Engie Vianeo, la filiale mobilité électrique du groupe français, a inauguré le 1er septembre 2026 son premier parc de recharge pour poids lourds en Allemagne, dans le port de Kiel. Huit points de charge, répartis sur quatre bornes accessibles des deux côtés, sont désormais opérationnels à l’Ostuferhafen, la plateforme logistique qui accueille chaque année environ 180 000 camions et remorques en transit vers les pays baltes et la Scandinavie. Quatre autres points sont prévus au Norwegenkai, le terminal des ferries vers la Norvège.
Le choix de Kiel n’a rien d’un hasard. Le port figure parmi les plus fréquentés de la mer Baltique et constitue un nœud logistique essentiel pour les flux de marchandises entre l’Allemagne, le nord de l’Europe et l’est du continent. Autrement dit, c’est un lieu de passage obligé pour des milliers de transporteurs, et donc un point stratégique pour tester la viabilité économique de la recharge électrique lourde.
Un pari industriel sur fond de transition énergétique
Engie Vianeo exploite déjà plus de 11 000 points de charge en Europe, dont 900 sur les autoroutes françaises et environ 7 000 en Belgique. Mais l’entreprise n’était pas présente en Allemagne avant juillet 2025. Depuis, elle a signé plusieurs contrats d’envergure : 26 parcs de recharge avec le gouvernement fédéral et Autobahn GmbH, dans le cadre du futur réseau national de recharge rapide pour poids lourds, ainsi que des accords avec Euro-Rastpark et 24-Autohöfe.
L’objectif affiché est de déployer 25 000 points de charge à travers l’Europe d’ici 2030, dont 1 000 spécifiquement destinés aux véhicules lourds. Le groupe ne précise pas le montant des investissements engagés, mais le rythme annoncé suppose des centaines de millions d’euros sur les quatre prochaines années. Reste que le pari repose sur une hypothèse forte : que les transporteurs basculent massivement vers l’électrique d’ici la fin de la décennie.
Des bornes de 400 kW, entre recharge rapide et pause réglementaire
Les bornes installées à Kiel offrent une puissance maximale de 400 kilowatts, alimentées par une électricité présentée comme 100 % renouvelable. Le standard retenu est le Combined Charging System (CCS), le plus répandu en Europe. Les sites permettent aussi bien la recharge rapide, pour les camions en transit, que la recharge de nuit, pour ceux qui respectent les temps de repos obligatoires imposés par la réglementation européenne.
Lors de l’inauguration, Claus Ruhe Madsen, ministre de l’Économie et des Transports du Land de Schleswig-Holstein, et Tobias Goldschmidt, ministre de la Transition énergétique, ont salué l’importance du projet pour l’attractivité économique de Kiel et pour la transition des transports en Allemagne. Frank Lacroix, directeur général adjoint d’Engie en charge des infrastructures énergétiques locales, a insisté sur la dimension européenne : « L’électrification offre une occasion unique de réduire notre dépendance aux énergies fossiles importées, tout en rendant le transport européen de marchandises plus résilient et plus compétitif. »
Un réseau encore embryonnaire face à l’ampleur du défi
L’Europe compte plusieurs millions de poids lourds en circulation. Le transport routier de marchandises représente environ 75 % du fret terrestre sur le continent. Électrifier ne serait-ce qu’une fraction significative de ce parc suppose non seulement de multiplier les bornes, mais aussi de garantir leur disponibilité, leur fiabilité et leur accessibilité tarifaire. Or, à ce jour, le réseau de recharge pour camions électriques reste embryonnaire : quelques centaines de points en Europe, contre des dizaines de milliers de stations-service diesel.
Engie Vianeo mise sur une accélération rapide du déploiement, portée par les réglementations européennes qui vont progressivement durcir les normes d’émissions pour les véhicules lourds. Mais entre les annonces et la réalité du terrain, il y a souvent un fossé. Les transporteurs raisonnent en coût au kilomètre, en temps de rotation, en disponibilité des véhicules. Tant que l’électrique ne sera pas compétitif sur ces trois critères, la transition restera lente, quels que soient les discours politiques.



