TotalEnergies applique une surtaxation renforcée sur ses bornes de recharge rapide pour l’été : la pénalité se déclenche désormais dès 30 minutes de charge, contre 45 minutes habituellement. Cette nouvelle grille tarifaire, en vigueur du 3 juillet au 31 août, prévoit un surcoût de 0,50 € par minute dès la 30ᵉ minute, contre 0,20 €/min jusqu’ici à partir de 45 minutes. Ce montant s’ajoute au prix de l’énergie déjà élevé sur les bornes rapides.
L’information a été repérée sur un imprimé affiché dans une station de recharge de l’autoroute A7, par le média Automobile Propre. La pénalité s’applique de 10 h à 20 h, c’est-à-dire aux heures de forte affluence sur les routes de vacances, et aux heures les plus chaudes de la journée.
Un panneau installé par TotalEnergies justifie la mesure sans détour : « Rechargez jusqu’à 80 % puis libérez la borne pour le suivant ».
L’été concentre en effet deux types de comportements qui allongent l’attente aux bornes : des conducteurs de voitures thermiques qui occupent des places réservées aux véhicules électriques, et des automobilistes qui laissent leur voiture branchée bien au-delà du nécessaire. Sur les aires les plus fréquentées, des bénévoles surnommés « Gilets Bleus » sont déployés pour accompagner les usagers et fluidifier le passage.
Des bornes qui ne tiennent pas leurs promesses
Le problème, selon Automobile Propre, tient à la méthode de facturation elle-même : TotalEnergies calcule sa pénalité sur le temps passé à la borne, pas sur le taux de charge réel ni sur l’énergie réellement délivrée. D’autres opérateurs ont abandonné ce système à mesure que les voitures rechargent plus vite. Or toutes les voitures n’ont pas les mêmes performances.
Des mesures effectuées sur le terrain montrent que la puissance annoncée est rarement atteinte. Sur des stations Ionity, comme celle de l’aire du Bourbonnais sur la Nationale 7, la puissance maximale affichée est de 350 kW, mais elle n’a jamais dépassé 215 kW même avec les voitures les plus performantes.
Sur des bornes TotalEnergies équipées de matériel ABB, la puissance promise de 175 kW n’a jamais dépassé 130 kW. Ces limitations viennent des bornes elles-mêmes, et non des véhicules, mais un conducteur moyen n’a aucun moyen de le vérifier sans investigations poussées, impossibles à mener pendant des vacances.
Autre facteur qui échappe totalement au conducteur : les bornes Alpitronic à deux ports de recharge, utilisées par TotalEnergies. Quand deux voitures se branchent en même temps, la puissance totale est divisée par deux, ce qui rallonge mécaniquement le temps de charge. Sur les stations surchargées, certains automobilistes se rabattent aussi sur la borne tri-standards, plus lente par construction. TotalEnergies applique pourtant la même pénalité, sans distinction.
La chaleur ajoute une contrainte supplémentaire. Sous forte température, certaines batteries peinent à évacuer les calories accumulées, notamment à 130 km/h ou dans les bouchons, ce qui pousse les systèmes embarqués à réduire eux-mêmes la puissance de charge. Des mesures réalisées avec un Renault Scenic e-Tech et une Nissan Leaf récente montrent environ cinq minutes de plus sur un cycle de charge de 10 à 80 % en plein soleil.
Le phénomène s’aggrave avec les recharges répétées, un effet baptisé rapidgate, qui touche notamment les BYD Dolphin, BYD Atto 3 et Vinfast VF6, avec des rallongements de 10 à 15 minutes. Les citadines sans refroidissement liquide, comme la Volkswagen e-Up!, la Seat Mii, la Skoda Citigo ou la nouvelle Renault Twingo e-Tech, sont aussi concernées : sur cette dernière, l’écart mesuré entre une première et une seconde recharge atteint 28 minutes sur un cycle de 15 à 80 %.
Electra et Ionity misent sur le seuil de charge
D’autres opérateurs ont choisi une logique différente. Chez Electra, la pénalité de 0,40 €/min ne se déclenche qu’à partir de 80 % de charge, et non après un temps fixe. Des voitures dépassant 90 % en moins de 30 minutes ont ainsi pu monopoliser une borne TotalEnergies sans le moindre surcoût.
Chez Ionity, le système fonctionne à l’inverse : un crédit de 5 kWh est accordé pour la recharge suivante aux conducteurs qui débranchent avant 80 %. L’offre reste toutefois limitée : elle ne vaut qu’entre 9 h et 17 h, et à condition d’avoir rechargé au moins 40 kWh, ce qui exclut de fait les batteries de moins de 55 kWh sur un cycle classique de 10 à 80 %, et impose plus de 75 kWh pour un cycle de 30 à 80 %, pourtant plus courant en été sur les aires.

