La renaissance électrique de la mythique 2 CV de Citroën
L’industrie automobile européenne s’apprête à vivre un moment historique avec le retour annoncé de la légendaire 2 CV de Citroën, cette fois-ci dans une version résolument moderne et électrique. Stellantis, la maison mère de la marque aux chevrons, a confirmé son intention de ressusciter l’iconique « Deudeuche » dans le cadre de son ambitieux projet E-Car, marquant ainsi une étape décisive dans la stratégie du constructeur pour reconquérir le marché des petites voitures urbaines abordables.
Cette annonce, révélée par France Inter et confirmée par Les Échos, s’inscrit dans une démarche plus large de démocratisation de la mobilité électrique. Alors que les constructeurs asiatiques dominent actuellement le segment des véhicules électriques bon marché, Stellantis entend riposter avec un modèle qui conjugue héritage français et innovation technologique.
Une stratégie économique ambitieuse pour Stellantis
Le projet de relance de la 2 CV s’inscrit dans la stratégie globale de Stellantis visant à proposer des « e-cars » compactes, innovantes et abordables. Cette initiative répond à un double enjeu économique : d’une part, concurrencer directement les constructeurs chinois comme Leapmotor qui inondent le marché européen avec leurs véhicules électriques à prix cassés, et d’autre part, reconquérir les parts de marché perdues sur le segment des citadines.
Antonio Filosa, directeur général de Stellantis depuis le départ de Carlos Tavarès, mise sur cette stratégie pour redynamiser les ventes du groupe. L’entreprise s’inspire notamment du succès des « kei cars » japonaises, ces petites voitures de moins de 3,40 mètres qui représentent plus du tiers du marché nippon. La Commission européenne ayant récemment ouvert la porte à un nouveau cadre réglementaire favorable aux voitures électriques européennes à moins de 15 000 euros, le timing semble parfaitement choisi.
Un positionnement tarifaire révolutionnaire
L’aspect le plus séduisant de ce projet réside dans son positionnement prix : la nouvelle 2 CV électrique devrait être commercialisée sous la barre des 15 000 euros. Ce tarif agressif place le futur modèle en concurrence directe avec la nouvelle Twingo électrique de Renault, elle aussi positionnée sur ce créneau ultra-concurrentiel.
Pour atteindre cet objectif tarifaire ambitieux, Stellantis devra probablement s’appuyer sur des composants chinois, notamment pour les batteries, élément le plus coûteux d’un véhicule électrique. Cette approche pragmatique s’inspire de la stratégie déjà adoptée par Renault pour sa nouvelle Twingo. Les accords récents signés par Stellantis avec les constructeurs chinois Dongfeng et Leapmotor s’inscrivent parfaitement dans cette logique de partenariats stratégiques.
Une cible clientèle élargie et stratégique
La clientèle visée par cette nouvelle 2 CV électrique reflète les mutations profondes du marché automobile européen. Stellantis entend séduire les ménages modestes, actuellement exclus du marché de l’électrique en raison des prix prohibitifs des modèles disponibles. Cette approche sociale de la mobilité électrique répond à une demande croissante d’accessibilité dans la transition énergétique.
Au-delà des considérations financières, cette stratégie vise également les jeunes conducteurs urbains, sensibles aux enjeux environnementaux mais contraints par des budgets serrés. Les nostalgiques de la marque constituent également un segment intéressant, la 2 CV ayant marqué plusieurs générations de Français depuis sa commercialisation en 1948.
Les caractéristiques techniques attendues incluent :
- Une autonomie adaptée aux trajets urbains et périurbains
- Un design néo-rétro rappelant l’ADN de l’originale
- Des équipements modernes adaptés aux usages contemporains
- Une robustesse héritée de la philosophie initiale du modèle
Production italienne et calendrier de lancement
Contrairement à son illustre ancêtre produite en France jusqu’en 1988, la nouvelle 2 CV électrique sera assemblée en Italie, dans l’usine Stellantis de Pomigliano d’Arco. Ce site historique de production de la Fiat Panda dispose de l’expertise nécessaire pour la fabrication de petits véhicules urbains.
Le calendrier de développement prévoit un lancement de la production dès 2028, soit dans moins de deux ans. Cette échéance relativement proche témoigne de la volonté du groupe de capitaliser rapidement sur l’évolution favorable du cadre réglementaire européen et de devancer la concurrence asiatique.
L’héritage revisité pour l’ère électrique
La renaissance de la 2 CV s’appuie sur un héritage exceptionnel. Produite de 1948 à 1990, cette « Toute petite voiture » avait révolutionné l’automobile populaire française avec son cahier des charges simple : transporter quatre personnes et 50 kg de bagages à 60 km/h maximum. Son slogan publicitaire « Quatre roues sous un parapluie » résumait parfaitement sa philosophie minimaliste et fonctionnelle.
Aujourd’hui, alors qu’elle vient de perdre sa première place dans le cœur des collectionneurs au profit de la Porsche 911 selon le baromètre 2026 de Classic Expert, la 2 CV s’apprête à reconquérir les routes européennes sous une forme totalement inédite. Xavier Chardon, directeur général de Citroën, avait d’ailleurs évoqué dès avril dernier cette possibilité de résurrection électrique.
Le retour de Gilles Vidal au poste de directeur du design chez Stellantis, après son passage chez Renault où il avait conçu les nouvelles R5 et R4, constitue un atout majeur pour ce projet. Son expertise dans la création de modèles néo-rétro sera cruciale pour respecter l’ADN historique de la 2 CV tout en l’adaptant aux codes esthétiques contemporains.
Cette renaissance électrique de la mythique Citroën s’inscrit dans une démarche plus large de valorisation du patrimoine automobile français, tout en répondant aux impératifs de la transition énergétique. Avec un positionnement de prix révolutionnaire et une production prévue dès 2028, la nouvelle 2 CV pourrait bien redevenir le symbole d’une mobilité accessible et durable pour tous les Européens.



