Stellantis va ouvrir son usine de Rennes au chinois Dongfeng

Stellantis confirme étudier la production de véhicules du groupe chinois Dongfeng dans son usine de Rennes. Une stratégie industrielle qui soulève des enjeux économiques, technologiques et sociaux pour l’automobile européenne.

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Stellantis confirme étudier la production de véhicules du groupe chinois Dongfeng dans son usine de Rennes. Une stratégie industrielle qui soulève des enjeux économiques, technologiques et sociaux pour l’automobile européenne. Wikipedia
Stellantis confirme étudier la production de véhicules du groupe chinois Dongfeng dans son usine de Rennes. Une stratégie industrielle qui soulève des enjeux économiques, technologiques et sociaux pour l’automobile européenne. Wikipedia | L'Automobiliste

Le groupe Stellantis poursuit sa stratégie de coopération avec les constructeurs chinois. Après un accord conclu avec Leapmotor, le constructeur franco-italo-américain envisage désormais de produire des modèles de Dongfeng Motor Corporation dans son usine de Rennes-La Janais. Derrière cette annonce, l’objectif est double : sécuriser l’avenir industriel de certains sites européens et accélérer dans la voiture électrique face à la montée en puissance des groupes chinois.

Une nouvelle étape dans la stratégie chinoise de Stellantis

Le rapprochement entre Stellantis et Dongfeng marque un tournant dans les relations industrielles entre les groupes automobiles européens et chinois. Longtemps centrés sur des partenariats destinés à produire des véhicules occidentaux en Chine, les accords changent aujourd’hui de nature. Cette fois, ce sont des modèles chinois qui pourraient être assemblés en Europe, au sein même des usines historiques du constructeur.

Le groupe a confirmé avoir signé un protocole d’accord avec Dongfeng afin de développer plusieurs activités communes en Europe. Ce partenariat concerne notamment la distribution de véhicules électriques, l’ingénierie, les achats et la production industrielle. Le site de Rennes-La Janais, près de Rennes, apparaît comme l’un des candidats envisagés pour accueillir cette production.

L’usine bretonne produit actuellement le SUV Citroën C5 Aircross. Mais le ralentissement du marché automobile européen et la transition vers l’électrique obligent les constructeurs à revoir leurs équilibres industriels. Pour Stellantis, faire entrer Dongfeng dans son dispositif européen permettrait d’apporter des volumes supplémentaires à des usines confrontées à des risques de sous-utilisation.

Le constructeur souhaite également profiter du savoir-faire chinois dans la voiture électrique. Les groupes chinois disposent aujourd’hui d’une avance importante dans les batteries, les logiciels embarqués et les coûts de production. Cette réalité pousse plusieurs constructeurs européens à nouer des alliances afin de rester compétitifs face à une concurrence devenue mondiale.

Le partenariat prévoit aussi le lancement en Europe de la marque Voyah, filiale haut de gamme de Dongfeng. Jusqu’à présent, cette marque n’avait jamais réellement réussi à s’implanter sur le continent malgré plusieurs annonces ces dernières années. Grâce au réseau industriel et commercial de Stellantis, Dongfeng pourrait désormais disposer d’une porte d’entrée beaucoup plus solide sur le marché européen.

Rennes au cœur des enjeux industriels européens

L’arrivée potentielle de Dongfeng à Rennes suscite de nombreuses interrogations chez les syndicats et les salariés. Si certains voient dans ce projet une opportunité de préserver l’activité du site, d’autres redoutent une dépendance croissante aux technologies chinoises.

Les représentants du personnel ont été informés du projet lors d’un comité social et économique extraordinaire. Plusieurs questions restent toutefois en suspens. Stellantis n’a pas précisé si l’usine de Rennes intégrerait directement la future coentreprise européenne créée avec Dongfeng. Un tel scénario pourrait modifier l’organisation industrielle du site et, à terme, le statut des salariés.

Pour autant, une partie des syndicats considère que cette stratégie reste préférable à une réduction des capacités industrielles européennes. Depuis plusieurs années, le secteur automobile fait face à une surcapacité de production en Europe. Les ventes progressent moins vite que prévu dans l’électrique, tandis que les constructeurs chinois multiplient les offensives commerciales.

Dans ce contexte, Stellantis estime qu’un partenariat avec Dongfeng peut contribuer à maintenir l’activité industrielle existante plutôt qu’à voir émerger de nouvelles usines chinoises concurrentes sur le continent. Cette logique avait déjà été avancée par l’ancien dirigeant du groupe, Carlos Tavares, lors des discussions autour de Leapmotor.

Le groupe cherche aussi à préserver sa compétitivité sur les prix. Les véhicules électriques chinois restent souvent moins coûteux à produire que leurs équivalents européens. En fabriquant certains modèles directement en Europe, Dongfeng pourrait contourner certaines contraintes douanières et répondre aux exigences du “Made in Europe”, tout en bénéficiant de l’outil industriel de Stellantis.

Cette évolution reflète un changement profond dans l’équilibre mondial du secteur automobile. Il y a encore quinze ans, les constructeurs européens exportaient principalement leur technologie vers la Chine. Désormais, ce sont les groupes chinois qui apportent leur expertise dans l’électrique et imposent leur rythme d’innovation.

Le partenariat entre Stellantis et Dongfeng pourrait ainsi devenir un laboratoire des nouvelles alliances industrielles mondiales. Mais il soulève aussi des interrogations sur l’avenir de la recherche et développement européenne, sur la place des marques historiques dans les réseaux de distribution et sur la dépendance technologique croissante de l’industrie automobile européenne vis-à-vis de la Chine.

L’étude et les informations initiales proviennent notamment des annonces officielles de Stellantis et des éléments révélés lors du comité social et économique extraordinaire organisé sur le site de Rennes-La Janais.

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