Stellantis lâche l’hydrogène : la filière industrielle française sous choc

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Stellantis lâche l’hydrogène : la filière industrielle française sous choc © L'Automobiliste

Un acteur majeur tourne le dos à l’hydrogène. Une décision inattendue qui fragilise une filière industrielle encore embryonnaire en France. Derrière l’annonce, une remise en cause brutale de tout un pan de la mobilité durable.

Stellantis abandonne l’hydrogène : un virage stratégique décisif annoncé le 16 juillet 2025

Stellantis a officiellement mis un terme, mercredi 16 juillet 2025, à son programme de développement dans l’hydrogène. Une volte-face industrielle d’ampleur, décidée par la nouvelle direction du groupe dirigé par Antonio Filosa, et qui entérine la fin de la production des véhicules utilitaires légers à pile à combustible. Le constructeur justifie sa décision par une absence de perspectives économiques crédibles à moyen terme pour cette technologie, pourtant promue jusqu’en janvier dernier comme un pilier de la transition énergétique.

Technologie hydrogène : une ambition avortée pour les véhicules utilitaires légers

La rupture est nette. Stellantis abandonne non seulement ses modèles Citroën ë-Jumpy Hydrogen et Peugeot e-Boxer Hydrogen, mais aussi la gamme complète de son programme utilitaire Pro One. Prévue pour être assemblée en série dès l’été 2025 à Hordain (Nord) et Gliwice (Pologne), cette flotte ne verra jamais le jour. Seules 300 unités avaient été écoulées à ce jour, selon les chiffres internes du groupe.

Le constructeur, dans un communiqué, explique ce choix par « la disponibilité limitée des infrastructures de ravitaillement en hydrogène, des investissements considérables requis et le besoin d’incitations très élevées pour les clients ». Il ajoute ne pas « anticiper l’adoption des véhicules utilitaires légers à hydrogène avant la fin de la décennie ».

Jean-Philippe Imparato, directeur de Stellantis pour l’Europe, va plus loin : « Le marché de l’hydrogène demeure un segment de niche, sans perspectives de rentabilité économique à moyen terme ».

Symbio sous pression : une coentreprise stratégique fragilisée

Les conséquences de cette décision vont bien au-delà de l’arrêt des modèles. C’est tout l’écosystème industriel qui vacille. Symbio, coentreprise fondée en 2023 entre Stellantis, Michelin et Forvia, assurait la conception des systèmes à pile à combustible. Elle est aujourd’hui directement menacée. Michelin parle d’une décision « inattendue, brutale et non concertée », tandis que Forvia alerte sur des « répercussions opérationnelles et financières, graves et immédiates ».

Stellantis, qui représentait jusqu’à 80 % de l’activité de Symbio, a affirmé avoir « engagé des discussions » avec ses partenaires pour redéfinir les contours de la collaboration. Mais l’avenir de l’usine Symbio de Saint-Fons (près de Lyon), inaugurée fin 2023, est désormais incertain.

Des emplois redéployés, une filière française menacée

Au total, 176 salariés du programme hydrogène de Stellantis seront « réorientés vers d’autres projets », selon le groupe. Aucun licenciement n’a été annoncé pour le moment. Mais cette transition interne masque difficilement un constat plus large : l’effritement d’une filière industrielle que l’État français avait tenté de soutenir ces dernières années.

Stellantis rejoint ainsi Renault, qui a liquidé en janvier 2025 son usine d’utilitaires à hydrogène de Flins. Les autres grands constructeurs européens, quant à eux, se désengagent discrètement de cette technologie.

Pourquoi l’hydrogène ne convainc pas (encore) le marché ?

Sur le papier, les utilitaires hydrogène présentent des avantages : recharge rapide, longue autonomie, batteries plus compactes. Autant d’atouts pour les usages intensifs, notamment en logistique urbaine. Mais leur coût d’achat – avoisinant les 100 000 euros par unité – et l’absence de stations de recharge opérationnelles en France et en Europe constituent des freins majeurs à leur adoption.

Le marché peine donc à décoller. Stellantis, malgré ses ambitions initiales, choisit désormais de recentrer ses efforts sur les modèles électriques à batterie et hybrides rechargeables, plus conformes aux attentes actuelles et aux normes environnementales européennes.

Un signal d’alarme pour l’hydrogène dans la mobilité

Le retrait brutal de Stellantis est plus qu’un choix industriel. Il envoie un signal puissant aux acteurs de la filière : sans infrastructures, sans soutien massif à la demande et sans vision commune européenne, la technologie hydrogène restera un pari marginal.

Face à cette désaffection, seuls quelques constructeurs poursuivent leur chemin : Toyota, Hyundai ou BMW maintiennent des programmes expérimentaux limités, sans qu’un modèle économique robuste ne se dessine pour l’instant.

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