Le marché français des véhicules professionnels évolue à contre-courant de plusieurs de ses voisins européens. D’après les statistiques publiées le 28 octobre 2026 par l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA), les immatriculations de camionnettes neuves ont reculé de 5,6 % en France sur les neuf premiers mois de l’année. Celles des camions ont diminué de 1,6 %, alors que le marché européen des poids lourds repart à la hausse.
Une autre dynamique se dessine dans les motorisations : les immatriculations de camions rechargeables ont augmenté de 60,2 % en France sur la même période. Ce contraste révèle un marché où le renouvellement des flottes reste hésitant, mais où une partie des achats s’oriente vers l’électrification.
Les utilitaires français décrochent dans un marché européen stable
Dans l’Union européenne, 1 073 427 camionnettes neuves ont été immatriculées entre janvier et septembre 2026, un volume globalement stable par rapport à la même période de 2025. L’Espagne affiche une progression de 6,9 %, tandis que l’Allemagne recule de 4,1 % et l’Italie de 5,1 %. La France, à −5,6 %, connaît la baisse la plus marquée de ces quatre grands marchés.
Pour les entreprises de livraison, les artisans et les gestionnaires de flotte, ce chiffre constitue un indicateur de la demande de véhicules neufs, sans renseigner à lui seul sur l’activité de transport ni sur les volumes du marché de l’occasion. Les immatriculations reflètent aussi les calendriers de renouvellement et les arbitrages d’investissement des professionnels.
À l’échelle européenne, le diesel conserve 78,1 % des immatriculations de camionnettes neuves, contre 81,7 % un an plus tôt. Les utilitaires rechargeables gagnent du terrain : leurs immatriculations augmentent de 38,2 % et leur part atteint 14,1 %, contre 10,2 % durant les neuf premiers mois de 2025. La transition avance, mais le moteur diesel demeure très majoritaire dans ce segment.
Les camions électriques accélèrent malgré le repli français
Le marché européen des camions neufs progresse de 7,5 %, à 245 079 immatriculations. La Pologne (+20,5 %) et l’Espagne (+13,2 %) tirent la croissance, devant l’Allemagne (+2,5 %). En France, le recul de 1,6 % contraste avec ce redressement européen, que l’ACEA relie en partie à une reprise depuis un niveau relativement bas.
Le segment des camions rechargeables affiche une croissance européenne de 49,8 %, mais ne représente encore que 5,3 % des immatriculations neuves. La France fait partie des marchés qui portent cette progression, aux côtés de l’Allemagne (+77,2 %) et des Pays-Bas (+57,5 %). Ensemble, ces trois pays concentrent 74 % des immatriculations européennes de camions rechargeables recensées par l’association.
Cette progression en pourcentage doit être replacée dans son contexte : le marché des camions électriques part d’une base encore limitée. Le diesel équipe toujours 91,7 % des nouveaux camions immatriculés dans l’Union. Pour les transporteurs, l’adoption de nouvelles motorisations dépend notamment des trajets, des capacités de recharge, du coût total d’exploitation et de l’organisation des dépôts.
Les autobus ne suivent pas la même trajectoire
Le marché des autobus neufs progresse, lui, de 15,2 % dans l’Union européenne, avec 32 695 immatriculations. La France enregistre une hausse de 10,5 %, tandis que l’Italie progresse de 34,4 % et l’Allemagne de 10,1 %. Ces chiffres portent sur les véhicules nouvellement immatriculés, et non sur l’ensemble des autobus en circulation.
À l’échelle européenne, les autobus rechargeables représentent désormais 26,4 % des nouvelles immatriculations, contre 22,1 % un an auparavant. Leur volume augmente de 37,6 %. Le diesel reste toutefois majoritaire, avec une part de 58,4 %.
Les résultats publiés par l’ACEA dessinent ainsi trois rythmes de transition distincts : une électrification encore minoritaire des camions, plus avancée pour les camionnettes, et nettement plus visible dans les achats d’autobus. En France, les prochaines données permettront de voir si la progression des poids lourds électriques se poursuit malgré la faiblesse générale des immatriculations professionnelles.