À l’heure du déjeuner, sur certaines aires d’autoroute, le ballet ne s’arrête jamais. Une voiture électrique libère sa place devant la borne, une autre s’y engage aussitôt. Selon un constat de France 2, l’attente peut désormais atteindre jusqu’à 20 minutes lors des grands départs en vacances.
Le phénomène se répète particulièrement pendant les vacances et les longs week-ends, quand le flux de véhicules électriques sature certaines stations. Sur le réseau autoroutier de Vinci, les recharges ont bondi de 50 % en 2025 par rapport à l’année précédente.
Un afflux porté par l’essor des voitures électriques
D’après une estimation de l’opérateur Allego, entre 6 % et 7 % des vacanciers devaient rouler en véhicule électrique durant l’été 2026, un flux qualifié de record. Ce chiffre a été calculé en indexant les comportements observés l’année précédente, quand une étude OpinionWay évaluait à 5 % la part des départs en électrique.
Il tient compte de la croissance du parc national de véhicules électriques, qui a progressé de plus de 30 % en un an selon l’Avere-France. À ces automobilistes français s’ajoutent de nombreux conducteurs étrangers, notamment venus d’Europe du Nord.
Malgré cette hausse, les opérateurs de recharge écartent un scénario de saturation catastrophique.
Ne pas charger à 100 %, la consigne des « gilets bleus »
Dans les stations les plus fréquentées, des agents en gilet bleu sont mobilisés pour fluidifier la circulation. Jérôme Dubois, l’un d’eux, accompagne les conducteurs et répète un même conseil : ne pas chercher à recharger jusqu’à 100 %. « Vous allez mettre autant de temps pour faire 10-80% que 80%-100%. Ça permet de libérer des places pour les autres automobilistes », explique-t-il.
Sur les bornes ultrarapides, une recharge dure généralement entre 20 et 30 minutes selon le modèle de voiture et le niveau de batterie.
Certaines stations ont même mis en place des systèmes de tickets. « On n’est pas encore à la boucherie, peut-être bientôt », commente Jérôme Dubois.
Sur le terrain, les automobilistes s’adaptent. Certains évitent désormais les journées les plus chargées : l’un d’eux explique privilégier les départs en semaine, jugeant qu’il y a trop de monde le samedi et pas assez de bornes.
Une automobiliste raconte s’être arrêtée avec environ 30 km d’autonomie restante, une marge qu’elle jugeait insuffisante. Un autre conducteur, en route vers l’Ardèche « d’une traite », reconnaît que ses habitudes de trajet ont changé, mais y voit « une habitude à prendre ».
Une famille a préféré sortir temporairement de l’autoroute pour recharger dans une zone commerciale : le père y voit un double avantage, un tarif plus avantageux grâce à un abonnement et un site situé à moins de 2 km de l’autoroute.
Sur l’A7, la station de La Coucourde sous surveillance
Allego a analysé la fréquentation de ses stations les plus exposées pour évaluer le risque d’embouteillage. Sur l’aire de La Coucourde, dotée de neuf chargeurs ultrarapides pouvant délivrer jusqu’à 380 kW, le temps moyen d’occupation ne devrait pas dépasser 20 minutes. Le 26 juillet, journée la plus chargée à la station, un pic de fréquentation est attendu entre 10h et 14h.
Jean Gadrat, porte-parole d’Allego, détaille la logique du phénomène : pour de nombreux vacanciers venus de Paris, du Nord ou d’Europe du Nord, l’A7 correspond déjà à la deuxième moitié du voyage. Partis entre 4h et 6h du matin, ils atteignent la vallée du Rhône entre 9h et 14h, au moment où la baisse d’autonomie coïncide naturellement avec la pause déjeuner.
Sur l’A10, à l’inverse, l’exode matinal des Franciliens déclenche les premières recharges dès 6 ou 7 heures, avant que le flux ne s’étale au fil de la journée.
Pour Gadrat, la multiplication des stations mises en service au cours des douze derniers mois écarte globalement le risque de saturation : il y aura toujours quelques heures de forte affluence lors des grands chassés-croisés, mais les temps d’attente dépasseront rarement 20 minutes.
Il rappelle aussi le rôle des automobilistes eux-mêmes : mieux vaut charger deux fois 20 minutes que de charger une seule fois 40 minutes, car au-delà de 80%, le temps de recharge s’allonge fortement.
Fastned déploie des capitaines de recharge
L’opérateur Fastned a de son côté déployé des capitaines de recharge de 10h à 18h, du vendredi au dimanche, dans 16 de ses stations en France entre le 3 juillet et le 29 août, principalement sur les réseaux APRR et Sanef.
Leur mission : accompagner les automobilistes, rappeler l’intérêt de ne pas dépasser 80 % de charge et organiser des zones d’attente dédiées. Selon l’opérateur, « le grand échec estival annoncé de la recharge sur autoroute n’a jamais eu lieu », ce qui montre selon lui l’engouement des Français pour cette mobilité.
Un maillage français parmi les plus denses d’Europe
La France compte désormais points de recharge publics, à la mi-2026, soit une hausse de 66 % en deux ans et demi. Sur la même période, le parc combiné de véhicules électriques et hybrides rechargeables est passé de 1,6 à 2,6 millions de véhicules, tandis que le ratio national de véhicules par borne recule légèrement, de 13,5 à 13,2.
Le règlement européen AFIR impose à chaque État membre des objectifs stricts en fonction de la taille de sa flotte électrique. Bruxelles préconise par ailleurs un seuil indicatif de 10 voitures 100 % électriques par point de recharge public. La France affiche un ratio d’environ 6 à 7 modèles purement électriques par borne, un résultat meilleur que ce seuil.
Pour anticiper les arrêts, plusieurs applications permettent de vérifier en temps réel la disponibilité des stations, comme Allego, Fastned ou Chargemap. Lors des ponts de mai 2026, des panneaux à messages variables invitaient déjà les automobilistes à changer d’aire, avec des messages du type « Aire à 6 km, recharge élec saturée ». Le ministère des Transports ambitionne, d’ici 2035, de quintupler le nombre de bornes installées sur les autoroutes et les routes nationales.


