Le 2 juin 2025, une enquête de Reuters a levé le voile sur un double langage embarrassant chez Tesla. Malgré un démenti catégorique publié en avril 2024 par Elon Musk, plusieurs dirigeants du groupe ont confirmé que le projet de voiture à 25 000 dollars – la Model 2 – avait bien été abandonné. Cette volte-face laisse le champ libre à des constructeurs comme BYD, désormais leaders mondiaux du segment électrique abordable.
Tesla : la Model 2 pas chère abandonnée malgré les dénégations publiques
Le 5 avril 2024, Elon Musk publiait sur X une phrase lapidaire : « Reuters ment ». Quelques instants plus tôt, l’agence révélait que Tesla avait annulé le développement de son véhicule à bas coût, souvent surnommé Model 2. Cette déclaration avait provoqué une chute immédiate du titre en Bourse, que Musk est parvenu à freiner avec son post.
Mais selon l’enquête de Rachael Levy pour Reuters, le projet avait bel et bien été enterré en interne des semaines auparavant. La décision, prise en début d’année 2024, avait été annoncée aux équipes lors d’une réunion générale, selon trois sources internes et des documents consultés par l’agence.
Face au démenti de Musk, plusieurs dirigeants sont allés jusqu’à l’interroger directement. Leur question était simple : avait-il changé d’avis ? Réponse sèche : non, « le projet est toujours mort ».
Elon Musk risque-t-il de s’attirer (encore) les foudres de la SEC ?
La réaction de Musk a semé la confusion non seulement en Bourse, mais aussi dans les rangs de Tesla. Certains cadres, selon Reuters, ont confié à leurs proches craindre une violation des règles de la Securities and Exchange Commission (SEC). Le fait de nier publiquement l’abandon d’un produit crucial, intégré aux prévisions des investisseurs, pouvait s’apparenter à une tentative de tromperie. Musk, pour rappel, avait déjà été sanctionné par la SEC en 2018, avec une amende de 40 millions de dollars pour un tweet jugé trompeur.
Un dirigeant de Tesla s’est inquiété : « Les investisseurs et le public finiront par apprendre la vérité ». D’autres redoutaient un effet désastreux sur les ventes, les acheteurs préférant retarder leurs achats dans l’espoir d’un modèle à 25 000 dollars qui, en réalité, ne sera jamais produit.
Model 2 évaporée, Model 3 dégradée : Tesla recule face à BYD
Tesla avait présenté la Model 2 comme une innovation radicale : un véhicule électrique conçu de zéro, produit sur une plateforme inédite, optimisée pour réduire les coûts de production. Cette voiture devait symboliser l’entrée de Tesla dans le marché de masse.
Mais au lieu de cela, l’entreprise se contente aujourd’hui de versions allégées des Model 3 et Model Y, prévues pour 2025. Aucune date précise, aucun tarif n’ont encore été annoncés. Sur la dernière conférence des résultats, Lars Moravy, directeur de l’ingénierie, déclarait : « Ces modèles ressembleront, dans leur forme et leur aspect, aux voitures que nous fabriquons déjà. L’essentiel, c’est qu’ils seront abordables, et que vous pourrez en acheter une. » Une ambition modeste, bien loin de la révolution industrielle annoncée.
Pendant ce temps, BYD dépasse Tesla
À force de tergiversations, Tesla a perdu son avance. En 2024, l’entreprise a enregistré sa première baisse annuelle de ventes, avant de replonger de 13 % au premier trimestre 2025 et de continuer la chute ensuite. En Europe, les ventes se sont effondrées de 50 % selon les pays. Or, Reuters souligne que pendant ce temps, BYD a pris l’ascendant, devenant le premier vendeur de voitures électriques en Europe.
Son modèle Seagull, vendu moins de 10 000 dollars en Chine, s’écoule massivement à l’international. Et ce, pendant que Tesla peaufine un hypothétique robotaxi, objet de spéculations mais toujours absent des concessions. L’investisseur Gary Black, de Future Fund LLC, l’a bien compris. Il a vendu les 1,2 million de dollars de parts Tesla détenus par son fonds. Selon lui, le futur véhicule abordable de la marque « sera un Model Y au rabais, pas un produit vraiment différenciant », rapporte Reuters.
L’abandon de la Model 2 ce modèle symbolise la fin d’une ambition populaire pour Tesla, au profit de projets plus abstraits, moins concrets, moins accessibles. Tandis que Musk brouille les pistes et tente de réécrire l’histoire sur les réseaux sociaux, la réalité industrielle rattrape l’illusion : la voiture électrique accessible au plus grand nombre ne viendra pas de Californie.


