La Ferrari Luce, nouveau modèle électrique de Ferrari

Ferrari dévoile la Luce, sa première voiture électrique de série, une berline révolutionnaire de 1 113 chevaux conçue avec Jony Ive. Cette rupture historique pour Maranello propose 531 km d’autonomie et un design polarisant pour 550 000 euros.

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La Ferrari Luce, nouveau modèle électrique de Ferrari © L'Automobiliste

Ferrari franchit le Rubicon électrique avec la Luce, sa première berline zéro émission

L’histoire s’écrit parfois par ruptures radicales. Pour Ferrari, le constructeur mythique de Maranello, le 25 mai 2026 marque l’entrée définitive dans l’ère électrique avec la présentation de la Luce à Rome. Cette berline quatre portes bouleverse soixante-dix-neuf années de motorisations thermiques exclusives, incarnant une mutation technologique aussi audacieuse que nécessaire pour le cheval cabré. Les Échos saluent d’emblée l’ampleur historique de ce basculement.

Révélée lors d’un événement privé dans la capitale italienne, la Ferrari Luce — « lumière » en italien — s’impose immédiatement comme la voiture la plus radicale jamais conçue à Maranello. Ni supercar compacte, ni berlinette effilée, elle adopte une configuration inédite à cinq places qui rompt frontalement avec l’ADN historique de la marque.

Une architecture électrique révolutionnaire développée en interne

Sous sa carrosserie dessinée conjointement par le Centro Stile Ferrari et LoveFrom — le cabinet du légendaire Jony Ive, ancien directeur du design d’Apple —, la Luce dissimule une technologie intégralement développée à Maranello. Ferrari a fait le choix stratégique de maîtriser l’ensemble de sa chaîne électrique, de la conception des moteurs jusqu’à l’assemblage final.

L’architecture repose sur quatre moteurs électriques synchrones à aimants permanents, un par roue, délivrant une puissance cumulée de 1 113 chevaux. Cette cavalerie électrique propulse les 2,3 tonnes de la Luce de 0 à 100 km/h en 2,5 secondes, tandis que la vitesse de pointe atteint 310 km/h — un chiffre qui aurait semblé inconcevable sur une berline électrique il y a encore quelques années. Ces performances vertigineuses ne sauraient toutefois dissimuler un poids record pour une Ferrari de série.

La batterie lithium-ion NMC de 122 kWh, fournie par le sud-coréen SK On mais assemblée à Maranello, repose sur une architecture 800 volts inédite. Cette configuration autorise une recharge rapide jusqu’à 350 kW, permettant de récupérer 70 kWh en vingt minutes seulement. L’autonomie annoncée en cycle WLTP s’établit à 531 kilomètres.

Un design polarisant signé par l’ex-créateur de l’iPhone

La collaboration avec LoveFrom, dirigé par Jony Ive et Marc Newson, produit un résultat pour le moins déroutant. Longue de 5,02 mètres, large de 1,99 mètre et haute de 1,54 mètre, la Luce adopte des proportions de grand tourisme qui tranchent radicalement avec l’héritage sportif de Ferrari.

Les jantes monumentales de 23 pouces à l’avant et 24 pouces à l’arrière — les plus grandes jamais montées sur une Ferrari de série — accentuent la massivité de l’ensemble. Cette approche stylistique délibérément épurée privilégie la pureté aérodynamique au détriment de la tension visuelle traditionnellement associée aux créations de Maranello. Le coefficient de traînée, non communiqué officiellement, serait pourtant le plus faible de toute l’histoire de la marque. Cette performance résulte d’un travail minutieux sur les flux d’air, avec des ailerons avant et arrière en forme de tunnel ainsi que des volets actifs pilotant les extracteurs thermiques.

Un habitacle révolutionnaire qui bannit le tout-tactile

L’intérieur constitue peut-être la rupture la plus spectaculaire. Alors que l’industrie automobile s’oriente massivement vers les immenses dalles tactiles, Ferrari fait le choix inverse, en proposant un poste de pilotage résolument ancré dans la matière et dans le geste. Fruit de la collaboration avec LoveFrom, cette philosophie ergonomique assume pleinement son positionnement anti-Tesla.

Le conducteur retrouve ainsi un volant en aluminium et cuir intégrant des commandes physiques dédiées, une console centrale en verre incassable dotée de sélecteurs mécaniques, et un système d’instrumentation à trois compteurs circulaires enchâssés dans une dalle OLED. Un écran tactile de 12 pouces, orientable vers le conducteur ou le passager, complète l’ensemble sans jamais le dominer.

Pour la première fois dans l’histoire de Ferrari, l’absence de transmission thermique permet d’accueillir cinq passagers sur un plancher arrière parfaitement plat. Le volume de coffre atteint 597 litres, dépassant celui du Purosangue — une prouesse qui aurait, là encore, paru impensable il y a peu.

Une signature sonore authentique, sans simulation artificielle

Contrairement à la plupart des sportives électriques qui recourent à des bandes-son numériques, Ferrari a développé une approche radicalement différente. Un système breveté capte les vibrations naturelles des moteurs électriques via des accéléromètres, les amplifie et les retransmet dans l’habitacle par voie mécanique — sans artifice numérique, sans synthèse sonore. Seule la rotation des moteurs électriques parle, dans sa vérité physique. Trois niveaux d’intensité, réglables depuis le volant, permettent au conducteur d’en moduler l’intensité à sa guise.

Un positionnement tarifaire stratosphérique face aux incertitudes du marché

Avec un prix de lancement fixé à 550 000 euros en Italie — soit environ 660 000 euros TTC en France —, la Luce devient le modèle Ferrari de série le plus onéreux de l’histoire. Ce positionnement la place très loin au-dessus du Purosangue et de la 12cilindri, confirmant la stratégie de montée en gamme du constructeur sur le segment électrique.

Cette tarification reflète néanmoins les défis colossaux de la transition électrique pour les constructeurs de supercars. Ferrari a d’ores et déjà repoussé son deuxième modèle électrique de fin 2026 à 2028, tandis que Lamborghini a gelé ses projets jusqu’en 2030. La marque au cheval cabré revoit par ailleurs sa feuille de route initiale, ramenant à 20% la part des électriques dans ses volumes en 2030, contre 40% initialement prévus.

Les premières livraisons européennes débuteront en octobre 2026, la production étant assurée dans le nouvel E-Building construit spécifiquement à Maranello. Le marché nord-américain devra, quant à lui, patienter jusqu’au printemps 2027. Dans l’univers de l’automobile de prestige, les événements se succèdent à un rythme soutenu : l’actualité récente a aussi vu le secteur du luxe faire la une pour d’autres raisons, comme en témoigne ce casse spectaculaire visant une conciergerie parisienne spécialisée dans les voitures de luxe.

Reste désormais à déterminer si cette révolution stylistique et technique saura convaincre la clientèle traditionnelle de Ferrari, habituée aux symphonies mécaniques des V8 et V12 atmosphériques. Le pari de Maranello consiste à élargir sa base client vers une génération plus jeune et technophile, tout en préservant l’exclusivité qui forge la valeur de la marque depuis 1947. Une équation dont la Luce, plus que tout autre modèle, porte l’entière responsabilité.

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