Mauvaise nouvelle pour les automobilistes : une taxe au kilomètre arrive sur certaines autoroutes françaises, et votre trajet quotidien pourrait vous coûter bien plus cher

50 millions d’euros par an, 200 kilomètres de routes concernés, et un opérateur allemand aux commandes. La taxe poids lourds alsacienne cache un détail qui fait grincer des dents à Strasbourg.

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Mauvaise nouvelle pour les automobilistes : une taxe au kilomètre arrive sur certaines autoroutes françaises, et votre trajet quotidien pourrait vous coûter bien plus cher
Mauvaise nouvelle pour les automobilistes : une taxe au kilomètre arrive sur certaines autoroutes françaises, et votre trajet quotidien pourrait vous coûter bien plus cher © L'Automobiliste

La Collectivité européenne d’Alsace (CeA) a voté, lundi 20 octobre 2025, les modalités de sa future taxe sur les poids lourds traversant la région, baptisée R-Pass. Le dispositif entrera en vigueur au 1er janvier 2027. La collectivité en attend 50 millions d’euros de recettes annuelles.

Un tarif qui grimpe avec le poids et l’âge du véhicule

Le montant de la taxe varie selon le poids et la motorisation du camion. Les véhicules Euro 7 de moins de 12 tonnes paieront le tarif le plus bas, 7,1 centimes d’euros par kilomètre, soit 11,72 euros pour traverser l’Alsace du nord au sud, rapporte L’Automobile Magazine.

À l’autre bout de l’échelle, les véhicules Euro 0 de plus de 32 tonnes seront taxés 34,5 centimes du kilomètre, soit 56,93 euros pour le même trajet. Le texte voté par la CeA prévoit aussi une réduction de 13 % pour les abonnés effectuant plus de 20 trajets par mois.

Environ 200 kilomètres de routes sont concernés, sur l’axe nord-sud alsacien : l’A35, l’A36 entre Mulhouse et l’Allemagne, ainsi que les départementales D83, D502, D504 et D1363 qui relient cet axe à la frontière allemande. Tous les poids lourds de plus de 3,5 tonnes paieront, français comme étrangers. La collecte sera assurée par l’entreprise allemande T-Systems, filiale de Deutsche Telekom, associée à la société grenobloise GEA.

La CeA affiche un double objectif : faire contribuer les transporteurs à l’entretien d’un réseau abîmé par le trafic de transit, et pousser une partie de ce trafic à passer par l’Allemagne plutôt que par l’Alsace. Elle vise une baisse du trafic poids lourds comprise entre 5 % et 10 %.

Les transporteurs alertent sur les répercussions économiques

David Roemer, vice-président de la Fédération nationale du transport routier (FNTR) en Alsace, a averti dans un entretien accordé à ICI Alsace : « Si on ne fait rien, nos entreprises vont droit dans le mur ». La FNTR estime que la taxe fera perdre aux entreprises locales 5 % de leur chiffre d’affaires.

Pour Roemer, la répercussion du coût sur les consommateurs sera inévitable : « Ce sont les consommateurs qui vont finalement payer ».

Du côté de l’opposition à la CeA, les élus du groupe Alsace Écologiste citoyenne et solidaire jugent au contraire la mesure trop timide. Ils redoutent que le report de trafic espéré ne se produise pas, jugeant très probable que « le moindre coût de la traversée côté alsacien ne fasse pas changer les habitudes de transport pour les poids lourds européens ».

Ils ont déposé un amendement pour que les tarifs du R-Pass rejoignent à terme ceux de la Maut allemande, en moyenne deux fois plus chère.

Cette dernière comparaison n’est pas anodine. Les élus alsaciens s’inspirent directement du dispositif fédéral allemand, la LKW-Maut, dont l’augmentation avait provoqué un report massif de camions vers l’Alsace ces dernières années.

L’exemple alsacien pourrait ne pas rester isolé. La région Grand Est planche sur son propre projet de taxe kilométrique pour les poids lourds, avec l’autoroute A31 particulièrement visée. Cette compétence découle du transfert de 525 kilomètres de routes nationales et d’autoroutes de l’État vers la région, entré en vigueur au 1er janvier 2025 dans le cadre de la loi 3DS. Sont concernées les autoroutes A31, A30, A33, A313, ainsi que plusieurs routes nationales.

L’A31 relie le Luxembourg à la Lorraine puis à la vallée du Rhône. Elle constitue l’un des grands couloirs logistiques reliant le nord de l’Europe à la France, à l’Espagne et à l’Italie, avec un flux quotidien conséquent de poids lourds français et étrangers. La région évoque une mise en œuvre au cours de l’année 2027, sans calendrier ferme. Tarifs, mode de perception et exonérations éventuelles restent encore à arrêter.

Reste ce détail qui n’a échappé à personne à Strasbourg : la taxe française conçue pour concurrencer la Maut allemande sera collectée par un opérateur allemand.

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