Volkswagen a annoncé la conversion de son usine d’Osnabrück, située en Basse-Saxe, en un centre dédié à la production de systèmes de défense aérienne. Après avoir décidé en 2024 de cesser la fabrication de voitures sur ce site à l’été 2027, le constructeur a trouvé une solution inattendue pour maintenir une partie des emplois. Cet accord, dévoilé lundi dernier, suit de près la signature d’un important plan d’économies visant à redresser le groupe face aux défis de l’industrie automobile européenne.
La filiale Volkswagen Osnabrück GmbH sera vendue au fonds d’investissement israélien Aurelius Capital, qui en deviendra l’actionnaire principal, tandis que le Land de Basse-Saxe conservera une participation minoritaire. Ce projet repose sur un partenariat avec Rafael Advanced Defense Systems, un expert israélien en systèmes de défense aérienne. Selon Manager Magazin, il s’agit du premier site automobile allemand à se réorienter vers l’industrie de l’armement.
Rafael, leader de la défense aérienne
Fondée en 1948, Rafael Advanced Defense Systems est un acteur clé dans le domaine de la défense aérienne, connu pour son système Iron Dome, capable d’intercepter roquettes, missiles de croisière et drones. Le partenariat avec Aurelius et le Land de Basse-Saxe prévoit la production de systèmes et composants de défense aérienne pour l’Allemagne et l’Europe. Yoav Tourgeman, directeur général de Rafael, a exprimé l’ambition de produire cette technologie entièrement en Allemagne pour renforcer la sécurité européenne.
Rafael ne se limite pas à l’Iron Dome. L’entreprise développe également l’Iron Beam, une arme laser contre les cibles aériennes, et le système Trophy, qui protège les chars tels que les Leopard de l’armée allemande. Elle contrôle aussi Dynamit Nobel Defense en Allemagne, fabricant de lance-roquettes antichar.
Le comité d’entreprise de Volkswagen a salué cette solution qui assure un avenir à environ 1 400 des 1 800 employés de l’usine d’Osnabrück. Daniela Cavallo, présidente du comité d’entreprise, a mentionné les efforts pour aider les autres employés. En tenant compte des départs à la retraite et préretraites, le nouveau centre devrait compter environ 1 200 postes garantis jusqu’à fin 2029. Christiane Benner, présidente du syndicat IG Metall, a souligné l’importance de cette collaboration pour offrir des perspectives à long terme.
Une vente dictée par la crise du secteur automobile
Volkswagen a décidé de céder l’usine d’Osnabrück en raison de la crise touchant le secteur. Le constructeur fait face à la concurrence chinoise, aux coûts de production élevés en Allemagne, aux transformations technologiques coûteuses et à une demande en baisse en Europe. L’accord de décembre 2024 vise des économies, principalement chez VW, pour restaurer la compétitivité du groupe. L’usine avait déjà cessé de produire des modèles Porsche fin 2025, et seul le T-Roc Cabrio était encore fabriqué jusqu’en 2027.
Aurelius Capital et l’implication du Land de Basse-Saxe
Aurelius Capital, basé à Tel-Aviv, se spécialise dans les technologies de défense et autres secteurs en croissance. Sa participation à Osnabrück répond aux besoins accrus de défense en Europe, accentués par la guerre en Ukraine. Le Land de Basse-Saxe, actionnaire minoritaire, apporte son soutien. Olaf Lies, ministre-président de Basse-Saxe, voit dans ce projet une opportunité industrielle majeure pour la région.
La structure de la transaction, impliquant Aurelius et le Land de Basse-Saxe, évite une vente directe à Rafael, ce qui aurait posé des problèmes avec le Qatar, actionnaire clé de Volkswagen. Le Qatar, via la Qatar Investment Authority, détient 17 % des droits de vote et maintient des relations complexes avec Israël. La création d’une société commune avec une participation minoritaire israélienne contourne ces obstacles diplomatiques.
Prochaines étapes et régulations
L’accord annoncé n’est qu’une étape initiale. Les parties doivent encore finaliser les modalités, y compris les responsabilités et l’organisation. La vente reste conditionnée à des accords définitifs et à l’obtention des autorisations réglementaires nécessaires, notamment en matière d’exportation d’armements et de concurrence. Oliver Blume, président du directoire de Volkswagen, a qualifié cet accord d’« étape importante » pour l’avenir industriel du site.

