Risque d’accident : entre l’humain et l’IA, qui est meilleur ?

Une étude de l’IIHS affirme que Waymo provoque 68% moins d’accidents que les humains. Mais derrière ce chiffre se cachent des biais majeurs : routes urbaines uniquement, vitesses limitées, absence de données hivernales et une anomalie à Austin où les robotaxis font plus d’accidents.

Publié le
Lecture : 4 min
Contrôle routier insolite : les forces de l’ordre tombent sur une voiture sans conducteur
Risque d’accident : entre l’humain et l’IA, qui est meilleur ? © L'Automobiliste

Les taxis autonomes Waymo provoqueraient 68% moins d’accidents que les conducteurs humains. Le chiffre, issu d’une étude de l’Insurance Institute for Highway Safety publiée début 2025, a fait le tour des médias. Pourtant, derrière cette statistique flatteuse se cachent des biais méthodologiques majeurs qui limitent sérieusement la portée de la comparaison. Entre routes urbaines à 40 km/h et autoroutes à 110 km/h, entre Phoenix ensoleillé et hivers canadiens, la réalité des automobilistes ordinaires n’a rien à voir avec les conditions de test des robotaxis.

Le grand écart : 68% c’est impressionnant, mais sur quoi ?

L’IIHS a analysé 50 millions de miles parcourus par Waymo entre 2021 et 2024, contre 222 milliards de miles pour les conducteurs humains dans les mêmes zones géographiques. Le taux de crash s’établit à 1,28 accident par million de miles pour les véhicules autonomes, contre 4,06 pour les humains. Mais la comparaison s’arrête là où commence la vraie vie des automobilistes.

Phoenix, San Francisco, Los Angeles : des routes très différentes de votre quotidien

Waymo opère exclusivement dans quatre villes américaines du sud-ouest : Phoenix, San Francisco, Los Angeles et Austin. Aucune autoroute, aucune route de campagne, aucune nationale à double voie. Les robotaxis circulent sur des axes urbains balisés, cartographiés au centimètre près, où la vitesse dépasse rarement les 50 km/h. Résultat : 50% des accidents Waymo surviennent à moins de 40 km/h, contre seulement 8% pour les conducteurs humains. Comparer ces environnements aseptisés aux trajets domicile-travail sur départementales ou aux départs en vacances sur autoroutes relève de la malhonnêteté intellectuelle.

Vitesse moyenne 25 mph vs autoroutes à 70 mph : comparaison biaisée ?

Eric Teoh, directeur des services statistiques à l’IIHS et auteur principal de l’étude, reconnaît lui-même les limites : « En plus d’être moins fréquents, ce sont aussi les types d’accidents les moins graves. Ils ne percutent pas l’arrière des gens. Ils ne font pas de collisions frontales autant », explique-t-il dans les colonnes de The Drive. Traduction : Waymo évite les accidents mortels parce qu’il évite les situations à risque élevé. Les crashes mono-véhicules chutent de 85%, les accidents avec blessés de 81%. Mais qu’en serait-il sur une bretelle d’autoroute à 110 km/h sous la pluie ?

Le point aveugle de Waymo : la nuit et les conditions difficiles

Paradoxe troublant : malgré leurs capteurs LiDAR et leurs radars censés percer l’obscurité, les véhicules Waymo affichent un taux d’accident anormalement élevé en conditions de faible luminosité. L’étude IIHS révèle une surreprésentation inexpliquée des crashes nocturnes, alors même que la technologie devrait théoriquement surpasser l’Å“il humain dans ces circonstances.

Pourquoi les taxis autonomes crashent plus souvent quand il fait sombre

Les chercheurs peinent à expliquer ce phénomène. Les hypothèses évoquent des difficultés d’interprétation des ombres, des reflets de phares perturbant les capteurs, ou des comportements imprévisibles des piétons et cyclistes moins visibles. Quoi qu’il en soit, le mythe de la vision parfaite de l’intelligence artificielle prend du plomb dans l’aile. Seuls 22% des 736 accidents autonomes rapportés auraient été déclarés à la police s’ils impliquaient des conducteurs humains, selon les seuils de déclaration habituels (dégâts supérieurs à 1000 dollars ou blessures).

Et en hiver ? Les données manquantes qui inquiètent

Phoenix, Los Angeles, San Francisco : pas un flocon de neige à l’horizon. Waymo projette pourtant son expansion au Canada, notamment en Ontario. Or, l’étude ne contient aucune donnée sur les performances hivernales. Verglas, neige, sel sur les routes, visibilité réduite : autant de défis absents des 50 millions de miles analysés. Les automobilistes canadiens ou européens ne peuvent tirer aucune conclusion fiable pour leurs conditions de conduite réelles.

L’anomalie Austin : quand la technologie autonome performe moins bien

Si trois villes affichent des réductions d’accidents de 76% (Phoenix), 71% (Los Angeles) et 35% (San Francisco), Austin raconte une tout autre histoire. Dans la capitale texane, Waymo enregistre 4% plus d’accidents que les conducteurs humains. Un échec relatif qui soulève des questions embarrassantes sur l’adaptabilité géographique de la technologie.

À Austin, Waymo a 4% plus d’accidents que les humains

Pourquoi Austin ? L’étude ne fournit pas d’explication définitive. Les hypothèses pointent vers une infrastructure routière différente, des comportements de conduite locaux plus imprévisibles, ou une cartographie moins mature. Quelle que soit la raison, le constat est clair : transplanter la technologie d’une ville à une autre ne garantit aucunement les mêmes résultats. La promesse d’une sécurité universelle s’effondre face à la réalité géographique.

Ce que cela révèle sur l’adaptabilité géographique

L’anomalie d’Austin démontre que les véhicules autonomes restent des systèmes hautement contextuels. Chaque nouvelle ville nécessite des mois d’apprentissage, de cartographie, d’adaptation aux spécificités locales. L’idée d’un robotaxi capable de rouler partout, immédiatement, relève encore de la science-fiction. Les automobilistes qui changent de région, empruntent des routes inconnues ou traversent plusieurs départements dans une même journée bénéficient d’une adaptabilité que l’IA est loin d’égaler.

Pour l’automobiliste moyen : que retenir vraiment ?

Au-delà des pourcentages accrocheurs, l’étude IIHS révèle surtout l’impossibilité actuelle de comparer objectivement véhicules autonomes et conducteurs humains. Les environnements, les vitesses, les distances, les conditions météorologiques diffèrent radicalement. Comme le souligne Eric Teoh : « Ce sont des signes encourageants pour l’avenir des véhicules sans conducteur. Maintenant, nous devons mettre en place le bon système de collecte de données pour garantir que ce niveau de sécurité continue ».

Les crashes autonomes sont moins graves (c’est vrai) mais moins fréquents (nuancé)

Oui, Waymo provoque des accidents moins violents. Aucune collision frontale à grande vitesse, peu de chocs arrière brutaux. Mais comparer des accrochages urbains à 30 km/h avec l’ensemble des accidents humains, autoroutes comprises, revient à comparer des pommes et des oranges. Les 68% de réduction sonnent impressionnants jusqu’à ce qu’on réalise que les véhicules autonomes n’affrontent qu’une fraction des situations auxquelles les automobilistes sont confrontés quotidiennement. Pendant ce temps, les radars intelligents continuent de surveiller les routes françaises, et les conducteurs doivent toujours souscrire une assurance auto adaptée à leurs risques réels. La vraie question demeure : dans dix ans, qui assurera les véhicules autonomes quand ils rouleront enfin sur toutes les routes, par tous les temps ?

Laisser un commentaire