Le SP95-E10, l’essence la plus consommée en France, dépasse de nouveau la barre symbolique des 2 euros le litre en moyenne en France métropolitaine. Une première depuis un mois, selon des chiffres de l’AFP.
Selon les calculs d’actu.fr, réalisés sur la base d’environ 9 000 stations-service, le SP95-E10 s’affichait à 2,000 euros le litre lundi 20 juillet 2026, en hausse de près de 7 centimes sur une semaine, soit +3,5 %. Le gazole, carburant le plus consommé du pays, grimpe encore plus fort : 2,096 euros le litre, en progression de 12 centimes en sept jours (soit une hausse de plus de 6 %).
Le SP98 suit la même tendance, à 2,084 euros en moyenne, 7 centimes de plus qu’une semaine plus tôt. Le gazole était déjà repassé au-dessus des 2 euros le 15 juillet, après un premier franchissement le 14. Le SP98, lui, avait dépassé ce seuil dès le 30 juin.
Avant cette flambée, les prix avaient pourtant baissé pendant plus de deux semaines.
Le baril grimpe, le gasoil russe se raréfie
Interrogé mardi 21 juillet sur franceinfo, Francis Pousse, président national de la branche Distributeurs Carburants et Énergies Nouvelles du syndicat Mobilians, détaille plusieurs raisons à cette remontée. « Le fameux baril de pétrole qui a augmenté, il a tutoyé il y a quelques jours les 90 dollars », rappelle-t-il, en pointant aussi la faiblesse de l’euro, qui s’affaiblit légèrement et n’aide donc pas les achats effectués en dollars.
Un facteur pèse particulièrement sur le diesel : la fin des exportations de gasoil russe vers des pays hors Europe, comme l’Inde, qui doivent désormais s’approvisionner sur le marché européen. « Ça fait monter la cotation à Rotterdam du produit fini diesel », explique Francis Pousse.
Cette bascule s’inscrit dans le contexte de la guerre en Ukraine : Moscou a annoncé, le 8 juillet 2026, l’interdiction de ses exportations de gazole, pour faire face à des pénuries provoquées par des frappes ukrainiennes sur ses raffineries.
En toile de fond, le conflit entre les États-Unis et l’Iran continue d’agiter les marchés. Selon Blandine Ruty, secrétaire générale de l’Union française des industries pétrolières (UFIP), le baril de Brent est passé d’environ 70 à 80 dollars en un seul week-end, à la mi-juillet, après la reprise des hostilités entre les deux pays.
Un accord de cessez-le-feu conclu le 14 juin par Donald Trump, qui avait rouvert le détroit d’Ormuz aux navires pétroliers, a volé en éclats le 8 juillet, chaque camp accusant l’autre de l’avoir violé. Washington a rétabli ses sanctions sur le pétrole iranien après des tirs visant des navires commerciaux dans le détroit, un passage par lequel transite un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures en temps normal.
« On est dans une situation très compliquée, et de plus en plus tendue avec le blocage des bateaux dans le détroit d’Ormuz. On n’a aucune visibilité », résume Blandine Ruty, qui note toutefois que la demande reste calme pour l’instant, signe que les marchés attendent. Francis Pousse partage ce constat d’incertitude, soulignant que les quatre mois qu’ils viennent de vivre montrent des poussées puis des redescentes, ce qui rend les prévisions impossibles à faire.
Le président de Mobilians rejette par ailleurs l’idée que les stations-service profiteraient de la situation. Leurs marges, contrôlées chaque semaine par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), resteraient limitées à 3 centimes net.
« En station-service, on n’a pas d’autre choix que d’appliquer la hausse […] et c’est quelque chose qu’on n’apprécie pas non plus puisque, plus le carburant est élevé, moins on a de chance d’en vendre », affirme-t-il.


