Le 26 février 2026, Stellantis a publié ses résultats annuels 2025. Le chiffre est sans appel : 22,3 milliards d’euros de perte nette. Il s’agit de l’une des plus lourdes pertes jamais enregistrées par un groupe industriel coté à Paris. Après plusieurs exercices bénéficiaires, le retournement est brutal.
Dans son communiqué financier, le constructeur évoque principalement des dépréciations d’actifs, des provisions et des coûts de restructuration. En clair, une partie des investissements engagés ces dernières années dans l’électrification a été réévaluée à la baisse, signe que les hypothèses de volumes et de marges n’ont pas été atteintes.
Des dépréciations massives liées au virage électrique
Depuis 2021, Stellantis a engagé un plan d’investissement massif pour électrifier l’ensemble de son portefeuille. Plusieurs dizaines de milliards d’euros ont été alloués aux plateformes STLA, aux usines de batteries et à la conversion de sites européens et nord-américains. L’objectif était d’anticiper l’interdiction des ventes de véhicules thermiques neufs en Europe à l’horizon 2035.
Or, le marché du véhicule électrique ralentit. Les volumes progressent moins vite que prévu, tandis que la pression tarifaire s’intensifie sous l’effet de la concurrence chinoise et des ajustements de prix opérés par certains acteurs majeurs. Pour Stellantis, cela se traduit par des stocks plus élevés, des remises commerciales accrues et une érosion des marges sur les modèles à batterie.
Le groupe a donc passé des dépréciations importantes sur certains programmes et actifs industriels. Concrètement, des lignes de production ou des projets dont la rentabilité attendue était élevée sont désormais valorisés à un niveau inférieur, ce qui pèse directement sur le résultat net 2025.
Ajustements de capacités et relecture du mix produit
Cette perte de 22,3 milliards d’euros n’est pas uniquement comptable. Elle reflète un ajustement industriel réel. Plusieurs usines fonctionnent en deçà de leurs capacités nominales, notamment sur les segments compacts et SUV électriques. Dans un contexte de demande hésitante, Stellantis doit adapter ses cadences.
Le groupe pourrait ralentir certains lancements 100 % électriques ou en étaler le calendrier. Parallèlement, les motorisations hybrides et hybrides rechargeables, plus accessibles pour une partie de la clientèle européenne, pourraient retrouver un rôle central dans le mix produit. Ce rééquilibrage permettrait de sécuriser des volumes tout en amortissant les investissements déjà réalisés.
Pour les équipementiers, cette inflexion stratégique est déterminante. Les chaînes d’approvisionnement dédiées aux batteries, aux moteurs électriques et à l’électronique de puissance devront absorber une variabilité plus forte des commandes. À l’inverse, les fournisseurs liés aux moteurs thermiques et aux systèmes hybrides pourraient bénéficier d’un sursis.
Impact financier et perspectives pour Stellantis
Sur le plan boursier, la perte pèse sur la valorisation du groupe et sur la confiance des investisseurs. Une telle contre-performance impose une discipline accrue sur les coûts et les investissements futurs. Stellantis conserve néanmoins une base financière solide, un portefeuille de marques diversifié et une présence mondiale qui limite le risque systémique.
Pour les salariés, la transition reste délicate. L’électrification nécessite moins d’opérations mécaniques traditionnelles et davantage de compétences en électronique et en software. Des ajustements d’effectifs sont donc probables sur certains sites, tandis que la formation et la reconversion deviennent stratégiques.
Au-delà du cas Stellantis, cette perte de 22,3 milliards d’euros constitue un signal pour l’ensemble du secteur automobile européen. Elle illustre la complexité d’une transformation industrielle menée sous forte contrainte réglementaire et dans un environnement macroéconomique tendu. La question n’est plus de savoir si l’électrique s’imposera, mais à quel rythme et à quel prix pour les constructeurs.
Par ailleurs, cette perte de 22,3 milliards d’euros pourrait accélérer certains arbitrages technologiques. Stellantis pourrait prioriser les architectures multi-énergies capables d’accueillir thermique, hybride et électrique sur une même ligne d’assemblage, afin de lisser les risques industriels. Cette flexibilité devient stratégique dans un contexte où la demande reste volatile et où les cycles produits se raccourcissent, notamment sur les segments compacts et SUV, cœur de marché du groupe en Europe.



