L’Europe s’est lancée dans un pari audacieux : installer 3,5 millions de points de recharge publics pour véhicules électriques d’ici 2030. Pourtant, on en est encore à moins d’un million de bornes, soit environ 26 % de l’objectif. Alors que la transition vers une mobilité plus verte se fait pressante, la route est encore semée d’embûches.
Où en est-on et quels sont les freins rencontrés ?
En août 2025, le rythme d’installation des bornes inquiète. Avec environ 150 000 nouvelles bornes chaque année, si rien ne change, l’Europe ne comptera que 1,7 million de bornes en 2030. Pour atteindre la cible, il faudrait en poser 520 000 par an. Cette cadence lente s’explique par plusieurs raisons : des disparités géographiques créant de vrais « déserts de recharge » dans certaines provinces françaises ou dans le centre de l’Allemagne, et une pénurie de bornes haute puissance.
Les démarches administratives trop longues et les formulations d’autorisations alourdissent aussi les choses. Par ailleurs, les raccordements au réseau électrique peinent souvent à suivre, et la compatibilité entre opérateurs laisse à désirer. Ces éléments freinent la rapidité, la fiabilité et l’accessibilité des solutions actuelles.
Disparités sur le terrain et ressenti des usagers
Les distances entre les bornes varient vraiment d’un coin à l’autre en Europe : selon une carte de Motointegrator, relayée par L’Automobile Magazine, dans certaines zones, on trouve des stations tous les 10 km, alors qu’ailleurs, il est courant de voir des tronçons allant jusqu’à 40 km sans la moindre borne. Pourtant, l’AFIR prévoit que des stations rapides soient disponibles tous les 60 km sur les réseaux transeuropéens RTE-T pour atténuer ces écarts.
Du côté de l’expérience utilisateur, seuls 10 % des points publics offrent une puissance d’au moins 150 kW, limitant ainsi la recharge rapide. Des soucis persistent également sur le paiement sans contact et la transparence des tarifs. Par exemple, en Belgique, la densité est de 938 bornes pour 100 000 habitants avec à peine 5,2 % de stations rapides, alors qu’en Norvège, plus de 30 % des bornes permettent une recharge rapide.
Quand le privé prend les devants et la mosaïque des marchés européens
Face aux difficultés du secteur public, des enseignes comme Lidl et E.Leclerc se mettent en action en installant leurs propres bornes sur leurs parkings. Fait surprenant, Lidl possède même plus de bornes que certains pays tels que l’Irlande ou la Roumanie. Ces initiatives privées proposent des solutions pratiques, comme le paiement par carte bleue, tout en bénéficiant d’une alimentation électrique locale.
Les marchés européens, pour leur part, forment un véritable patchwork. En Allemagne, l’offre est morcelée, alors qu’aux Pays-Bas, la présence publique y est bien plus marquée. La coexistence entre grands acteurs bien établis et une offre concurrentielle plus dynamique constitue un équilibre à trouver pour réussir la transition vers l’électrique.
Les enjeux côté politique et dans l’industrie
Le secteur automobile représente environ 7 % du PIB de l’Union européenne et emploie plus de 13 millions de personnes. Lors d’une rencontre à Bruxelles le 12 septembre 2025, Ursula von der Leyen a réaffirmé la stratégie européenne en annonçant la fin des ventes neuves de voitures thermiques dès 2035 avec l’idée que « quoi qu’il arrive, l’avenir est électrique ». Certains constructeurs européens s’en font une raison, pointant du doigt une demande encore modeste pour les véhicules électriques et la concurrence marquée des marques chinoises.
Pour l’industrie, cette transition doit être envisagée comme une opportunité plutôt que comme une contrainte. Michiel Langezaal, responsable du réseau Fastned, partage cette vision optimiste. La Commission européenne prévoit d’ailleurs de revoir en avance le calendrier des normes CO2, initialement fixé pour 2026, afin d’aider ce mouvement.




