Voiture électrique vs voiture thermique : combien valent-elles à la casse ?

À mesure que l’aluminium prend une place centrale dans la valeur des véhicules, la capacité à sécuriser cette matière secondaire devient un avantage compétitif

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Voiture électrique vs voiture thermique : combien valent-elles à la casse ? © L'Automobiliste

L’étude « La transition matérielle automobile » publiée en mars 2026 met en lumière un basculement discret mais structurant pour l’économie de la filière : contrairement à une idée largement répandue, l’électrification n’appauvrit pas la valeur des véhicules en fin de vie, elle la redéfinit.

La voiture électrique est plus valorisée à la casse qu’une thermique

Le premier enseignement est chiffré et sans ambiguïté. Un véhicule électrique à batterie arrivant à la casse présente une valeur moyenne de récupération de 1 257 euros, contre 1 068 euros pour un véhicule thermique équivalent, selon l’étude menée par Wastetide. L’écart atteint ainsi 189 euros par véhicule, soit une prime de 18 % en faveur de l’électrique. Ce différentiel, loin d’être anecdotique à l’échelle d’un parc, devient significatif lorsqu’il est projeté sur des centaines de milliers de véhicules.

Mais la portée de ce résultat dépasse le simple différentiel de valeur. Ce que documente l’étude, c’est un changement profond de la nature même de cette valeur. Dans un véhicule thermique, près d’un tiers de la valeur de récupération provient des métaux du groupe platine, concentrés dans le pot catalytique. Ces métaux, bien que très précieux, reposent sur des volumes infimes et des marchés notoirement volatils. À l’inverse, le véhicule électrique s’appuie quasi exclusivement sur des métaux industriels en grande quantité. Aluminium et cuivre représentent à eux seuls 87 % de la valeur récupérable d’un véhicule électrique. La valeur ne disparaît pas, elle se déplace vers des matériaux plus massifs, plus liquides et mieux intégrés aux chaînes industrielles.

Plus de métaux recyclables dans une voiture électrique

Ce basculement s’explique directement par la transformation de la composition matérielle des véhicules. L’électrique embarque environ 250 kilogrammes d’aluminium, contre 140 pour une thermique, et 60 kilogrammes de cuivre, contre seulement 23. À l’inverse, les métaux ferreux reculent, conséquence de la disparition du moteur thermique, de la boîte de vitesses et du système d’échappement. Les métaux précieux liés à la dépollution disparaissent purement et simplement. Ce déplacement des masses matérielles, du rare vers le volumique, redessine mécaniquement la valeur.

L’analyse économique montre que cette nouvelle architecture est plus robuste. Même dans un scénario défavorable, combinant une baisse des prix de l’aluminium et du cuivre et une hausse des métaux précieux, le véhicule électrique conserve un avantage de valeur, certes réduit mais toujours positif. Dans un scénario favorable, la prime peut dépasser 30 %. La supériorité économique de l’électrique à la casse ne dépend pas d’une conjoncture spécifique des matières premières, elle s’inscrit dans une tendance structurelle.

Une baisse temporaire de la valeur du parc automobile européen

À l’échelle européenne, les implications sont déjà mesurables. À horizon 2035, environ 562 000 véhicules électriques devraient entrer chaque année dans les filières de traitement des véhicules hors d’usage, générant un surplus de valeur estimé à 106 millions d’euros par an par rapport à des véhicules thermiques équivalents. Ce gain reste toutefois partiellement masqué par un phénomène transitoire : la disparition progressive des pots catalytiques entraîne une perte de valeur de 355 millions d’euros liée aux métaux du groupe platine. Il en résulte une légère contraction de la valeur totale du gisement automobile européen, qui passerait de 9,2 à 8,8 milliards d’euros entre 2025 et 2035.

Ce décalage temporel constitue un point clé. Les véhicules mis au rebut dans les années à venir ont été produits à une époque où l’électrique était marginal. En 2035, seuls 10 % des véhicules hors d’usage seront d’origine électrique. Le véritable basculement n’interviendra qu’au début des années 2040, lorsque la part des véhicules électriques dans les flux de fin de vie dépassera 25 à 30 %. À ce moment-là, l’enrichissement unitaire des véhicules devrait pleinement se traduire dans la valeur globale du gisement.

Pour les acteurs de la filière, les implications sont multiples. Du point de vue des recycleurs, la mutation impose une évolution des procédés. Les flux dominés par l’acier cèdent progressivement la place à des matériaux plus complexes à extraire et à séparer, notamment le cuivre, l’aluminium et les composants électroniques. La valeur ne se capte plus uniquement par le broyage en masse, mais par des opérations de démontage et de tri plus fines.

Pour les constructeurs, l’enjeu est stratégique. L’étude souligne que le recyclage en boucle fermée de l’aluminium, en particulier, devient un levier économique et environnemental majeur. À mesure que l’aluminium prend une place centrale dans la valeur des véhicules, la capacité à sécuriser cette matière secondaire devient un avantage compétitif, tant en termes de coûts que de bilan carbone.

Enfin, un élément important mérite d’être rappelé pour interpréter correctement les chiffres : la batterie n’est pas incluse dans cette analyse. Les matériaux qu’elle contient, notamment le lithium, le cobalt et le nickel, relèvent d’une filière de recyclage distincte. La valeur de 1 257 euros pour un véhicule électrique correspond donc uniquement au reste du véhicule. En intégrant la batterie, la valeur totale potentielle d’un véhicule électrique en fin de vie serait encore supérieure, renforçant davantage l’écart avec le thermique.

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