Le 22 mai 2025, Jean-Pierre Farandou a proposé l’instauration d’une taxe poids lourds pour compenser les déficiences chroniques du financement ferroviaire. La mesure provoque une onde de choc chez les professionnels du transport routier. Dans un contexte de forte inflation des coûts et de fiscalité déjà jugée excessive, ce projet cristallise les tensions.
Une taxe poids lourds jugée punitive par les transporteurs
La déclaration du PDG de la SNCF ne laisse place à aucun doute : « une écotaxe poids lourds, ce ne serait pas anormal ». L’objectif ? Financer les besoins colossaux de modernisation du réseau ferré, estimés à un milliard d’euros par an. Dans l’esprit de Jean-Pierre Farandou, ce prélèvement viserait à inciter un report modal vers le train.
Mais du côté des transporteurs, la coupe est pleine. L’Union TLF (Transport et Logistique de France), la FNTR (Fédération nationale des transporteurs routiers) et OTRE (Organisation des transporteurs routiers européens) montent au créneau : une telle taxe serait non seulement injuste, mais économiquement insoutenable.
Ces acteurs rappellent que la fiscalité spécifique au transport routier dépasse déjà les 40 milliards d’euros par an, entre TICPE, péages, taxes sur les véhicules et cotisations diverses. « Qu’on arrête de nous présenter comme des boucs émissaires fiscaux dès qu’un autre secteur est en difficulté », grince un dirigeant de PME du secteur.
La taxe pour sauver la SNCF : un transfert de charge inacceptable
Le cœur du problème, pour les professionnels du transport, se situe dans la finalité même de la taxe. Elle ne viserait pas à compenser un impact environnemental – déjà largement intégré dans la structure des coûts –, mais à colmater les déficits d’un acteur public lourdement subventionné.
La SNCF perçoit chaque année plus de 15 milliards d’euros d’aides publiques sous diverses formes : subventions directes, compensation des pertes, financement d’infrastructures. Malgré cela, elle affiche une rentabilité incertaine et une productivité à la peine. Pour les transporteurs, l’idée de financer cette inefficacité par un impôt supplémentaire est tout simplement révoltante.
Le secteur routier, pilier logistique étouffé par la fiscalité
Les entreprises de transport routier alertent depuis plusieurs années sur un environnement économique dégradé. Le coût du carburant, toujours en tension, les hausses successives des péages, et la pénurie de main-d’œuvre fragilisent leur rentabilité. En 2024, le secteur a vu sa marge nette moyenne chuter à 2,1 %, contre 3,4 % trois ans auparavant.
Face à cela, une taxe supplémentaire sur les poids lourds aurait des conséquences directes : augmentation des coûts de transport, répercussions sur les prix à la consommation, mise en danger de nombreuses TPE et PME, et un risque accru de délocalisation de flux logistiques vers des pays frontaliers.
Les fédérations professionnelles préviennent : une telle mesure ne ferait que pénaliser l’économie réelle, sans garantir aucun gain environnemental tangible. Et de rappeler que 95 % du transport de marchandises en France est encore assuré par la route.
Les professionnels du camion refusent de porter les errements du rail
La sortie de Jean-Pierre Farandou est d’autant plus mal perçue qu’elle intervient dans une période où le secteur routier tente de moderniser ses pratiques. Véhicules moins polluants, développement de l’intermodalité, adoption progressive de carburants alternatifs : les transporteurs investissent, sans bénéficier du soutien espéré.
Alors que la SNCF, malgré des conditions de marché avantageuses et des protections réglementaires, peine à démontrer son efficacité, le monde du transport routier est sommé de payer. Pour de nombreux professionnels, c’est un non-sens stratégique et une injustice manifeste.
Face à une proposition qui pourrait bouleverser leur équilibre économique, les transporteurs routiers haussent le ton. Si la SNCF poursuit sur cette voie, c’est un conflit ouvert qui s’annonce entre deux visions du transport. D’un côté, une entreprise publique en quête de financement. De l’autre, des milliers de PME et d’acteurs logistiques qui refusent de porter les failles d’un système ferroviaire à bout de souffle.






