Le sertissage est une technique d’assemblage mécanique qui consiste à déformer un embout conducteur autour d’un câble pour créer une liaison à la fois électrique et mécanique. Si le principe est unique, les domaines d’application de cet outil sont nombreux et variés. Ainsi, la pince a sertir car répond tant aux besoins d’applications légères de la connectique réseau qu’aux exigences mécaniques de l’industrie lourde.
L’outil de sertissage également appelé pince à cosses ou outil de compression de connecteur selon le secteur et le type d’embout traité, applique une force calibrée sur une zone précise, déformant plastiquement le métal de la cosse autour des brins du conducteur. Le résultat est une connexion gazeusement étanche, insensible à l’oxydation et mécaniquement stable face aux vibrations. C’est cette combinaison de propriétés qui explique pourquoi le sertissage a supplanté la soudure dans de nombreux contextes industriels où la reproductibilité et la fiabilité à long terme sont prioritaires.
L’électricité industrielle et les tableaux électriques
C’est probablement le domaine où la pince à cosses est la plus visible au quotidien. Dans les armoires électriques, les tableaux de distribution et les coffrets de commande, les câbles souples sont systématiquement équipés d’embouts tubulaires avant d’être raccordés aux borniers et aux disjoncteurs. Ces embouts, sertis sur les extrémités dénudées des conducteurs, empêchent le déseffilochage des brins sous la vis de serrage du bornier, un phénomène qui réduit la section effective et génère des échauffements localisés. Les normes d’installation électrique en vigueur en France imposent cette pratique sur les câbles flexibles, ce qui en fait un geste systématique pour tout électricien intervenant en courant fort.
L’industrie automobile et la réparation des faisceaux
Dans la filière automobile, le sertissage est au cœur de la fabrication et de la réparation des faisceaux électriques. Un véhicule moderne contient plusieurs kilomètres de câblage et des centaines de connexions serties, depuis les capteurs de température jusqu’aux moteurs de lève-vitre. Lors des opérations de maintenance, la réparation d’une connexion défaillante sur un faisceau de phares ou d’un circuit de commande nécessite l’extraction du contact défaillant et la pose d’un nouveau contact serti sur le câble dénudé, une opération qui requiert une pince adaptée au type de connecteur du véhicule concerné. Les constructeurs documentent précisément les fûts à sertir et les outils à utiliser pour chaque type de réparation, car une connexion mal sertie peut provoquer des pannes intermittentes difficiles à diagnostiquer.
L’informatique et les réseaux câblés
Le sertisseur de connecteurs RJ est l’outil indispensable de tout technicien réseau ou câbleur informatique. Les câbles à paires torsadées de catégories 5e, 6 et 6a qui constituent l’infrastructure des réseaux locaux doivent être terminés par des connecteurs RJ45 serties manuellement lors des installations sur mesure. La pince applique simultanément les huit contacts IDC (Insulation Displacement Contact) sur les conducteurs dans l’ordre de brochage normalisé (T568A ou T568B), assurant à la fois la continuité électrique et l’accrochage mécanique du connecteur sur la gaine du câble. La qualité du sertissage conditionne directement les performances de transmission, notamment à haute fréquence.
L’aéronautique, le ferroviaire et l’industrie de défense
Dans les secteurs soumis aux certifications les plus strictes, le sertissage n’est pas seulement une technique d’assemblage : c’est une exigence normative. En aéronautique, les connexions électriques des aéronefs sont réalisées exclusivement par sertissage selon des spécifications précises (notamment MIL-DTL-22520 pour les outils et MIL-DTL-39029 pour les contacts). Chaque outil de sertissage est qualifié pour un contact spécifique, et les techniciens habilités doivent utiliser l’outil et la matrice certifiés pour ce contact. Des vérifications périodiques avec des gabarits de contrôle garantissent que l’outil produit des sertissages conformes tout au long de sa durée de vie.
Le ferroviaire applique des exigences similaires sur les équipements embarqués et les installations fixes. Le matériel roulant, exposé à des vibrations permanentes et à des cycles thermiques importants, fait appel au sertissage pour toutes les connexions électriques susceptibles de se desserrer sous contrainte mécanique. L’industrie de défense, enfin, impose des protocoles de traçabilité stricts : chaque sertissage réalisé sur un équipement critique est documenté, l’outil utilisé identifié et sa dernière vérification consignée.
La plomberie et les installations de chauffage
Le terme pince à sertir désigne aussi, dans un tout autre contexte, l’outil utilisé pour assembler les raccords sur les tubes multicouches et les tubes en cuivre des installations de plomberie et de chauffage. La pince à sertir hydraulique utilisée par les plombiers applique une force de compression radiale sur la bague du raccord, déformant le métal autour du tube pour créer une jonction étanche sans soudure ni colle. Les installations de planchers chauffants, de radiateurs à eau et de réseaux de distribution sanitaire recourent massivement à cette technique, qui a progressivement remplacé la soudure à l’étain dans les chantiers résidentiels et tertiaires pour sa rapidité d’exécution et l’absence de risque incendie pendant les travaux.
Ce que disent les normes et les organismes de référence
La diversité des domaines d’application se reflète dans la diversité des normes qui encadrent le sertissage. Chaque secteur dispose de ses référentiels propres, définissant les géométries de déformation, les classes de résistance à la traction et les protocoles de validation. Pour les connexions électroniques et industrielles, le dossier de Techniques de l’Ingénieur consacré à la connectique électrique documente les différentes technologies de terminaison de câbles, dont le sertissage à déplacement d’isolant (IDC) et le sertissage sur cosse, en précisant les critères de choix selon les contraintes mécaniques et environnementales de chaque application.
De la pose d’un embout de câblage dans un tableau électrique à la réparation d’un connecteur aéronautique, en passant par le raccord en cuivre d’une installation sanitaire ou le câble RJ45 d’un réseau informatique, la pince à sertir traverse des univers très différents sans que son principe de fonctionnement ne change. Ce qui varie, c’est la géométrie des mâchoires, la force appliquée et les exigences de contrôle qui constituent autant de paramètres et qui imposent de choisir l’outil spécifiquement adapté à chaque application plutôt que d’improviser avec un modèle générique.

