Le constructeur automobile chinois BYD figure désormais parmi les 188 sociétés inscrites sur la liste 1260H du Pentagone, ce recensement controversé des entreprises chinoises présumées liées aux activités militaires de Pékin. Cette décision, annoncée lundi 9 juin, complique davantage les relations sino-américaines dans le secteur automobile et technologique, moins d’un mois après la rencontre entre Donald Trump et Xi Jinping à Beijing.
Aux côtés du géant de Shenzhen, des mastodontes technologiques comme Alibaba, Baidu ou encore le fabricant de robots Unitree ont également rejoint cette liste actualisée qui remplace une version antérieure datant de début 2025, élargissant considérablement le périmètre des sociétés sous surveillance.
BYD dans le viseur du Pentagone : nouvelle escalade sino-américaine
La liste 1260H tire son nom de la section éponyme du National Defense Authorization Act de 2021. Ce dispositif législatif contraint le Pentagone à identifier annuellement les entreprises chinoises présentant des liens directs ou indirects avec l’Armée populaire de libération. Si cette inscription n’impose pas d’interdiction immédiate, elle génère des restrictions progressives aux conséquences bien réelles.
Dès le 30 juin 2026, le ministère de la Défense américain sera interdit de contracter directement avec les sociétés listées. Cette prohibition s’étendra aux contrats indirects via des tiers à partir de juin 2027. Michael Hirson, responsable de la recherche Chine chez 22V Research, prévient que « ces restrictions indirectes pourraient contraindre certaines firmes américaines travaillant avec l’armée américaine à abandonner les sociétés chinoises désignées comme fournisseurs ».
Double peine pour le champion chinois de l’électrique
Pour BYD, cette inscription constitue un nouveau coup dur sur le marché américain. Le constructeur, qui diversifie ses activités au-delà de l’automobile, fait déjà face à des droits de douane de 100 % sur ses véhicules électriques aux États-Unis. Les unités américaines de BYD ont d’ailleurs contesté ces tarifs devant la Cour du commerce international américain en janvier dernier, arguant de leur invalidité.
L’entreprise qui a détrôné Tesla comme premier vendeur mondial de véhicules électriques en 2025 se retrouve désormais confrontée à un double obstacle réglementaire. Cette situation illustre parfaitement la stratégie américaine de découplage technologique avec la Chine, particulièrement dans les secteurs jugés stratégiques. Le Pentagone justifie l’inclusion de ces sociétés par leur participation présumée à la stratégie de « fusion militaro-civile » chinoise, via des liens avec le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information.
Contestations fermes et menaces juridiques
Les sociétés visées rejettent catégoriquement ces accusations. Alibaba a déclaré qu’il « n’existe aucune base pour conclure qu’Alibaba devrait être placée sur la liste Section 1260H », ajoutant que l’entreprise « n’est pas une société militaire chinoise ni ne fait partie d’une quelconque stratégie de fusion militaro-civile ». Le géant du commerce électronique menace d’utiliser « toutes les voies juridiques disponibles contre les tentatives de dépeindre faussement notre société ».
Baidu a « catégoriquement » rejeté son inscription, qualifiant de « totalement infondée » la suggestion que l’entreprise soit militaire. WuXi AppTec, spécialiste de la biotechnologie, a également contesté cette « désignation erronée » et annoncé des « actions immédiates pour contester et corriger » cette inscription. L’ambassade de Chine à Washington a dénoncé ces « listes discriminatoires visant les entreprises chinoises », exhortant les États-Unis à « cesser cette pratique erronée ».
L’automobile électrique, théâtre de la guerre technologique
L’automobile électrique constitue un enjeu majeur de cette confrontation technologique. Outre BYD, d’autres constructeurs comme Nio figurent également sur la liste, ainsi que des équipementiers cruciaux : CALB Group et EVE Energy pour les batteries, ou RoboSense pour les capteurs lidar. Cette concentration sectorielle révèle la volonté américaine de préserver son avance dans les technologies de mobilité future.
Craig Singleton, expert Chine à la Foundation for Defense of Democracies, considère cette publication comme « un rappel à la réalité post-sommet Trump-Xi sur l’état d’intensification de la compétition américano-chinoise ». Il observe que « Washington ne traite plus ces entreprises comme des entités isolées. Il traite l’ensemble de la pile technologique comme stratégiquement contestée ».
John Moolenaar, président de la commission Chine de la Chambre des représentants, considère cette liste actualisée comme « un avertissement aux entreprises américaines, à tous les niveaux de gouvernement et au peuple américain ». Il exhorte les sociétés américaines à « cesser de faire affaire avec ces menaces à notre sécurité nationale » sous peine de « permettre l’ascension militaire de la Chine ».
Paradoxalement, cette escalade réglementaire n’empêche pas l’intérêt croissant des consommateurs américains pour les véhicules électriques chinois, notamment via les réseaux sociaux, malgré les barrières commerciales. Cette situation illustre la complexité des relations économiques dans un monde interconnecté, où les considérations géopolitiques se heurtent aux réalités du marché et aux préférences des consommateurs.

