Le pétrole au plus bas : le carburant va-t-il suivre ?

L’accord de paix entre les États-Unis et l’Iran provoque un effondrement du pétrole de plus de 4%, le Brent chutant à 84 dollars le baril. La réouverture annoncée du détroit d’Ormuz redonne espoir aux automobilistes confrontés à la flambée des carburants.

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Le pétrole au plus bas : le carburant va-t-il suivre ? © L'Automobiliste

L’annonce surprise d’un accord de paix entre les États-Unis et l’Iran provoque un séisme sur les marchés pétroliers. Le pétrole brut Brent s’effondre de plus de 4% à 84 dollars le baril, retrouvant ses niveaux du début mars, avant l’escalade militaire qui avait paralysé le détroit d’Ormuz. Les automobilistes français, qui subissent depuis des mois la flambée des prix du carburant, peuvent-ils espérer un répit à la pompe ?

Le pétrole chute après l’accord de paix entre Washington et Téhéran

« L’accord avec la République islamique d’Iran est désormais finalisé », a déclaré le président Donald Trump sur Truth Social dimanche soir. L’annonce fait l’effet d’une onde de choc sur les marchés énergétiques mondiaux, où les cours du pétrole américain WTI plongent simultanément de 5,6% à 80,13 dollars le baril.

Réouverture du détroit d’Ormuz : un soulagement pour l’approvisionnement mondial

Le détroit d’Ormuz, véritable artère vitale du commerce pétrolier mondial, était fermé depuis les frappes américano-israéliennes du 28 février dernier. Environ 20% des approvisionnements mondiaux en pétrole et en gaz naturel liquéfié transitent habituellement par cette voie d’eau stratégique, située entre l’Iran et Oman.

« Navires du monde entier, démarrez vos moteurs. Laissez couler le pétrole ! », s’est enthousiasmé Trump dans un second message, précisant que la réouverture interviendrait vendredi, lors de la cérémonie officielle de signature en Suisse. Le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, qui a joué le rôle de médiateur, confirme qu' »une cessation immédiate et permanente des opérations militaires » a été déclarée sur tous les fronts.

Les marchés s’enflamment en Asie, Wall Street anticipe

La nouvelle enflamme immédiatement les places financières asiatiques. L’indice Nikkei 225 de Tokyo bondit de 5,4% en séance matinale, tandis que le Kospi sud-coréen s’adjuge plus de 5,5%. Les contrats à terme sur les indices américains anticipent également une ouverture en forte hausse : les futures sur le Dow Jones progressent de 0,7%, ceux du S&P 500 de 0,9% et du Nasdaq de 1,4%.

« L’Asie était particulièrement touchée par la hausse des prix de l’énergie en raison de sa forte dépendance aux approvisionnements du Moyen-Orient », explique The Hindu dans son analyse des répercussions pour l’Inde, l’un des plus gros importateurs mondiaux de brut.

Des cours du brut qui retrouvent des niveaux soutenables

La volatilité des cours du pétrole illustre parfaitement l’ampleur du choc géopolitique de ces derniers mois. Avant le conflit, le baril de Brent évoluait autour de 70-72 dollars. Les tensions ont propulsé les cours jusqu’à 119 dollars au plus fort de la crise, soit une hausse de près de 70%. Le retour vers 84 dollars marque donc un reflux significatif, même si les niveaux restent supérieurs à ceux d’avant-crise.

Néanmoins, les analystes tempèrent l’euphorie initiale. Bob McNally, président de Rapidan Energy, met en garde contre un possible rebond des prix : « Je suis très préoccupé par la possibilité de voir les prix du pétrole exploser cet été, avec le brut se dirigeant vers 100-120 dollars et l’essence retournant vers les sommets historiques de 5 dollars le gallon. »

Plusieurs obstacles techniques demeurent. Le déminage du détroit d’Ormuz pourrait prendre plusieurs semaines à six mois. La remise en route des puits de pétrole du Moyen-Orient nécessite du temps. Un important embouteillage de pétroliers attend l’autorisation de transit. Les réserves stratégiques américaines doivent être reconstituées. L’OPEP devra également ajuster sa production pour éviter un effondrement trop brutal des cours.

Quelles répercussions concrètes sur les prix du carburant en France ?

En France, les automobilistes ressentent déjà les effets de la crise énergétique. Les prix français du carburant suivent généralement les cours internationaux avec un délai de deux à trois semaines.

Le gouvernement français avait pris des mesures d’urgence fin mars, réduisant les droits d’accise sur l’essence et le diesel de 10 euros par litre chacun pour éviter une explosion des prix en pleine période électorale. Après les élections régionales, les tarifs ont néanmoins été relevés de 7,50 euros par litre. La baisse actuelle du brut pourrait permettre aux automobilistes de voir enfin leurs factures diminuer sensiblement d’ici la fin du mois de juin.

La transmission des variations du prix du pétrole aux prix du carburant n’est toutefois pas automatique. Les raffineurs et distributeurs ajustent leurs marges selon les conditions de marché. En période de forte volatilité, ils tendent à répercuter rapidement les hausses mais plus lentement les baisses, pour se prémunir contre d’éventuels retournements brutaux.

Entre optimisme prudent et vigilance géopolitique

La signature officielle de l’accord de paix prévue vendredi en Suisse constituera un test décisif pour la crédibilité de la détente. Lars Barstad, PDG de la compagnie de pétroliers Frontline, se montre optimiste : « Dès que les États-Unis et l’Iran trouvent un accord crédible pour ne plus attaquer le transport maritime, les transits vont reprendre très rapidement. »

Vandana Hari, analyste chez Vanda Insights, souligne cependant que « le manque de détails sur ce qui a été convenu risque d’injecter de l’inquiétude et de l’incertitude sur le marché ». Joe McMonigle, président du Global Center for Energy Analysis, partage la prudence : « Je ne le croirai que lorsque je verrai des navires effectuer un passage libre et sans entrave dans le détroit. »

Pour les constructeurs automobiles et leurs clients, l’accalmie géopolitique pourrait soulager les coûts de production et de transport. La volatilité extrême du pétrole de ces derniers mois rappelle toutefois la vulnérabilité des économies dépendantes des énergies fossiles face aux soubresauts géopolitiques, renforçant l’urgence de la transition vers des mobilités plus durables.

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