À Rome, l’automobiliste n’est plus un citoyen : il devient un problème à gérer, un flux à contenir, une variable d’ajustement budgétaire. La dernière proposition de la municipalité dirigée par le maire de Roberto Gualtieri en apporte une illustration spectaculaire. Selon les informations publiées par Corriere della Sera, la Ville entend imposer un permis annuel de 1 000 euros aux voitures électriques non résidentes souhaitant accéder à la ZTL du centre historique, mettant fin à la gratuité dont elles bénéficiaient jusqu’ici.
Pendant des années, les automobilistes ont été encouragés à investir dans l’électrique. Prime à l’achat, discours politiques sur la transition, promesse d’un accès facilité aux centres-villes : le message était clair. Achetez propre, vous serez récompensés. À Rome, cela se traduisait par un accès libre aux zones à trafic limité pour les véhicules zéro émission, sous réserve d’enregistrement. La règle était cohérente : moins d’émissions locales, moins de contraintes. Elle était lisible, incitative, rationnelle.
Trop de voitures électriques dans le centre de Rome
Aujourd’hui, changement de cap. La municipalité considère que le nombre croissant de véhicules électriques bénéficiant d’une autorisation d’accès gratuit « surcharge » la ZTL (équivalent italien de la ZFE) et compromet la fluidité du centre. La réponse ? Faire payer. Non pas quelques dizaines d’euros symboliques, mais 1 000 euros par an. Autrement dit, transformer un outil de politique environnementale en droit d’entrée tarifé. Officiellement, il s’agit de « réguler les flux ». Officieusement, l’automobiliste devient une source de recettes et un levier idéologique.
Ce revirement est d’autant plus frappant qu’il frappe précisément ceux qui ont suivi la ligne officielle. Le conducteur qui a conservé un diesel ancien est déjà exclu. Celui qui a investi 30 000, 40 000 ou 50 000 euros dans une électrique pour rouler propre découvre qu’il est désormais assimilé, du point de vue de l’accès au centre, à un véhicule thermique classique dès lors qu’il n’est pas résident. L’effort individuel ne compte plus. La technologie ne compte plus. Seule compte la réduction absolue de la voiture, quelle qu’elle soit.
La réforme ne s’arrête pas là. Toujours selon Corriere della Sera, les hybrides « mild hybrid » perdraient également la gratuité du stationnement sur les « strisce blu », ces places payantes qui structurent la rotation urbaine. Là encore, le message est limpide : les nuances techniques intéressent peu. Hybridation légère, hybridation complète, électrique, thermique… tout finit par être ramené à la même catégorie politique : la voiture est de trop.
Le problème est bien la voiture pas la pollution
On peut entendre l’argument de la saturation. Oui, le centre historique de Rome est fragile. Oui, la pression touristique et résidentielle est immense. Mais si le problème est la congestion, alors il faut le dire clairement : ce n’est pas la pollution que l’on combat, c’est la présence même de l’automobile. Dès lors, pourquoi avoir promis l’inverse ? Pourquoi avoir encouragé l’électrification comme solution si, au premier succès commercial, on referme la porte ?
Pour un média automobile, la question est fondamentale. Ce qui se joue à Rome dépasse la capitale italienne. C’est la crédibilité même des politiques de transition qui est en cause. L’automobiliste a besoin de règles stables. Il investit sur dix ans, parfois plus. Il fait des choix techniques et financiers lourds. Si les avantages accordés aujourd’hui peuvent être supprimés demain au nom d’une nouvelle priorité politique, alors la confiance disparaît.
La voiture n’est pas seulement un objet technique. Elle est un outil de liberté, de travail, de mobilité familiale. En décidant de monétiser l’accès au centre pour les électriques, la Ville de Rome envoie un signal clair : la transition n’est pas un partenariat avec l’automobiliste, mais un rapport de force. Et dans ce rapport de force, celui qui tient le volant paie — toujours plus.






