Une large part des microplastiques retrouvés dans les océans serait directement issue de l’usure des pneus de voiture. Un constat implacable, qui persiste malgré la transition vers le véhicule électrique. Derrière ce phénomène discret, mais massif, se cache une pollution chronique encore peu régulée.
Un flux toxique et invisible : les microplastiques issus des pneus
Chaque trajet en voiture libère dans l’environnement une multitude de fragments microscopiques. Ces résidus, invisibles à l’œil nu, proviennent principalement du frottement des pneus sur le bitume. En se désagrégeant, le caoutchouc synthétique relâche des polymères plastiques, transportés par le vent, la pluie, les eaux de ruissellement. Science & Vie cite le chiffre colossal de 2,26 millions de tonnes de particules de pneus libérées chaque année dans le monde, selon une estimation relayée par la Commission européenne.
Ces particules atteignent les fleuves, puis les mers, ou bien sont projetées directement dans l’atmosphère avant de retomber sur les sols ou dans les océans. Une étude publiée dans Nature Communications, citée par Le Monde le 19 juillet 2020, estime que près de 15 % des particules émises par le trafic routier voyagent ainsi par voie aérienne jusqu’à des zones marines éloignées. Ce chiffre vient appuyer un constat inquiétant, jusqu’à 28 % des microplastiques présents dans les océans seraient d’origine routière.
Voiture électrique : une fausse solution pour les microplastiques
À première vue, la voiture électrique pourrait sembler une échappatoire à cette pollution. Or, il n’en est rien. Ces véhicules, plus lourds en moyenne que les thermiques en raison de leurs batteries, exercent une pression accrue sur les pneumatiques. Ce surpoids accélère même l’usure des pneus, augmentant mécaniquement le volume de particules rejetées. L’électrification ne supprime donc pas cette forme de pollution ; elle la déplace.
Les émissions de microplastiques ne concernent d’ailleurs pas uniquement les pneus. Les plaquettes de frein sont elles aussi mises en cause, bien que dans une moindre mesure. Selon les chercheurs du Norwegian Institute for Air Research, cités par Le Monde, les niveaux d’émissions issus du trafic routier sont relativement bien connus, mais leur dissémination dans l’atmosphère reste sous-estimée.
Substances chimiques et impacts sanitaires : l’alerte sur le 6PPD-quinone
Parmi les composants libérés, le 6PPD-quinone cristallise les inquiétudes. Ce dérivé chimique, utilisé comme antioxydant dans les pneumatiques, a été identifié comme extrêmement toxique pour la faune aquatique, notamment les salmonidés. Ce composé, détecté dans les rivières et zones littorales, peut provoquer des mortalités massives chez les poissons.
L’article de Science & Vie précise que le 6PPD-quinone est soupçonné d’avoir des effets délétères sur la biodiversité et la chaîne alimentaire. Or, à ce jour, cette substance reste peu réglementée à l’échelle européenne. Son usage est largement répandu dans l’industrie du pneu, sans qu’un substitut équivalent et moins nocif ne soit encore généralisé.
Des solutions en gestation, mais encore embryonnaires
Face à cette menace croissante, certaines solutions techniques émergent. Parmi elles, l’utilisation de biochar, un résidu de biomasse carbonisée, pour filtrer les eaux chargées en microplastiques. L’idée consiste à piéger les particules issues du ruissellement urbain avant qu’elles n’atteignent les réseaux hydrographiques.
Des prototypes de filtres intégrés aux garde-boues de véhicules sont également à l’étude. Mais ces dispositifs restent marginaux et non standardisés. L’absence de réglementation spécifique au niveau européen empêche toute adoption à grande échelle. La France, quant à elle, n’a pas encore intégré cette pollution dans les critères environnementaux des véhicules ou des infrastructures.






