Stellantis recule sur le 100 % électrique et adapte sa plateforme phare

Alors que l’avenir semblait tout tracé vers le 100 % électrique, Stellantis débranche partiellement la prise. La plateforme STLA Small, présentée comme l’épine dorsale de la stratégie électrique du groupe, sera finalement… hybride.

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©​​ Stellantis

Le 14 mai 2025, une note interne relayée par Les Échos a confirmé un virage technique majeur : Stellantis repousse l’objectif de ne proposer que des voitures électriques en Europe d’ici 2030. Ce choix bouleverse l’architecture des plateformes du groupe, remet en cause plusieurs projets industriels, et marque la fin d’une ambition clairement annoncée. Alors que les premières STLA Small devaient entrer en production dès 2026, la bascule technologique promise laisse place à un compromis inattendu : l’hybride fait son retour.

STLA Small : de vitrine technologique à compromis industriel

C’était la plateforme censée symboliser le virage du groupe vers l’électrique. STLA Small devait équiper les futures générations des 208, Corsa, DS 3, 2008, Avenger ou encore Mokka. Elle devait être 100 % électrique. Mais en réalité, elle optera pour le multi-énergie.

Ce changement de cap implique un lourd travail d’ingénierie : adaptation pour accueillir un moteur thermique, une boîte de vitesses, un système d’échappement, un réservoir de carburant. À ce stade, Stellantis envisage de commercialiser la future 208 d’abord en version électrique, puis en hybride e-DCS6, probablement à boîte double embrayage.

Un revirement aux lourdes conséquences techniques

Techniquement, cette décision revient à adapter une plateforme dédiée, en sacrifiant une partie de l’optimisation rendue possible par une conception intégralement électrique. Un choix qui va à rebours de celui de Renault, dont la plateforme AmpR Small est pensée exclusivement pour l’électrique, avec les avantages que cela implique : meilleure répartition des masses, rigidité renforcée, efficience accrue.

Dans le langage industriel, une plateforme désigne l’ensemble des composants structurels et techniques communs à plusieurs modèles de véhicules. Elle inclut généralement le soubassement, les points de fixation du châssis, les architectures électroniques, la chaîne de traction (thermique, électrique ou hybride), et parfois même les systèmes de suspension. Concevoir une plateforme, c’est définir une base technologique partagée, sur laquelle le constructeur peut décliner plusieurs modèles, parfois sur plusieurs marques du groupe. C’est un levier majeur de rationalisation industrielle : une même plateforme permet de produire des véhicules différents sur des lignes communes, réduisant les coûts de développement et de production. Lorsqu’elle est dédiée à l’électrique, elle peut être optimisée pour loger les batteries dans le plancher, abaisser le centre de gravité, et améliorer la rigidité structurelle. Inversement, une plateforme multi-énergie introduit des compromis techniques, en devant accueillir aussi bien des composants thermiques qu’électriques, au détriment de l’efficience ou du volume intérieur.

Pourquoi Stellantis recule-t-il sur le 100 % électrique ?

Stellantis n’a pas encore officialisé ce revirement, mais en interne, le message est limpide : « L’objectif du 100 % électrique pour 2030 n’est plus d’actualité ». Ce constat s’appuie sur plusieurs données très concrètes. D’abord, la stagnation des ventes de véhicules électriques en Europe. L’année 2024 a marqué un net ralentissement, avec des stocks en hausse et une demande qui plafonne hors flottes d’entreprise. Ensuite, les coûts. Les modèles compacts 100 % électriques, comme les e-208, restent difficiles à rendre compétitifs sans aides massives.

Enfin, la réglementation européenne elle-même donne une marge : l’interdiction du thermique n’interviendra qu’en 2035. Stellantis, qui prévoyait de prendre de l’avance, préfère désormais coller au calendrier minimal.

Sur le plan industriel, cette décision se traduit déjà par un ralentissement de l’investissement dans les motorisations électriques. La production prévue de moteurs Emotors à Metz pour 2025 a été revue à la baisse, passant de 800 000 à une fourchette de 400 000 à 500 000 unités. Les lignes thermiques, elles, tournent encore à plein régime.

Conséquences concrètes : hybrides prolongés, plateformes rationalisées

La réorientation de STLA Small vers une architecture multi-énergie n’est pas une simple mise à jour. C’est un changement de paradigme industriel. Jusqu’ici, Stellantis misait sur quatre plateformes STLA : Small, Medium, Large et Frame. Si les trois dernières ont toujours été conçues pour accueillir divers types de motorisation, la Small devait rompre avec cette logique.

En revenant à une approche multi-énergie, Stellantis prolonge la durée de vie de ses gammes thermiques et hybrides, tout en limitant les investissements spécifiques aux chaînes de production électriques. Une stratégie qui vise à lisser les coûts industriels, mais qui compromet en partie la compétitivité technique des futures citadines électriques du groupe.

L’effet est immédiat : la e-208 n’aura pas de descendante sur plateforme dédiée électrique. Elle partagera désormais son architecture avec une version thermique. De quoi ralentir les progrès attendus en autonomie, poids ou efficience.

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