Mobilité urbaine : la nouvelle voiture électrique de Linktour fait trembler la concurrence

Linktour débarque en France avec l’Alumi, une microvoiture électrique sans permis à carrosserie aluminium qui défie la Citroën Ami. À partir de 9 990 €, disponible en versions L6e (45 km/h, sans permis) et L7e (90 km/h, permis B1), elle promet 120 à 180 km d’autonomie, un coffre de 320 litres et une qualité perçue inédite dans le segment. Essai terrain à Paris : la voiture sans permis est-elle devenue premium ?

Publié le
Lecture : 5 min
Mobilité urbaine : la nouvelle voiture électrique de Linktour fait trembler la concurrence
Mobilité urbaine : la nouvelle voiture électrique de Linktour fait trembler la concurrence © L'Automobiliste

Quand on referme la portière de l’Alumi, elle claque. Vraiment. Ce n’est pas le bruit creux du plastique qu’on rabat sur une Citroën Ami, mais un son dense qui annonce : vous ne conduisez pas une microvoiture ordinaire. Linktour, constructeur chinois spécialisé dans la mobilité urbaine électrique, lance en France sa première microvoiture sans permis. Le pari ? Convaincre que premium et catégorie L6e peuvent cohabiter.

Disponible dès aujourd’hui à partir de 9 990 € en offre de lancement, l’Alumi se vend à la Fnac et chez Darty via un réseau de plus de 6 000 points de vente géré par Modelabs. Une distribution inédite pour une voiture, électrique ou non. Le modèle existe en deux versions : L6e (45 km/h maximum, accessible dès 14 ans sans permis) et L7e (90 km/h, permis B1 requis dès 16 ans). Entre les deux, un fossé technique et sensoriel que nous avons mesuré sur le terrain parisien.

Premier contact : quand l’Alumi change les règles du segment

Ce bruit de portière qui ne trompe pas : l’effet aluminium

« Le premier contact avec l’Alumi ne passe pas par les yeux, mais par les oreilles. Quand on referme la portière, elle claque. Vraiment. Pas le bruit creux du plastique qu’on rabat sur une Citroën AMI, mais un son dense, rassurant, celui d’une vraie carrosserie en aluminium qui s’encastre dans son cadre », constate Automobile Propre lors de son essai de l’Alumi. Cette impression auditive n’est pas anodine. Dans un segment où le plastique thermoformé règne en maître depuis le lancement de l’Ami en 2020, Linktour joue la carte de la solidité perçue.

La carrosserie entière, panneaux latéraux inclus, sort des presses en aluminium. Une première mondiale pour une microvoiture de catégories L6e et L7e. Les portes, sans cadre, accentuent cette sensation de qualité. Linktour revendique un châssis central de 95 kg, intégrant la batterie selon la technologie Cell-to-Body (CTB) empruntée aux constructeurs premium. Le résultat ? Une rigidité structurelle inhabituelle pour un véhicule limité à 425 kg en ordre de marche (L6e) ou 450 kg (L7e).

La carrosserie en aluminium : pas du marketing, une cohérence structurelle

Linktour n’a pas choisi l’aluminium par hasard. Le constructeur chinois appartient au groupe industriel Shandong Weiqiao Pioneering, actionnaire principal de China Hongqiao Group, un géant mondial de l’aluminium. Cette intégration verticale permet à Linktour de maîtriser ses coûts tout en proposant un matériau réputé coûteux dans le segment. L’aluminium offre trois avantages déterminants : résistance à la corrosion, rapport poids-rigidité favorable, et recyclabilité totale en fin de vie.

Sur route, cette structure se traduit par une absence de vibrations parasites, même sur pavés parisiens. La caisse ne vibre pas, ne résonne pas. Comparé à l’Ami, dont la carrosserie plastique transmet chaque imperfection de la chaussée en bruits secs, l’Alumi filtre mieux les aspérités. Reste à vérifier la tenue dans le temps, mais Linktour a remporté trois prix de design en 2026 (Red Dot Award, iF Design Award, German Design Award), une reconnaissance rare pour un véhicule de catégorie L.

Dimensions et perception : comment 27 cm et 10 cm changent tout

L’Alumi face à l’Ami : espace intérieur, coffre, confort des trajets urbains

Avec 2,69 m de long et 1,50 m de large (dimensions précises : 2685 x 1500 x 1590 mm), l’Alumi surclasse l’Ami de 28 cm en longueur et 11 cm en largeur. Ces centimètres supplémentaires transforment l’habitabilité. À bord, deux adultes de gabarit moyen disposent d’un espace aux coudes viable. L’empattement de 1800 mm offre un dégagement aux jambes supérieur, même si les sièges non réglables imposent une position fixe.

