecteur fait référence concerne les camping-cars immatriculés en Suisse dans le Canton de Genève, et qu’en France et ailleurs dans les autres pays de la communauté européenne, il n’est nullement question de taxer les camping-cars en fonction de leur poids. Aucune taxe de l’exécutif ne frappe actuellement les possesseurs de véhicules de loisirs en France.
La rédaction va plus loin sur l’origine du texte : le site à l’origine de la rumeur publie des articles rédigés par une intelligence artificielle, jamais vérifiés, dans le seul but de générer du clic et des revenus publicitaires. Elle alerte sur la multiplication de ces sites, souvent hébergés à Dubaï ou dans d’autres paradis fiscaux, et conseille aux lecteurs qui doutent d’une information sur l’univers du véhicule de loisirs de contacter directement les journalistes des revues spécialisées.
Ce que prévoit réellement l’impôt genevois
Depuis le 1er janvier 2025, le canton de Genève applique une nouvelle méthode de calcul de l’impôt sur les véhicules, confirmée par ses services officiels. Pour les véhicules d’habitation, le montant est désormais établi selon le poids total inscrit sur le permis de circulation : plus le camping-car est lourd, plus la facture grimpe.
Seuls les véhicules immatriculés dans le canton sont concernés. Un camping-cariste français traversant la Suisse ou stationnant quelques jours à Genève n’a rien à payer. Cette réforme a été approuvée par la population locale lors d’une votation organisée en mars 2024.
Face à d’importantes hausses constatées pour certains véhicules, le Grand Conseil genevois a apporté des correctifs, retenant notamment une taxation au poids total pour les camping-cars. Les nouveaux bordereaux ont été envoyés aux propriétaires concernés début 2025. Cette redevance forfaitaire, qui remplace une taxation basée sur les émissions de CO2, est en vigueur depuis le 30 mai 2025 et ne s’applique pas aux véhicules étrangers.
Sur le fond, Luc Peault n’avait pas tort de souligner une tension. Le Parlement européen s’est prononcé en faveur de la possibilité de conduire certains camping-cars jusqu’à 4,25 tonnes avec un permis B, sous réserve de conditions et de la mise en œuvre des nouvelles règles dans les États membres. Rien n’indique, en revanche, que tous les titulaires du permis B en France peuvent déjà rouler sans formalité avec un tel véhicule.
La règle générale, telle que présentée par Service-Public.fr, reste un poids total autorisé en charge de 3,5 tonnes maximum pour le permis B. Les modalités du futur seuil européen devront d’abord être intégrées dans le droit national. Le poids d’un camping-car continue par ailleurs de conditionner sa catégorie, le permis exigé, les limitations de vitesse et certaines règles de circulation.
Une pétition intitulée « Taxe sur les camping-cars » a bien été déposée sur le site de l’Assemblée nationale. Son auteur, un certain Jean Itte, y propose une taxe annuelle d’environ un millier d’euros par camping-car, soit selon lui 1 % du prix du véhicule.
Il justifie sa proposition par les nuisances des camping-cars sur les petites routes et lors de leurs stationnements prolongés, par leur exemption de taxe de séjour alors que les communes financent des aires dédiées, par leur surcharge fréquente et l’absence de contrôle antipollution annuel, ou encore par le fait que ces touristes autonomes ne feraient pas vivre les villages traversés, sinon pour remplir leur eau aux frais des contribuables.
L’article qui rapporte cette initiative la qualifie de « brûlot anti véhicules de loisirs », aux arguments jugés dépourvus de neutralité, et évoque un possible sentiment revanchard chez son auteur. Après quatre mois de mise en ligne, la pétition n’a recueilli que 25 signatures, loin des 100 000 nécessaires pour qu’un député-rapporteur soit désigné. Un précédent comparable existe : la pétition des défenseurs des ZFE avait, elle aussi, fait long feu.





