Selon un rapport fondé sur les données réelles issues de 800 000 véhicules, les voitures hybrides rechargeables affichent des émissions de dioxyde de carbone bien supérieures à celles mesurées en laboratoire. Les chiffres révèlent que ce type de voiture hybride rechargeable rejette jusqu’à cinq fois plus de CO₂ que ce que stipulent les tests officiels. Ce constat remet en question leur statut de solution intermédiaire face à la voiture thermique, alors que les politiques publiques les subventionnent encore largement.
Des émissions réelles bien supérieures aux chiffres officiels
Les résultats sont sans appel. Selon Transport & Environment, organisation européenne de référence dans l’analyse environnementale du secteur automobile, les voitures hybrides rechargeables émettent 4,9 fois plus de CO₂ en conditions réelles que dans les tests d’homologation. Ces données, collectées à partir des compteurs embarqués de 800 000 véhicules, proviennent d’utilisateurs de modèles récents commercialisés en Europe. Le rapport souligne que « les émissions réelles de CO₂ des hybrides rechargeables sont presque cinq fois supérieures aux résultats des tests officiels », confirmant les doutes exprimés depuis plusieurs années par certains observateurs de l’industrie.
L’origine de cet écart s’explique par la méthodologie des tests WLTP, qui repose sur un usage quasi exclusif du mode électrique. Or, dans la vie réelle, les conducteurs utilisent bien plus souvent le moteur thermique, réduisant drastiquement les gains environnementaux. Transport & Environment précise que le facteur d’utilisation électrique, censé mesurer la proportion du temps passé en mode zéro émission, atteint seulement 27 % en moyenne, contre environ 84 % lors des tests officiels. La majorité des propriétaires de voiture hybride rechargeable ne la branchent pas assez souvent, voire jamais.
Une différence de pollution minime avec la voiture thermique
Le rapport de T&E va plus loin : le gain réel en émissions par rapport à une voiture thermique ne serait que de 19 %, alors que les chiffres officiels évoquent une réduction de 75 %. « Les hybrides rechargeables ne sont pas la solution climatique qu’on prétendait autrefois », résume Julia Poliscanova, directrice des véhicules chez Transport & Environment dans The Guardian. Selon elle, ces modèles « combinent le pire des deux mondes » : un moteur à combustion encore très sollicité et des batteries rarement exploitées à leur plein potentiel.
Certaines mesures révèlent même que les voitures hybrides rechargeables atteignent plus de 130 grammes de CO₂ par kilomètre en usage réel, soit des niveaux comparables à ceux d’une voiture thermique moyenne. Reuters confirme cette estimation, rappelant que les valeurs officielles se situent souvent sous les 30 g/km. L’écart est donc gigantesque. Même en mode électrique, un PHEV typique émet encore 68 g/km, car son moteur essence s’enclenche environ un tiers du temps, selon les données de T&E. Dans ces conditions, difficile de justifier leur classification dans les catégories “basses émissions” ou leur éligibilité à des bonus écologiques.
Des données qui bousculent les politiques publiques et les stratégies industrielles
Cette remise en cause des performances des hybrides rechargeables intervient à un moment critique pour l’industrie automobile. De nombreux constructeurs, comme BMW, Mercedes ou Peugeot, ont massivement investi dans cette technologie pour respecter les normes européennes de CO₂. Or, si les chiffres réels sont pris en compte dans les futures réglementations, leurs bilans carbone risquent de se dégrader fortement. Transport & Environment appelle ainsi à réviser le mode de calcul officiel, jugé obsolète et trompeur. « Les gouvernements devraient cesser de subventionner les hybrides rechargeables et se concentrer sur les véhicules réellement zéro émission », insiste Julia Poliscanova, pour qui les PHEV retardent la véritable électrification du parc automobile.
Les États européens pourraient être contraints de revoir leurs dispositifs d’aide. En France, les voitures hybrides rechargeables bénéficient encore de bonus à l’achat et d’avantages fiscaux, au motif qu’elles permettent de rouler en tout électrique sur de courts trajets. Pourtant, dans la réalité, le bénéfice environnemental s’effondre dès que le véhicule n’est pas rechargé quotidiennement. D’après T&E, seuls les conducteurs parcourant moins de 30 km par jour en mode urbain profitent d’un réel avantage sur le plan des émissions. Au-delà, la voiture thermique reste plus efficiente du point de vue énergétique.






