La route, première cause de mortalité au travail

L’accident de trajet constitue la première cause de mortalité au travail en France avec 549 décès en 2024. Les entreprises doivent intégrer la prévention routière dans leur stratégie RSE pour protéger leurs salariés et réduire les coûts associés.

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La route, première cause de mortalité au travail © L'Automobiliste

L’accident de trajet demeure le fléau le plus meurtrier de la sécurité au travail en France. Selon les dernières statistiques disponibles pour l’année 2024, 549 personnes ont perdu la vie lors d’un déplacement lié à leur activité professionnelle, confirmant que la route constitue, de loin, la première cause de mortalité au travail. Ce chiffre glaçant représente 17 % de l’ensemble de la mortalité routière française — une proportion qui dit, à elle seule, l’ampleur du phénomène.

Les trajets domiciletravail concentrent les deux tiers de ces décès, soit quelque 366 victimes recensées en 2024. Ces données révèlent la vulnérabilité singulière des salariés lors de leurs déplacements quotidiens, ces moments où la fatigue accumulée, la pression du temps et l’automatisme du trajet habituel érodent insidieusement la vigilance au volant.

Au-delà des drames humains, ces accidents engendrent chaque année plus de quatre millions de journées de travail perdues — un tribut économique et social considérable, supporté conjointement par les entreprises et la collectivité.

L’impact économique des accidents de trajet sur les entreprises

Les répercussions financières des accidents de la route liés au travail débordent largement le cadre des seuls coûts directs. Chaque accident entraîne une cascade de pertes : arrêts de travail prolongés, recrutement ou remplacement temporaire du salarié absent, formation de nouveaux collaborateurs, désorganisation des équipes — sans compter l’érosion silencieuse de la productivité collective.

Les entreprises se voient par ailleurs confrontées à une réévaluation à la hausse de leurs cotisations d’assurance, à des charges administratives accrues et, parfois, à des mises en cause sur le plan juridique. L’absentéisme induit par ces accidents représente un manque à gagner substantiel, particulièrement sensible dans les secteurs où les compétences spécialisées ne se remplacent ni aisément ni rapidement.

Cette réalité traverse tous les secteurs d’activité et toutes les strates d’entreprises, de la micro-structure artisanale aux grands groupes industriels, faisant de la sécurité routière professionnelle un enjeu transversal que nul employeur ne peut se permettre d’ignorer.

Les obligations RSE des entreprises en matière de prévention routière

Au titre de leur responsabilité sociétale d’entreprise (RSE), les employeurs français sont soumis à une obligation légale de protéger la santé et la sécurité de leurs salariés, y compris lors des déplacements professionnels. Cette responsabilité s’étend aux trajets domicile-travail, reconnus comme relevant du champ du droit du travail. Le service public rappelle d’ailleurs les obligations concrètes qui incombent aux employeurs en la matière.

Les entreprises sont ainsi tenues de déployer des programmes de sensibilisation adaptés à leurs effectifs, articulés autour de formations à la conduite préventive et aux risques routiers, de campagnes d’information sur les principaux facteurs accidentogènes — téléphone au volant, alcool, stupéfiants, vitesse excessive, fatigue —, mais aussi d’une réflexion sur l’organisation des horaires afin d’éviter les heures de pointe les plus dangereuses. La promotion des mobilités alternatives, du covoiturage ou encore du télétravail, ainsi que l’entretien rigoureux des véhicules de fonction, participent également de cette démarche globale.

L’initiative gouvernementale des Journées de la sécurité routière au travail, organisées du 18 au 22 mai 2026, fournit aux employeurs des outils concrets et clé en main pour répondre à ces obligations.

Les outils de sensibilisation mis à disposition des entreprises

La Sécurité routière propose plusieurs formats d’intervention modulables selon la taille et les contraintes de chaque structure. Ces programmes comprennent animations interactives, révisions du code de la route et kits de communication pensés pour les canaux internes de l’entreprise.

Trois formules principales coexistent : une semaine de sensibilisation par voie numérique, ponctuée de conférences en ligne accessibles à tous les collaborateurs ; une demi-journée d’échange à distance combinant apports théoriques et quiz pratiques ; enfin, une semaine complète d’immersion avec intervention d’animateurs-préventeurs spécialisés. Ces dispositifs permettent d’aborder de manière structurée les cinq grands facteurs d’accident identifiés par les experts : l’usage du téléphone au volant, la consommation d’alcool et de stupéfiants, les excès de vitesse, ainsi que les risques propres à la conduite de vélos et de deux-roues motorisés — des engins dont la présence croissante sur les routes urbaines appelle une vigilance renforcée. À ce sujet, il est d’ailleurs utile de rappeler que certaines règles du Code de la route, pourtant essentielles, restent méconnues même des conducteurs chevronnés.

Les bénéfices concrets d’une politique de prévention routière

Les entreprises qui s’engagent résolument dans la prévention routière constatent rapidement des retours sur investissement tangibles. La réduction de la sinistralité se traduit sans délai par une diminution de l’absentéisme et par l’allégement des coûts liés aux arrêts de travail.

Une telle politique renforce par ailleurs l’image de marque employeur — atout précieux dans un marché du travail sous tension, où les candidats scrutent avec une attention croissante l’engagement réel des entreprises en matière de bien-être au travail. Les salariés perçoivent favorablement les efforts déployés pour leur sécurité, ce qui nourrit leur fidélité et améliore l’attractivité globale de la structure.

Sur le plan strictement financier, les économies dégagées sur les cotisations d’assurance, les frais de remplacement et les charges administratives compensent largement les investissements consentis en formation et en sensibilisation.

Perspectives d’évolution et enjeux futurs

L’évolution technologique ouvre des perspectives prometteuses pour réduire les risques d’accident de trajet. Les systèmes avancés d’aide à la conduite, la connectivité embarquée des véhicules ou encore les applications de navigation intelligente représentent autant de leviers que les entreprises peuvent intégrer dans leur stratégie de prévention. Sur ce terrain, de nouvelles solutions GPS respectueuses de la vie privée émergent et méritent l’attention des gestionnaires de flottes.

Le développement du télétravail, dont la pandémie a considérablement accéléré l’essor, constitue également un levier structurel de réduction des risques, en diminuant mécaniquement le nombre de trajets domicile-travail exposés aux aléas de la circulation. Cette mutation profonde des modes d’organisation du travail s’inscrit pleinement dans une démarche RSE cohérente et durable.

L’Assurance Maladie intensifie quant à elle ses actions de prévention du risque routier professionnel, offrant aux entreprises un accompagnement à la fois technique et financier pour soutenir leurs initiatives de sécurisation.

Face à l’ampleur des enjeux humains et économiques, la prévention des accidents de trajet s’impose désormais comme une priorité absolue pour l’ensemble des entreprises françaises, quelle que soit leur taille ou leur secteur d’activité.

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