Les ventes tactiques dans l’industrie automobile : une pratique qui fausse les chiffres

Les ventes tactiques faussent la réalité du marché automobile, mettant en lumière des chiffres trompeurs.

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Les constructeurs vendent beaucoup moins de voitures électriques que ce qu'ils nous disent
Les ventes tactiques dans l’industrie automobile : une pratique qui fausse les chiffres © L'Automobiliste

Face à la transition énergétique et aux remous économiques, l’industrie automobile européenne est confrontée à un souci de taille : les ventes tactiques. Ces opérations consistent à gonfler artificiellement les chiffres en enregistrant des immatriculations sans véritable client final. Alors que le secteur se trouve déjà sous pression avec la montée des véhicules électriques et les défis liés à leur adoption, cette tendance soulève de sérieuses questions sur la véracité des performances commerciales affichées, comme le montre une enquête sur l’autonomie.

Le souci des ventes tactiques

Les ventes tactiques concernent aussi bien les voitures électriques que thermiques, faussant ainsi l’ensemble du marché automobile européen. On le remarque particulièrement avec certains modèles, par exemple le Citroën ë-C3, où la grande majorité des immatriculations proviennent de loueurs de courte durée. En mai 2025, sur 1 211 Citroën ë-C3 enregistrées, 1 037 ont été immatriculées par ces loueurs, tandis que seulement 174 étaient vendues à des particuliers. De même, le Citroën ë-C3 Aircross n’est pas épargné, puisque 86 % de ses 920 immatriculations relèvent de ce mode de vente.

Tesla se démarque en limitant ce type de pratiques, mais doit faire face à une chute des immatriculations. À l’opposé, certaines marques, telles que BYD Dolphin Surf, totalisent leurs 414 immatriculations uniquement via les concessions, illustrant bien l’ampleur de la manipulation des chiffres. Par ailleurs, des marques comme Abarth, Smart et Vinfast recourent aussi aux immatriculations en mode « garage » pour gonfler leurs chiffres.

Les répercussions sur le marché

Ce mode de fonctionnement entraîne plusieurs répercussions notables. Il fait dégringoler peu à peu les chiffres dans le segment des véhicules électriques et fait baisser la valeur résiduelle des voitures. En même temps, il complique la lecture des données sur l’adoption de la mobilité électrique en Europe. Les consommateurs hésitent souvent à se lancer dans l’achat d’un véhicule électrique à cause du coût de l’électricité et du nombre insuffisant de bornes de recharge rapide, même si, au final, ces voitures se révèlent moins chères à l’usage que leurs concurrentes thermiques.

De plus, l’utilisation massive des loueurs de courte durée booste le marché de l’occasion en proposant des modèles récents après seulement quelques mois d’utilisation. Ceci peut conduire à une chute notable de la valeur résiduelle sur ce segment.

Réactions et perspectives

Face à ces pratiques, il est temps de se poser la question sur la manière dont les cabinets de consulting et les fédérations calculent la part des véhicules électriques dans les ventes neuves. Les instances européennes pourraient aussi être amenées à demander plus de clarté, en distinguant nettement entre les immatriculations associées à un client final et celles issues des ventes tactiques.

Pour certains acheteurs avisés, ces faux volumes offrent la possibilité d’acheter des modèles quasiment neufs à des prix plus bas. Toutefois, ces pratiques compliquent la lecture du marché et percent dans le débat public sur la transition énergétique.

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