Attention arnaques. Depuis vingt-cinq ans, les centres proposant des stages de récupération de points sur le permis de conduire se sont multipliés sur tout le territoire, répondant à une demande croissante de la part des automobilistes et des motards, tant les contrôles et les verbalisations sont devenus monnaie courante sur les routes de France. Aujourd’hui, ce secteur d’activité associe des acteurs engagés dans la sécurité routière et des entreprises ayant industrialisé des fraudes commerciales caractérisées.
« Contrôles inexistants »
Et ces fraudes peuvent prendre des formes inattendues, comme le relate très souvent la presse spécialisée ou les acteurs eux-mêmes, qui souhaitent ne pas voir leur image accolée aux pratiques douteuses de certains confrères. Permisapoints.fr met par exemple en garde contre les sites web proposant des stages à 99 euros : « Trouver un stage de récupération de points pas cher peut être une tentation pour de nombreux conducteurs. Cependant, l’opportunité se transforme très souvent en un véritable cauchemar. Entre des faux stages, des reports consécutifs ou encore des changements d’adresse à des kilomètres, à la dernière minute, sans jamais de remboursements, un stage de récupération de points pas cher cache pour la plupart du temps des entreprises peu scrupuleuses. » Et c’est un euphémisme.
D’autant que les entreprises « peu scrupuleuses » sont légion. L’association de protection des consommateurs UFC-Que Choisir en sait quelque chose, et publie souvent sur le sujet. Au moment de la fermeture du site Permislib.fr en 2024, elle relate que « la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a été destinataire de nombreux signalements de consommateurs exposant des reports suivis d’annulations des stages sans motif, des défauts d’inscription effective aux stages programmés malgré paiement, des défauts de remboursement, etc. ». De l’avis des professionnels du secteur, ces acteurs prospèrent parce que la fraude est très lucrative. « Les centres de sensibilisation à la sécurité routière frauduleux, c’est maintenant courant. Et les contrôles sont inexistants », regrette ainsi Philippe Destarkeet, secrétaire général du Snica-FO, principal syndicat des inspecteurs du permis de conduire.
Pourtant, l’État dit se défendre et avoir conscience du problème : en 2012, les députés ont inscrit dans la loi plusieurs obligations légales destinées aux organisateurs de stages de récupération de points. Quatre ans plus tard, deuxième tour de vis du ministère de l’Intérieur – le ministère de tutelle de la Délégation à la sécurité routière (DSR) – qui a alors publié une nouvelle circulaire concernant le permis à points et la manière dont lesdits points perdus peuvent être recrédités. Principale mesure annoncée : opérer des contrôles aléatoires et annuels au sein des centres de formation pour vérifier la validité des services proposés par les organismes privés, agréés par les préfectures à l’échelon départemental. Dix ans plus tard, le bilan n’est guère satisfaisant.
Des consommateurs agacés
La qualité des services, justement, est au cœur du problème, car il en va de la sécurité des conducteurs comme des piétons et des cyclistes. Et c’est là que le bât blesse, à en croire les nombreux témoignages que l’on peut glaner parmi des centaines d’avis Google. Et cela concerne de très nombreuses enseignes, même celles qui jouissent d’une bonne réputation. « J’ai loupé la date du rendez suite à une intervention avec mon travail de sapeur-pompier, le responsable ne souhaite pas entendre cette justification, et donc me prends 250 euros sans possibilité de décaler le rendez-vous ! », regrette Ethan Fiquet au sujet de Recupoint.fr. « Une réelle perte de temps, ajoutée à une perte financière assez significative, déplore Loick Fradin concernant ActiRoute. Je doute fortement que le contenu de ce qui a été abordé durant deux jours soit le réel contenu de ce genre de stage. L’un des deux formateurs à l’ego inqualifiable a été odieux (pour rester poli) et agressif, à la limite de l’insolence envers ses stagiaires jusqu’à en menacer certains. L’intention de ces stages est bonne, mais certains formateurs sont à recycler. » Ou encore, ce témoignage de Christophe Monvoisin au sujet de Stages-Points.fr : « J’ai été reçu par des employés affirmant qu’il était impossible de suivre un stage sans permis physique. Pourtant, d’autres prestataires acceptent parfaitement l’avis de rétention. » Et ce ne sont là que trois témoignages parmi des centaines d’autres.
Il arrive aussi que les usagers, à la sortie de leur stage, ne voient pas leurs points crédités sur leur permis. « J’ai effectué un stage de récupération de points et j’ai obtenu mon attestation validant les 4 points, explique Stéphane sur le site ServicesPublics+. Le lendemain, j’ai reçu de la préfecture une fin de non-recevoir au motif que mon permis avait les 12 points au moment du stage. Ce qui est bien entendu complètement faux. Inutile de rappeler le coût en temps et financier de ces stages ! » Quelle que soit la situation, les usagers déçus par les services proposés mettent souvent en avant deux mêmes éléments : l’argent dépensé pour rien et les jours posés auprès de leur employeur. Pour rien là aussi.
Si les contrôles prévus par le circulaire de 2016 étaient plus stricts, il en serait probablement autrement. Mais de nombreuses pratiques commerciales frauduleuses ont lieu bien en amont des stages. En 2025, une enquête de TF1 a fait le tour de la question, entre stages sans cesse reportés à cause d’un nombre insuffisant de candidats – et jamais remboursés –, et même paiements effectués vers des comptes bancaires installés dans les Émirats arabes unis, tristement connus pour servir de lessiveuse à de nombreux business douteux. Et le pire, c’est que toutes ces fraudes touchent l’ensemble de la chaîne permettant de retrouver l’intégralité de ses points. En cas d’invalidation totale, les conducteurs doivent obligatoirement repasser le code. Un précieux sésame qui, lui aussi, est la cible de professionnels de l’arnaque : en 2024 par exemple, à Vesoul (Haute-Saône), un homme de 23 ans est passé devant le tribunal pour avoir monté un commerce de vente de faux certificats de code, moyennant 250 euros chacun. En quelques mois seulement, il a ainsi encaissé 160 000 euros. « Plus d’un examen sur trois à l’épreuve théorique du permis de conduire serait irrégulier », assure Le Monde. Leboncoin référence également des annonces pour des stages de récupération de points « sans présence nécessaire ». Des fraudes qui devraient faire réagir les pouvoirs publics mais qui semblent prospérer en toute impunité. Il faut mieux sanctionner les pratiques commerciales douteuses liées à l’obtention du code et à la récupération des points perdus. Les conducteurs ont du mal à distinguer les acteurs honnêtes et engagés et sont les premières victimes de ces pratiques. Un chantier nécessaire qui demande courage et clairvoyance de la part de l’État afin de ne pas « jeter le bébé avec l’eau du bain ».


