La Chine vient d’ordonner l’un des plus gros rappels automobiles jamais enregistrés, visant les poignées de porte intégrées, ces systèmes affleurants et rétractables. Plusieurs constructeurs doivent rappeler des millions de véhicules en circulation dans le pays, informe L’Automobile Magazine. Tesla est le plus touché, avec près de 3 millions de voitures concernées.
Les autorités chinoises n’ont pas attendu l’entrée en vigueur de leur nouvelle réglementation sur ces poignées, prévue au 1er janvier 2027, pour agir. En additionnant les chiffres communiqués par les différents constructeurs, le total avoisine les 5 millions de véhicules rappelés.
Le défaut touche la commande de secours
Tesla rappelle 973 156 Model 3 et 1 956 713 Model Y produites à Shanghai. En cause : la commande mécanique de secours de l’habitacle, ce dispositif manuel qui permet d’ouvrir une porte quand l’alimentation électrique chute, ce qui survient typiquement après un choc violent. Selon le régulateur chinois, cette commande se confond avec l’habitacle à cause de sa couleur, ce qui rend sa localisation difficile en situation d’urgence.
Le régulateur estime que ce défaut « peut empêcher les occupants d’ouvrir rapidement les portes pour s’échapper et gêner les secours à l’extérieur du véhicule ». Tesla va poser gratuitement une étiquette sur chaque commande manuelle et diffuser une mise à jour à distance qui abaisse automatiquement les vitres après une collision, de quoi garantir une sortie même si personne ne repère la poignée.
Huit autres constructeurs sont concernés par le même défaut de commande de secours. Leapmotor rappelle 371 200 véhicules, les modèles C01 et C11. Xiaomi doit reprendre 390 435 berlines SU7 de première génération, un modèle dont les accidents ont largement fait l’actualité en Chine.
- Xpeng rappelle 264 842 véhicules répartis entre les G6, P7 Plus et X9
- Zeekr 92 658 unités
Certaines marques prévoient aussi de coller des stickers à l’intérieur de l’habitacle pour signaler l’emplacement de la poignée, notamment quand celle-ci a la même couleur que l’habillage de la porte.
Le sujet n’a rien de théorique. Le 13 octobre 2025, à Chengdu, une Xiaomi SU7 Ultra a pris feu après un choc, sans que les passants parviennent à briser les vitres pour secourir le conducteur. En mars 2025 déjà, trois étudiantes étaient mortes dans une SU7 en flammes, faute d’avoir trouvé les commandes de secours, dissimulées dans les vide-poches des portes.
La future norme chinoise, applicable au 1er janvier 2027, imposera une ouverture mécanique sur chaque poignée extérieure. Les commandes intérieures devront elles aussi être visibles, identifiables et placées près du bord de la porte. Tant que les correctifs se limitent à des mises à jour logicielles et des autocollants, la facture reste contenue. Modifier physiquement des millions de véhicules avant l’échéance de 2027 pourrait en revanche coûter nettement plus cher.
Un précédent record détenu par les États-Unis
Jusqu’ici, les États-Unis détenaient probablement le record des plus gros rappels automobiles, étant le seul marché majeur au monde à contraindre légalement les constructeurs à ce genre d’opération. L’Europe, elle, n’impose aucune obligation continentale, hormis des cas particuliers comme l’affaire Takata, qui avait porté sur des dizaines de millions de véhicules dans le monde.
Avec cette campagne, la Chine pourrait désormais rivaliser avec les États-Unis, un État qui surveille de plus en plus étroitement la sécurité automobile sur un marché arrivé à maturité.
Le problème n’épargne d’ailleurs pas les Américains. Bloomberg racontait il y a un an le cas d’un propriétaire de Model Y ayant perdu un temps précieux pour ouvrir sa portière lors d’un accident. Une enquête du même média a recensé au moins 15 morts dans une douzaine d’accidents impliquant des Tesla aux États-Unis, avec pour cause récurrente l’impossibilité d’ouvrir les portes d’un véhicule en feu.
Le 23 juillet 2026, l’agence américaine de sécurité routière NHTSA a lancé une procédure réglementaire pour imposer une sortie de secours facile sur toutes les voitures neuves. La représentante démocrate de l’Illinois Robin Kelly a déclaré : « Quand un accident ou une panne de courant laisse conducteur et passagers prisonniers de leur propre voiture, ce n’est pas de l’innovation, c’est une défaillance de sécurité. »




