Carburant : la cour des comptes suggère de ne pas diminuer les taxes

La Cour des comptes déconseille formellement d’utiliser la fiscalité pour compenser la hausse des prix du pétrole. L’institution privilégie des aides ciblées et prône une réforme progressive de la fiscalité énergétique, alignée sur les objectifs de décarbonation.

Publié le
Lecture : 3 min
Carburant : la cour des comptes suggère de ne pas diminuer les taxes
Carburant : la cour des comptes suggère de ne pas diminuer les taxes © L'Automobiliste

La Cour des comptes prône la stabilité fiscale face à la flambée du pétrole

Dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient et d’envolée des prix du pétrole, la Cour des comptes a publié, ce mercredi 3 juin, ses recommandations sur l’avenir de la fiscalité énergétique. Par l’intermédiaire du Conseil des prélèvements obligatoires (CPO), l’institution présidée par Amélie de Montchalin déconseille fermement de recourir à des baisses de taxes sur le carburant pour amortir les fluctuations de prix à la pompe.

Cette position tranche avec les revendications récurrentes du Rassemblement national, qui milite pour un abaissement de la TVA sur les carburants de 20 % à 5,5 %. « À court terme, l’utilisation de l’outil fiscal pour compenser les fluctuations du prix des énergies fossiles serait contre-productive », écrivent les experts dans leur rapport unanime, fruit de six mois de travaux approfondis.

Des recettes fiscales de 56,7 milliards d’euros en jeu

Les enjeux financiers sont considérables. La fiscalité énergétique française génère actuellement 56,7 milliards d’euros de recettes, représentant 2 % du PIB national. Cette manne repose principalement sur l’accise sur les produits énergétiques, à hauteur de 39,5 milliards d’euros, et sur la TVA, pour 17,5 milliards. Les deux tiers de ces revenus sont issus des produits pétroliers, le tiers restant de l’électricité.

Amélie de Montchalin, première présidente de la Cour des comptes, estime que « faire évoluer cette fiscalité, c’est donner un cadre aux ménages et aux entreprises pour les guider dans leurs investissements ». Elle met néanmoins en garde contre l’illusion d’une « cagnotte » : lorsque les prix s’envolent, la demande se contracte mécaniquement, réduisant d’autant les rentrées fiscales. Les Echos relèvent d’ailleurs que le rapport plaide explicitement contre toute réduction précipitée des taxes sur le carburant.

Le coûteux précédent du bouclier énergétique

L’expérience récente du bouclier énergétique de 2022-2023 illustre avec éloquence les risques budgétaires d’une politique de compensation fiscale. Cette mesure d’urgence a pesé 22 milliards d’euros sur les finances publiques, démontrant le caractère « difficilement réversible et très coûteux » de telles interventions, selon les termes mêmes du rapport.

Face à cette réalité, la Cour des comptes privilégie des approches mieux ciblées : aides à la trésorerie des entreprises et soutiens spécifiques aux ménages les plus vulnérables. Une stratégie qui permet d’éviter les effets d’aubaine tout en préservant l’équilibre des finances publiques dans un contexte déjà sous tension. Aides carburants : vous allez enfin pouvoir les demander.

Une fiscalité énergétique à réformer progressivement

Le rapport pointe également les incohérences de la fiscalité énergétique actuelle au regard des objectifs de transition. Les taxes frappent encore plus lourdement l’essence que le diesel — un écart de 29 % —, en contradiction manifeste avec les impératifs environnementaux. Le CPO recommande un alignement progressif de ces taux.

S’agissant de la convergence entre l’électricité, le gaz naturel et le fioul, l’institution prône la prudence. Comme le rapporte Le Monde, le Premier ministre Sébastien Lecornu s’inscrit dans la même ligne, excluant toute baisse de TVA sur les carburants. « Le CPO recommande de n’engager cette convergence qu’à partir de 2030 », précise Amélie de Montchalin, soulignant que « d’autres mécanismes vont contribuer à augmenter les prix des énergies carbonées » d’ici là, qu’il s’agisse du renforcement progressif des systèmes d’échange de quotas d’émissions (SEQE), du mécanisme d’ajustement aux frontières (MACF), de l’extension des certificats d’économie d’énergie (CEE) ou de l’évolution des taxes générales sur les activités polluantes (TGAP).

L’épineuse question de la compétitivité industrielle

La transition énergétique soulève des défis particuliers pour les secteurs à forte intensité énergétique. Le rapport recommande de « maintenir les exonérations et les tarifs réduits d’accise sectoriels pour les secteurs d’activité à forte intensité énergétique et exposés à la concurrence internationale ».

Cette préservation temporaire vise à prévenir des délocalisations massives, dans l’attente que « des alternatives technologiques compétitives à l’usage d’énergie carbonée soient développées ». La Cour des comptes s’efforce ainsi de ménager un équilibre délicat entre exigences environnementales et maintien de l’attractivité économique du pays.

L’horizon préoccupant de la disparition des recettes fossiles

Un défi de taille se profile à moyen terme : la sortie programmée des énergies fossiles menace de faire évaporer quelque 30 milliards d’euros de recettes d’accises, soit la moitié du rendement actuel de la fiscalité énergétique. Cette perspective impose de repenser en profondeur l’architecture fiscale française.

L’électrification croissante ne comblera pas intégralement ce manque à gagner, l’électricité offrant un meilleur rendement énergétique que les combustibles fossiles. Pour anticiper cette transformation structurelle, le CPO suggère une combinaison de réduction des dépenses publiques et de développement de « nouvelles impositions portant sur les usages de l’énergie ».

« Pour continuer d’avoir une politique d’attractivité lisible pour les investisseurs internationaux, il faut offrir de la visibilité », conclut Amélie de Montchalin, dans une allusion à peine voilée aux enjeux du sommet Choose France. Cette posture de prudence contraste avec les propositions de baisse immédiate défendues par l’opposition, illustrant les arbitrages complexes que commande la triple contrainte de l’urgence sociale, des finances publiques et des objectifs climatiques. À ce sujet, notre analyse sur la récente baisse des prix du carburant apporte un éclairage complémentaire.

Alors que L’Opinion souligne que l’institution « approuve à moyen terme une baisse de la fiscalité sur l’électricité », la route vers une fiscalité énergétique cohérente s’annonce longue et semée d’embûches politiques.

Laisser un commentaire