Le coffre arrière annonce 320 litres, contre zéro litre exploitable chez l’Ami. Un volume suffisant pour deux valises cabine ou des courses hebdomadaires. En pratique, ce coffre autorise un usage quotidien sans compromis logistique. Curieusement, l’Alumi ne dispose pas de boîte à gants, cet espace ayant été consacré à l’intégration électronique selon Linktour. Dommage, car les petits rangements font défaut. Le combiné numérique de 5 pouces et l’écran multimédia de 10,25 pouces compensent partiellement par leur ergonomie.

Portes sans cadre et design récompensé : une démarche esthétique cohérente

Les portes sans cadre constituent un choix osé pour une microvoiture. Elles renforcent la perception haut de gamme, mais posent des questions d’étanchéité à long terme. Lors de notre essai sous pluie modérée, aucune infiltration n’a été constatée. Les joints affleurants assurent une continuité visuelle appréciable. L’Alumi évite l’écueil du design trop jouet grâce à des lignes tendues, des passages de roues marqués, et une face avant où deux projecteurs LED encadrent un bandeau lumineux. Pas révolutionnaire, mais cohérent.

Linktour mise sur une identité visuelle qui refuse le registre enfantin. Pari réussi : stationnée en bordure de trottoir, l’Alumi attire les regards curieux, pas les sourires moqueurs. Le constructeur chinois a compris qu’un segment ne devient crédible que si le produit inspire respect, pas condescendance. Les trois récompenses de design en 2026 valident cette approche.

Dynamique de conduite et modes : L6e vs L7e, deux philosophies

En L6e (45 km/h) : la limite du supportable en ville

La version L6e, bridée à 45 km/h, embarque une batterie lithium fer phosphate (LFP) de 7,2 kWh pour 120 km d’autonomie WMTC. Le moteur délivre 6 kW (8 ch) et 65 Nm de couple. Sur papier, ces chiffres ressemblent à ceux de l’Ami. Sur route, l’expérience diffère. Le moteur à fil plat, inédit dans le segment selon Linktour, offre des reprises plus franches jusqu’à 40 km/h. Passé ce seuil, la limitation électronique écrase l’accélérateur.

En circulation parisienne, où la vitesse moyenne oscille autour de 15 km/h, la L6e se montre suffisante. Mais dès qu’un boulevard périphérique ou une nationale s’impose, les 45 km/h deviennent pénibles. Les autres usagers doublent nerveusement, et le conducteur se sent en infraction morale. Automobile Propre a relevé une consommation réelle de 7,5 kWh/100 km lors de son essai urbain, soit une autonomie effective proche de 100 km. Une décote de 17 % par rapport aux 120 km WMTC, dans la norme du segment. Temps de recharge : 4 heures sur prise domestique 2 kW.

En L7e (90 km/h) : des modes Normal et Sport qui enfin changent quelque chose

La version L7e transforme l’Alumi. Batterie de 12,96 kWh, 180 km d’autonomie WMTC, moteur de 10 kW nominal (13,6 ch) et 23 kW en pic, 95 Nm de couple. Surtout, deux modes de conduite : Normal et Sport. Une première pour une microvoiture sans permis. En mode Normal, l’accélération reste douce, la vitesse maximale atteint 70 km/h. En mode Sport, les 90 km/h réglementaires deviennent accessibles, et le couple de 95 Nm procure des reprises vives entre 40 et 70 km/h.

Sur périphérique parisien, la L7e suit le flux sans gêner. L’accès aux nationales devient envisageable, même si la vitesse de 90 km/h reste juste face aux semi-remorques. Le Figaro souligne l’arrivée de Linktour sur un marché français où les voitures électriques sans permis représentent désormais 75 % des parts de marché. La L7e, accessible dès 16 ans avec le permis B1, vise les jeunes conducteurs et les seniors en quête d’une solution hybride entre scooter et citadine. Temps de recharge : 4h30 sur prise 3,3 kW. Un chargeur USB-C de 60 W équipe les versions Pro et Elite+.

Le verdict : Premium ou illusion ?

L’Alumi n’est pas une Ami premium. Elle est autre chose : une microvoiture qui refuse les compromis habituels du segment. La carrosserie en aluminium, les 320 litres de coffre, les modes de conduite différenciés (L7e), et surtout cette qualité perçue supérieure justifient un tarif de 9 990 € en lancement (10 690 € en prix normal après juin). L’Ami débute à 8 190 €, mais n’offre ni coffre, ni solidité structurelle comparable, ni autonomie étendue (75 km contre 120 ou 180 km selon version Alumi). Un écart de 1 800 € qui s’explique techniquement.

Reste la question de la crédibilité à long terme. Linktour, inconnu en Europe il y a six mois, débarque avec un produit abouti mais une notoriété nulle. La distribution via Fnac et Darty rassure partiellement, mais le contexte énergétique français favorise l’électrique, y compris dans les segments contraints comme les microvoitures. Le pari de Linktour tient en une idée : transformer la voiture sans permis en objet désirable. Un défi que même les géants comme Tesla peinent à relever dans d’autres segments.

Laisser un commentaire