« Je suis revenu terrifié » : un sénateur français raconte ce qu’il a vu dans les usines de voitures électriques chinoises mais ses rapports sont faux

Un sénateur « terrifié » par la Chine électrique… mais son propre rapport regorge d’erreurs qui affaiblissent sa démonstration. Ingénieurs, Scania, batteries : le vrai du faux mérite un vrai décodage.

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« Je suis revenu terrifié » : un sénateur français raconte ce qu'il a vu dans les usines de voitures électriques chinoises mais ses rapports sont faux
« Je suis revenu terrifié » : un sénateur français raconte ce qu’il a vu dans les usines de voitures électriques chinoises mais ses rapports sont faux © L'Automobiliste

« Je suis revenu terrifié. » La formule est d’Alain Cadec, sénateur Les Républicains des Côtes-d’Armor et auteur d’un rapport sénatorial sur l’avenir de la filière automobile, dans un entretien accordé à Public Sénat. Il venait de visiter des constructeurs chinois avec la commission des affaires économiques du Sénat, et l’avance prise par l’industrie chinoise sur les véhicules électriques l’inquiète au point qu’il évoque « 15 ans d’avance » sur l’Europe.

Le sénateur connaît bien l’usine Stellantis de Rennes, La Janais, où doit justement arriver un modèle du constructeur chinois Dongfeng. Sur le fond, son inquiétude n’a rien d’infondé : l’industrie automobile européenne a bien pris du retard, et la dépendance aux batteries chinoises reste réelle, surtout sur l’amont de la chaîne, le raffinage des métaux, les matériaux actifs et les cathodes. Mais plusieurs des exemples avancés par Alain Cadec pour illustrer ce constat comportent des erreurs factuelles.

Un rapport de 162 pages qui a pesé sur Bruxelles

Le rapport que le sénateur a co-signé est le fruit de près d’un an de travail et compte 162 pages. Il recommande de protéger l’industrie européenne, de favoriser les véhicules produits localement avec un minimum de pièces issues d’entreprises européennes, et de repousser une arrivée chinoise jugée abreuvée de subventions publiques déloyales par Bruxelles.

Les sénateurs y défendent, sans surprise, un maintien du thermique. Ce texte a conduit la Commission européenne à voter des taxes d’importation plus fortes pour plusieurs grands groupes chinois.

En réponse, des constructeurs comme SAIC et BYD prévoient de produire directement en Europe via leurs propres usines, tandis que d’autres constructeurs chinois envisagent d’utiliser des sites européens qui tournent au ralenti faute de demande. C’est le cas à La Janais : l’arrivée de Dongfeng doit y maintenir, voire augmenter, le nombre de salariés.

Une nouvelle qu’Alain Cadec accueille avec un sentiment mêlé. « Grâce à Dongfeng, le nombre de salariés va se maintenir voire augmenter, c’est une bouffée d’oxygène pour l’emploi mais c’est aussi l’arrivée des Chinois sur le territoire français, et ça c’est beaucoup plus inquiétant », a-t-il déclaré.

Les ingénieurs, un écart réel mais mal chiffré

Le sénateur avance un premier chiffre choc : « Quand la Chine sort 10 000 ingénieurs par an, la France en sort 1000. » Les deux chiffres sont faux. La France diplôme chaque année entre 46 000 et 49 000 ingénieurs, et la Chine en forme entre 1,2 et 4 millions selon les périmètres retenus.

L’écart réel se situe plutôt autour de un à vingt-cinq, voire un à quatre-vingts, quand le sénateur évoque un rapport de un à dix. Il sous-estime, sans le savoir, son propre argument.

Scania, une confusion avec Volvo

Autre affirmation contestable : « il y a des capitaux chinois dans Scania. » Le constructeur suédois de poids lourds appartient à 100 % à la holding Traton, dont Volkswagen détient près de 90 %. Aucun capital chinois n’y figure.

La confusion vient probablement de Volvo : sa branche automobile a été rachetée par le groupe chinois Geely en 2010, et le fondateur de Geely, Li Shufu, est entré au capital du groupe de camions AB Volvo en 2018. Scania et Volvo restent deux entreprises distinctes.

Les cellules de batteries, une affirmation déjà dépassée

Sur les batteries, Alain Cadec assure : « Les cellules, toutes fabriquées en Chine, nous on les assemble. » C’était vrai il y a peu, mais l’affirmation a perdu de sa validité depuis fin 2025. ACC produit désormais des cellules à Billy-Berclau, dans le Pas-de-Calais, et Verkor a inauguré son usine près de Dunkerque le 11 décembre 2025, avec une capacité de 16 GWh.

Ses premières cellules sont destinées à l’Alpine A390, attendue en 2026. Le sénateur commet aussi une erreur technique en classant les terres rares parmi les composants des cellules, aux côtés du lithium, du cobalt et du nickel : elles se trouvent en réalité dans les moteurs. Sur l’amont de la chaîne, en revanche, il a raison, le raffinage reste très largement chinois.

Le leasing social, l’éligibilité confondue avec le volume

À propos du dispositif de location d’une voiture électrique neuve à petit prix, le sénateur juge que « la tranche de population concernée est infinitésimale ». C’est l’inverse. Le plafond retenu pour 2026 est un revenu fiscal de référence de 16 880 euros par part, ce qui vise les cinq premiers déciles de revenus, soit un foyer sur deux en France.

Ce qui est réellement limité, c’est l’enveloppe : environ 50 000 véhicules, plus 50 000 supplémentaires réservés à certains professionnels. Le sénateur confond l’éligibilité, très large, avec le volume disponible, très restreint, un contresens qui abîme sa propre critique.

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