Un partenariat inédit vient d’être annoncé entre le géant japonais Toyota et la filiale d’Alphabet spécialisée dans les véhicules autonomes, Waymo. Derrière les déclarations officielles, un chantier titanesque s’annonce pour transformer une ambition technologique en solution industrielle.
Waymo et Toyota scellent une alliance stratégique pour industrialiser la voiture autonome
Le 29 avril 2025, Toyota Motor Corporation et Waymo LLC ont officialisé un accord stratégique préliminaire visant à co-développer une plateforme technologique dédiée aux véhicules autonomes, à la fois pour le transport partagé (robotaxis) et pour les usages privés. Cette annonce marque une étape potentiellement décisive dans la structuration de la filière « conduite autonome » au niveau mondial.
Deux industriels aux ADN opposés unissent leurs forces
Toyota, premier constructeur mondial avec 11,2 millions de véhicules vendus en 2024, s’appuie historiquement sur une approche prudente et incrémentale en matière de technologies autonomes. Son écosystème technique s’articule autour de Woven by Toyota, filiale dédiée au développement de solutions de mobilité intelligente, dont la vitrine est le projet expérimental Woven City à Susono, au pied du mont Fuji.
À l’opposé, Waymo, entité issue de Google X, évolue depuis 2009 dans une logique d’innovation disruptive. Sa technologie Waymo Driver, entièrement autonome (niveau 4 SAE), est actuellement exploitée dans une flotte de Jaguar I-PACE et d’Ioniq 5 à motorisation électrique, déployée dans plusieurs grandes métropoles américaines, totalisant plus de 250 000 trajets payants hebdomadaires.
Objectif 1 : concevoir une plateforme commune pour voitures autonomes
Au cœur de l’accord figure le développement conjoint d’une nouvelle architecture technologique, dédiée aux véhicules autonomes de type L4. L’objectif est double : optimiser l’intégration logicielle de Waymo Driver dans des plateformes existantes de Toyota, et co-développer une base hardware-software adaptable aux différents segments (SUV, berlines, VUL).
Waymo mise sur l’expertise de Toyota en ingénierie produit et en industrialisation, tandis que Toyota entend bénéficier de l’avance de Waymo en intelligence artificielle embarquée, perception environnementale (LIDAR, radar, caméras) et prise de décision en temps réel. Aucune donnée financière, ni plan de charge technique, n’ont été publiés. « Nous sommes convaincus que cette collaboration peut nous aider à diffuser nos solutions à l’échelle mondiale, et nous rapprocher d’une société sans accident », a déclaré Hiroki Nakajima, vice-président exécutif de Toyota cité par Forbes.
Objectif 2 : faire entrer Waymo Driver dans les véhicules particuliers
C’est le tournant majeur de cette alliance. Pour la première fois, Waymo affiche l’ambition de proposer son système à des véhicules de propriété privée, un virage stratégique évoqué dès 2018 par John Krafcik (ancien CEO de Waymo) et réaffirmé récemment par Sundar Pichai, PDG d’Alphabet : « Il y a une option future autour de la propriété individuelle qui pourrait s’appliquer aux véhicules. »
Contrairement à Tesla, dont le « Full Self Driving » n’atteint pas l’autonomie complète et nécessite la supervision humaine, le Waymo Driver repose sur un système redondant, multisensoriel, apte à fonctionner sans interaction humaine. Cette distinction technique est déterminante dans le passage à un modèle « propriétaire ».
Intégration logicielle : un défi colossal
La transposition du système Waymo dans un véhicule personnel exige une intégration native profonde au niveau des ECU (Electronic Control Units), du châssis électronique (E/E architecture) et des systèmes d’actuation. Contrairement aux flottes robotaxis, où les environnements sont contrôlés et homogénéisés, les véhicules personnels devront :
- fonctionner dans des zones plus variées et non cartographiées finement ;
- intégrer des mécanismes de mise à jour OTA (Over-the-Air) sécurisés ;
- offrir une UX conducteur cohérente avec une conduite passive.
L’enjeu est donc autant matériel que logiciel. Selon Forbes, une hypothèse envisagée serait la mise à disposition du Waymo Driver sous forme de service par abonnement, installé en usine ou activé a posteriori, selon les marchés.
Un cadre réglementaire encore flottant pour la voiture autonome
Même si Waymo a obtenu les autorisations pour opérer en Californie, au Texas, et en Arizona, la voiture autonome de propriété privée soulève des questions réglementaires complexes. Responsabilité en cas d’accident, normes d’homologation, cybersécurité des modules critiques : rien n’est encore cadré au niveau fédéral américain, et encore moins à l’international.
Toyota, de par sa présence mondiale, devra naviguer entre des exigences locales hétérogènes : la norme WP.29 de l’ONU, les exigences du règlement européen 2019/2144, et les législations spécifiques en Asie. Une avancée réelle passera par une normalisation des systèmes et une ouverture des bases de données de test aux autorités.
Ce partenariat répond à une dynamique mondiale : la course à la standardisation de la voiture autonome. General Motors (via Cruise), Mercedes-Benz (avec Bosch), Apple (projet Titan), ou Baidu (Apollo) avancent leurs pions. Toyota et Waymo, jusqu’ici sur des trajectoires parallèles, unissent enfin leurs efforts face à une pression croissante sur les coûts et la fiabilité.






