Normes CO2 : Le Royaume-Uni aménage ses objectifs pour soutenir son industrie automobile face à Trump

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Normes CO2 : Le Royaume-Uni aménage ses objectifs pour soutenir son industrie automobile face à Trump | L'Automobiliste

Flexibilité. Selon les informations de The Telegraph, le Royaume-Uni a décidé d’aménager ses objectifs en matière d’émissions de CO₂ dans le secteur de l’industrie automobile, afin de préserver, autant que possible, la compétitivité de ses constructeurs face à la hausse des tarifs douaniers imposés par l’administration Trump sur les véhicules importés. L’Union européenne ajustera-t-elle, elle aussi, son calendrier CO₂ ?

Le Royaume-Uni ajuste ses normes CO2

Le 7 avril 2025, à la Chambre des communes, le gouvernement britannique a confirmé un réajustement partiel de son Zero Emission Vehicle Mandate (ZEV Mandate), le dispositif qui encadre les quotas de vente de véhicules 100 % électriques au Royaume-Uni, rapporte The Telegraph.

Cette décision intervient dans un contexte marqué par l’instauration, depuis le 5 avril 2025, par les États-Unis, d’un droit de douane de 10 % sur les véhicules importés en provenance du Royaume-Uni — contre 25 % pour ceux originaires de l’Union européenne. Le Premier ministre britannique Keir Starmer a tenu à souligner : « Le monde a fondamentalement changé », tout en insistant sur le fait que la conclusion d’un accord commercial avec les États-Unis reste une priorité absolue pour le Royaume-Uni. En ce sens, plusieurs ajustements ont été annoncés par le Premier ministre britannique, Keir Starmer, et la ministre des Transports, Heidi Alexander, à savoir :

  • Les constructeurs automobiles bénéficieront d’un assouplissement des pénalités financières en cas de non-respect des objectifs ZEV. Les détails sur les seuils exacts n’ont pas été publiés, mais les amendes précédemment prévues — estimées à 15 000 livres sterling par véhicule non conforme — seront « ajustées pour tenir compte des circonstances exceptionnelles », selon les termes employés lors des débats parlementaires.
  • Les hybrides rechargeables (PHEV), ainsi que les hybrides classiques (HEV), resteront autorisés à la vente jusqu’en 2035, à condition de garantir un niveau minimal de performance électrique.
  • Les constructeurs de niche (luxe) produisant moins de 2 500 véhicules par an sont exemptés des contraintes imposées par le ZEV Mandate. Ce seuil vise principalement les marques basées au Royaume-Uni, telles qu’Aston Martin, Bentley, ou encore McLaren.
  • Le gouvernement prévoit un plan d’investissement public de 2,3 milliards de livres sterling (soit environ 2,7 milliards d’euros) pour renforcer la production nationale et développer les infrastructures de recharge. À cela s’ajoutent plus de 6 milliards de livres sterling d’investissements privés, en grande partie dirigés vers les réseaux de bornes, la logistique et l’adaptation des chaînes de valeur.

Heidi Alexander, ministre britannique des Transports, a justifié cette position devant le Parlement britannique : « Nous devons faire tout ce qu’il est possible de faire pour protéger les entreprises britanniques et l’emploi, dans un environnement économique bouleversé par les décisions de nos partenaires commerciaux ». Ces mesures sont présentées par le gouvernement comme temporaires et compatibles avec les engagements climatiques.

Vers un infléchissement à Bruxelles ?

Les annonces britanniques ravivent un débat latent au sein de l’Union européenne : faut-il maintenir le calendrier 2035, qui prévoit la fin de la vente des véhicules thermiques neufs, ou envisager des ajustements similaires à ceux décidés outre-Manche ?

Comme nous l’évoquions dans un précédent article, plusieurs États membres ont exprimé des doutes sur la faisabilité industrielle et sociale du calendrier européen actuel. Les représentants de l’Allemagne, de l’Italie, de la République tchèque ou encore de la Pologne ont, ces derniers mois, défendu l’idée d’une plus grande flexibilité réglementaire de la part de la Commission européenne, notamment à travers la reconnaissance de technologies alternatives comme les carburants synthétiques, les biocarburants avancés ou encore les solutions hydrogène pour les véhicules lourds.

L’instauration de barrières tarifaires par les États-Unis, conjuguée aux menaces de réciprocité en Europe, complique davantage l’équation. Les industriels mettent en garde contre un risque accru de distorsion de concurrence, dans un contexte où des véhicules hybrides ou thermiques pourraient continuer à être commercialisés sur certains marchés sans être soumis aux quotas stricts fixés par l’Union européenne. Par ailleurs, au sein même des institutions communautaires, plusieurs commissaires ont laissé entendre que le calendrier de 2035 pourrait faire l’objet d’une réévaluation technique en 2026, en fonction des bilans nationaux et de l’évolution des capacités des constructeurs automobiles européens. Pour autant, et pour l’heure, aucun projet formel de révision n’a toutefois été inscrit à l’ordre du jour de la Commission.

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