« 276 appels en une journée » : face à la flambée de l’essence, les Russes convertissent leurs voitures au GPL et les garagistes ne suivent plus

276 appels en un jour, 30 traités : la ruée vers le GPL russe explose. Prix divisé par deux, aucune file d’attente.

Publié le
Lecture : 3 min
« 276 appels en une journée » : face à la flambée de l'essence, les Russes convertissent leurs voitures au GPL et les garagistes ne suivent plus
« 276 appels en une journée » : face à la flambée de l’essence, les Russes convertissent leurs voitures au GPL et les garagistes ne suivent plus © L'Automobiliste

Les stations-service Lukoil à sec, des prix qui dépassent parfois ceux pratiqués aux États-Unis et en Europe, des files d’attente qui s’étirent sur des kilomètres. Depuis que les frappes ukrainiennes visent les raffineries russes, le pays fait face à une pénurie de carburant à l’échelle nationale. Résultat : de plus en plus d’automobilistes russes convertissent leur voiture au gaz de pétrole liquéfié (GPL), un carburant déjà bon marché et abondant avant même le début de la crise.

Poutine admet « un problème »

Vladimir Poutine a lui-même reconnu la situation dimanche, lors d’un entretien accordé à la télévision d’État. Le président russe a confirmé que la Russie faisait face à des pénuries de carburant provoquées par les frappes de drones ukrainiens contre ses infrastructures pétrolières, tout en assurant que la situation restait sous contrôle. Selon lui, le gouvernement a engagé des mesures pour y remédier.

Reuters décrit un marché bousculé en quelques semaines : « Les Russes font la queue pour faire convertir leurs voitures au gaz de pétrole liquéfié (GPL), après que les attaques ukrainiennes contre des raffineries ont provoqué une pénurie de carburant à l’échelle nationale, entraînant une hausse des prix de l’essence et donnant lieu à de longues files d’attente dans les stations-service. »

Des ateliers de conversion débordés

À Moscou, l’entreprise Garant-Gas installe des équipements de conversion au GPL. Son dirigeant, Egor Popov, ne cache pas l’ampleur de la demande : « Notre liste d’attente s’étend jusqu’en septembre. »

Même constat chez Medvedev GBO, spécialisée dans les transformations de véhicules. Son fondateur, Sergei Medvedev, a reçu 276 appels en une seule journée, mais n’a pu en traiter qu’une trentaine ou une quarantaine. L’explication tient en une phrase : « Pas de files d’attente, avec des prix inférieurs de 50 % ou des deux tiers à ceux de l’essence dans les stations-service. »

Comment fonctionne une voiture au gaz

Une voiture GPL reste le plus souvent une voiture essence classique, à laquelle on ajoute un second circuit. Un réservoir spécifique, installé à la place de la roue de secours ou sous le plancher, stocke un mélange de butane et de propane à l’état liquide. Un simple bouton permet au conducteur de basculer entre les deux carburants, une double autonomie particulièrement utile quand l’essence se raréfie.

Le butane et le propane proviennent du traitement du gaz naturel et du raffinage du pétrole brut. Selon le reportage de Reuters, ils génèrent moins d’émissions que l’essence.

La Russie n’a pas découvert le GPL avec cette crise : elle en est le premier consommateur automobile mondial. En 2024, le pays a brûlé environ 3,5 millions de tonnes de GPL comme carburant, d’après la World Liquid Gas Association, la fédération du secteur. Les carburants automobiles représentaient l’an dernier 54 % de la consommation totale de GPL russe, selon les données officielles, contre un peu plus d’un tiers utilisé comme matière première par l’industrie pétrochimique.

L’écart de prix constaté en Russie, entre 50 % et deux tiers moins cher que l’essence, n’est pas propre à la crise russe. En France, plus de 1 700 stations distribuent déjà du GPL, ce qui en fait le carburant alternatif le plus accessible en réseau, selon le site spécialisé Gaz-Mobilité. Le litre s’y négocie fréquemment entre 0,70 et 1,00 euro, contre environ 2 euros pour l’essence ou le diesel selon les périodes, un écart proche de 50 % qui rejoint l’expérience russe.

Côté environnement, toujours selon Gaz-Mobilité, le GPL permet une baisse d’environ 15 à 20 % des émissions de CO₂ par rapport à une essence équivalente, avec très peu de NOx et de particules émis. Conséquence directe : la vignette Crit’Air 1 est attribuée aux voitures GPL quel que soit leur âge, ce qui préserve l’accès aux zones à faibles émissions (ZFE).

L’assureur MMA tempère toutefois l’enthousiasme sur la consommation : rouler au GPL entraîne une surconsommation d’environ 20 à 25 % par rapport à l’essence. Le coût au kilomètre reste malgré tout inférieur, grâce à un prix au litre plus bas. Plusieurs régions françaises proposent en plus des cartes grises gratuites ou à tarif réduit pour les véhicules GPL, auxquelles peut s’ajouter une prime à la conversion pour l’achat d’un modèle récent.

Laisser un commentaire