Renault accélère la fabrication de drones kamikazes

Renault s’apprête à lancer la production de masse de drones militaires avant la fin 2024, en partenariat avec Turgis & Gaillard. La ministre des Armées Catherine Vautrin confirme une cadence industrielle automobile pour ce projet Chorus, mobilisant l’expertise du constructeur au service de la défense française.

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Renault accélère la fabrication de drones kamikazes © L'Automobiliste

Le constructeur automobile Renault s’apprête à franchir une étape décisive dans sa diversification vers la défense. Catherine Vautrin, ministre des Armées, a confirmé le 6 juin que le groupe français, associé à la société spécialisée Turgis & Gaillard, lancera « la production de masse » de drones militaires « avant la fin de cette année ». Cette annonce concrétise le projet Chorus, programme stratégique qui mobilise les capacités industrielles du constructeur au service des besoins militaires français.

« Ils en sont à la phase des essais. La production de masse, à cadence industrielle automobile, débutera avant la fin de cette année », a précisé la ministre dans un entretien accordé à Ouest-France. Cette déclaration officialise l’engagement du losange dans un secteur étranger à son cœur de métier, mais où ses compétences en production de masse s’avèrent particulièrement recherchées par l’État.

L’expertise automobile de Renault au service du projet Chorus

L’alliance entre Renault et Turgis & Gaillard repose sur une complémentarité technique évidente. Alors que cette PME de 400 salariés apporte son expertise dans les systèmes de défense et sa récente expérience en matière de drones de combat, le constructeur met à disposition son savoir-faire industriel unique. « En tant qu’industriel automobile, le groupe dispose d’un savoir-faire recherché dans la conception, l’industrialisation et la production en grande série d’objets hautement technologiques, tout en maîtrisant la qualité, les coûts et les délais », justifiait Renault en février dernier.

Cette collaboration s’inscrit sous l’égide de la Direction générale de l’armement (DGA), qui orchestre cette montée en puissance industrielle. Le ministère des Armées avait sollicité le groupe automobile dès l’année dernière, séduit par ses capacités de développement et de production rapide, particulièrement nécessaires dans le contexte géopolitique actuel marqué par le conflit ukrainien.

Le choix du site de production demeure encore indéterminé. Si Catherine Vautrin évoque l’usine Ampère de Cléon en Seine-Maritime, les équipes de Renault précisent qu’aucune annonce officielle n’a été faite, le site du Mans ayant également été mentionné précédemment comme option.

600 drones par mois, une révolution industrielle militaire

Les objectifs de production révèlent l’ampleur de l’ambition française. Selon les informations divulguées en février, Renault devrait être capable de produire jusqu’à 600 drones par mois une fois le rythme de croisière atteint. Cette « cadence industrielle automobile« , selon les termes de la ministre des Armées, représente une véritable révolution dans la fabrication d’équipements militaires, traditionnellement produits en séries limitées.

« C’est un domaine qui évolue si vite qu’il faudra adapter nos modèles régulièrement », tempère néanmoins Catherine Vautrin. « Rien ne sert de constituer de larges stocks de matériels qui pourraient être dépassés rapidement. Et nous avons autant besoin de drones que de systèmes de défense antidrones », ajoute-t-elle, soulignant la nécessité d’une approche flexible et évolutive.

Cette production s’inscrit dans un contrat décennal d’environ un milliard d’euros selon L’Usine Nouvelle, témoignant de l’engagement à long terme de l’État français dans ce programme.

Renault convertit son outil industriel automobile à la production de drones militaires

Le constructeur automobile maintient une ligne claire concernant ses ambitions militaires. Renault a précisé à ses salariés en septembre qu’il n’avait pas pour objectif de devenir « un acteur majeur de la défense » et ne s’engagerait que si le projet avait « un impact positif sur l’activité » en France sans affecter sa capacité d’investissement dans son cœur de métier automobile.

Cette prudence n’empêche pas le groupe de développer parallèlement d’autres projets militaires. Un prototype de drone terrestre, fruit d’une collaboration avec l’entreprise belge John Cockerill, pourrait être dévoilé lors du salon d’armement Eurosatory à partir du 15 juin à Villepinte. Cet engin, décrit comme ayant la taille d’une petite voiture et l’allure « d’un petit 4×4 lunaire équipé de plusieurs caméras suspendues » selon L’Usine Nouvelle, illustre la diversification des applications envisagées.

Réactions contrastées face aux enjeux géopolitiques

L’engagement de Renault dans la production de drones s’inscrit dans la stratégie française de préparation à un « potentiel conflit majeur de haute intensité en Europe à horizon 2030 », selon la revue nationale stratégique. « Mon obsession, quand je me lève le matin, c’est que nous soyons prêts à cette éventualité avant cette échéance », confie Catherine Vautrin.

Au sein du groupe automobile, les réactions syndicales se révèlent contrastées. Si la CFE-CGC, organisation majoritaire, a émis un avis favorable au projet, la CGT et la CFDT se sont abstenues lors des consultations, témoignant de réserves sur cette diversification vers l’armement.

Synergies industrielles entre automobile et défense

Cette reconversion partielle des capacités de production automobile vers la défense illustre la flexibilité des outils industriels modernes. Le savoir-faire de Renault en matière d’assemblage de haute technologie, développé pour les véhicules électriques et connectés, trouve une application directe dans la fabrication de systèmes drone sophistiqués.

Les défis techniques restent considérables : adaptation des chaînes de production, formation des équipes, intégration de nouveaux partenaires industriels. Cette diversification pourrait néanmoins offrir au groupe automobile une nouvelle source de revenus stable dans un contexte de transition énergétique parfois incertain, à l’image de ce que réalise Dacia avec la démocratisation de la voiture électrique.

L’expertise acquise dans ce projet pourrait également bénéficier aux activités civiles du constructeur, notamment dans le développement de technologies de conduite autonome et de systèmes embarqués avancés. Les synergies entre innovation militaire et automobile ont souvent prouvé leur pertinence historique.

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