Le tout-écran dans les voitures est devenu la bête noire des automobilistes

Conçus comme vitrines de l’innovation embarquée, les écrans tactiles sont devenus les maillons faibles des voitures neuves. L’étude J.D. Power 2025 acte leur rejet par les usagers.

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Les Automobilistes Rejettent Le Tout Ecran Dans Les Voitures
Le tout-écran dans les voitures est devenu la bête noire des automobilistes © L'Automobiliste

L’édition 2025 de l’Initial Quality Study signée J.D. Power, dévoilée le 30 juin, marque une rupture nette dans les tendances d’appréciation des systèmes embarqués. Les plaintes se concentrent désormais sur un seul point : l’omniprésence des écrans tactiles, perçus comme trop complexes, peu réactifs, et générateurs d’erreurs. Les résultats ne laissent place à aucun doute : l’interface tactile est devenue la première cause d’irritation des automobilistes. Un paradoxe industriel qui oblige les constructeurs à revoir leurs priorités.

Infodivertissement : principal facteur de non-qualité

Avec 42,6 problèmes pour 100 véhicules signalés dans la catégorie « Infotainment », le système multimédia devance toutes les autres sources de dysfonctionnement. Ce chiffre, issu du rapport officiel de J.D. Power, souligne que l’intégration massive de fonctions numériques dans les écrans, au détriment des commandes physiques, n’a pas amélioré l’expérience utilisateur.

Les utilisateurs peinent à localiser rapidement certaines fonctions (réglage du volant, activation de la climatisation, ventilation, etc.), multipliant les manipulations, ce qui induit une perte d’attention prolongée sur la route.

Écrans vs. ergonomie : l’échec du tout-numérique

L’approche tout-écran, promue depuis une décennie par la majorité des constructeurs, souffre désormais d’un déficit ergonomique sévère. Une étude conduite par le TRL britannique démontre que le temps de réaction du conducteur utilisant un écran tactile équivaut à celui d’un conducteur sous influence d’alcool. Un constat alarmant qui alimente la fronde des automobilistes.

Même les constructeurs haut de gamme ne sont pas épargnés : la Porsche 911, pourtant classée première en satisfaction générale, reçoit des critiques sur la réactivité de son interface. En cause : des écrans lents, des menus trop imbriqués, une absence de redondance mécanique.

Jusqu’où est allé le tout-écran ? Quand le levier de vitesses devient une icône virtuelle

Dans la quête d’un intérieur épuré, certains constructeurs ont poussé l’idéologie du tout-écran à ses extrêmes. Le tableau de bord devient souvent un mur noir, où chaque fonction — de l’ouverture du coffre au réglage des rétroviseurs — est reléguée à une interface numérique. Chez plusieurs marques premium et généralistes, le levier de vitesses, les commandes de ventilation, ou même les essuie-glaces sont désormais pilotés via des menus contextuels.

Certains modèles, comme les dernières générations d’utilitaires ou de SUV familiaux, imposent jusqu’à trois niveaux de sous-menus pour accéder à des fonctions vitales, comme le dégivrage. Cette dématérialisation extrême s’est faite au détriment de la rapidité d’accès, de la robustesse en cas de bug, et surtout de la sécurité en conduite. La moindre latence logicielle, la plus petite défaillance d’écran ou de reconnaissance tactile, peut empêcher le conducteur d’intervenir immédiatement sur un paramètre crucial.

Par ailleurs, le développement de l’infodivertissement « full digital » s’est souvent appuyé sur des architectures logicielles complexes, mises à jour à distance, ce qui expose l’ensemble du système à des risques de dysfonctionnement logiciel, comme en témoignent plusieurs rappels récents liés à des bugs d’interface.

La réponse industrielle : vers un retour à l’analogique ?

Plusieurs constructeurs réagissent déjà. Volkswagen, Hyundai et Nissan amorcent un retour aux boutons physiques pour les fonctions essentielles. Cette stratégie semble payante : Nissan domine le classement général J.D. Power dans la catégorie généraliste.

Ce retour à l’ergonomie basique est également encouragé réglementairement. Le rapport de décembre 2024 du Ministère français de la Transition écologique confirme qu’à partir de juillet 2026, le protocole Euro NCAP imposera la présence de commandes physiques pour certaines fonctions (dégivrage, feux, clignotants, etc.) si un véhicule souhaite obtenir cinq étoiles.

L’étude J.D. Power 2025 impose un constat sévère à l’industrie : la course au tout-numérique embarqué a atteint ses limites. Les retours utilisateurs, soutenus par les données techniques et les réglementations à venir, indiquent que l’avenir de l’interface automobile sera hybride : une cohabitation entre commandes physiques bien pensées et fonctionnalités tactiles contextuelles, mieux calibrées. Le chantier ergonomique est relancé. L’enjeu ? Réconcilier expérience utilisateur et sécurité fonctionnelle.

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