Le constructeur Honda a perdu de l’argent, une première en 70 ans

Honda enregistre sa première perte annuelle depuis son introduction en bourse en 1957, avec une perte nette de 2,65 milliards de dollars. Cette débâcle historique résulte principalement des dépréciations massives liées à sa stratégie électrique avortée et aux changements de politique américaine sur les véhicules zéro émission.

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Le constructeur Honda a perdu de l’argent, une première en 70 ans © L'Automobiliste

Le géant automobile japonais Honda vient de franchir un cap historiquement douloureux : pour la première fois depuis son introduction en bourse en 1957, le constructeur affiche une perte nette annuelle. Cette débâcle financière sans précédent trouve ses racines dans une stratégie électrique mal calibrée et dans les bouleversements politiques américains autour des véhicules zéro émission.

Les résultats de l’exercice fiscal clos en mars 2026 révèlent l’ampleur du séisme : Honda enregistre une perte nette de 423,9 milliards de yens — soit 2,65 milliards de dollars —, là où le constructeur dégageait encore 835,8 milliards de yens de bénéfice l’année précédente. Cette chute vertigineuse s’accompagne d’une perte opérationnelle de 414,3 milliards de yens, effaçant d’un trait les 1 213,4 milliards de yens de profit opérationnel de l’exercice antérieur.

Honda enregistre sa première perte annuelle depuis 1955

La source principale de cette hémorragie financière réside dans les dépréciations et charges de restructuration liées aux véhicules électriques, lesquelles ont atteint la somme vertigineuse de 1,58 trillion de yens, soit 9,9 milliards de dollars. Une facture astronomique qui illustre brutalement le revers de la stratégie électrique que Honda avait pourtant portée avec ambition.

Selon CNN, Honda a dû abandonner plusieurs modèles électriques qui devaient entrer en production aux États-Unis d’ici la fin de la décennie. Cette décision découle directement de l’effondrement de la demande consécutif aux revirements politiques de l’administration Trump : suppression du crédit d’impôt de 7 500 dollars accordé aux acheteurs de véhicules électriques, et assouplissement notable des normes d’émissions.

Sur l’ensemble de l’exercice écoulé, les ventes mondiales du groupe ont reculé de 8,9 %, à 3,387 millions d’unités. Le repli s’est montré particulièrement sévère en Asie hors Japon, où les volumes ont dévissé de plus de 21 % pour tomber à 929 000 unités, tandis que l’Amérique du Nord résistait davantage, avec une contraction de 3 % à 1,605 million d’unités.

Une industrie automobile en pleine mutation

Honda n’est pas seul à pâtir de cette reconfiguration brutale du marché. L’ensemble de l’industrie automobile traverse une période de turbulences majeures, comme en témoignent les bilans de ses concurrents les plus solides. General Motors a absorbé 7,2 milliards de dollars de charges liées à son retrait des projets électriques en 2025 ; Ford a supporté 17,4 milliards de dollars pour la même période ; quant à Stellantis, propriétaire des marques Jeep, Ram, Dodge et Chrysler, le groupe affiche des charges record de 25,4 milliards d’euros, soit 29,7 milliards de dollars.

Cette cascade de pertes met en lumière une vérité inconfortable : l’ensemble de l’industrie s’était engagée dans une course effrénée vers l’électrification, en anticipant des réglementations environnementales strictes qui ne se sont finalement pas matérialisées selon le calendrier escompté. Une stratégie industrielle construite sur des fondations réglementaires qui se sont dérobées sous ses pieds.

La stratégie de redressement de Honda

Face à cette situation critique, le PDG Toshihiro Mibe a dévoilé un plan de redressement lors d’une conférence de presse au ton grave. « Nous devons arrêter l’hémorragie aussi rapidement que possible et ouvrir la voie à une croissance future. C’est la plus grande responsabilité que j’aie », a-t-il déclaré.

La nouvelle feuille de route consacre l’abandon de l’objectif initial d’une gamme entièrement zéro émission d’ici 2040, au profit d’une stratégie hybride résolument pragmatique. Honda prévoit de lancer quinze nouveaux modèles hybrides d’ici 2030 — certains issus de mises à jour de gammes existantes, d’autres conçus de toutes pièces — tout en visant une réduction de moitié des délais de développement, des coûts et de la charge de travail.

Pour améliorer ses marges et contourner les droits de douane, le constructeur nippon entend par ailleurs augmenter significativement l’approvisionnement local en composants de motorisation hybride aux États-Unis : le taux actuel de 16 % devra atteindre 64 % dès 2028, avant de franchir le seuil des 90 % d’ici la fin de la décennie.

Des perspectives d’amélioration malgré les défis

Paradoxalement, l’annonce de ces résultats catastrophiques a provoqué une hausse marquée du cours de bourse. L’action Honda a bondi de 7,4 % à 1 417,5 yens, signe que les investisseurs ont choisi de miser sur la crédibilité du plan de redressement plutôt que de sanctionner le passé. Cette réaction s’explique notamment par des prévisions volontaristes pour l’exercice en cours : le constructeur anticipe un retour à la rentabilité avec un bénéfice opérationnel de 500 milliards de yens.

L’optimisme des marchés s’appuie également sur l’annonce d’un programme de rémunération des actionnaires d’au moins 800 milliards de yens — soit 5,05 milliards de dollars — sur les trois prochaines années, assorti du maintien du dividende annuel à 70 yens par action.

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