Depuis plusieurs années, la question de l’interfile pour les deux-roues motorisés suscite autant de débats que d’enthousiasme. En cette année 2025, une annonce gouvernementale surprise a offert un répit bienvenu : l’autorisation temporaire de cette pratique controversée est prolongée de plusieurs mois alors qu’elle risquait de se terminer dès le 1er janvier 2025.
Une décision qui, bien que saluée par les motocyclistes, continue d’alimenter les discussions sur la sécurité routière et les comportements au volant.
Interfile pour motos et scooters : une expérimentation sous haute surveillance
L’interfile, pratique qui permet aux motos et scooters de circuler entre les files de véhicules lorsque le trafic est ralenti ou à l’arrêt, a été mise en œuvre à titre expérimental en 2016 dans certains départements français. À l’époque, cette mesure visait à répondre à une double problématique : fluidifier le trafic et réduire les accidents impliquant les deux-roues. Cependant, les résultats de l’expérimentation ont été ambivalents, avec une baisse de 10 % des accidents spécifiques aux motos dans les zones concernées, mais une augmentation de 12 % de l’accidentalité globale. Ces chiffres, loin d’être définitifs, ont poussé les autorités à prolonger l’expérimentation à plusieurs reprises.
En 2021, la zone d’application de l’interfile a été élargie à 21 départements, incluant des régions densément peuplées comme l’Île-de-France et des axes stratégiques tels que les autoroutes urbaines. Cette extension, saluée par les associations de motards, a également été accompagnée de conditions strictes : une vitesse limitée à 50 km/h en interfile et un différentiel maximum de 30 km/h avec les autres véhicules. Ces règles, pourtant claires, sont encore aujourd’hui méconnues ou ignorées par certains usagers, alimentant les tensions sur la route.
Une décision inespérée pour les motards : l’interfile est prolongée
Le 1er janvier 2025 devait marquer la fin de cette expérimentation, et avec elle, le retour à une interdiction pure et simple de l’interfile. Les motocyclistes craignaient une remise en cause brutale d’une pratique devenue essentielle dans leur quotidien. C’est donc avec soulagement qu’ils ont accueilli l’annonce de la prolongation jusqu’au 31 juillet 2025, officialisée par une publication au Journal Officiel le 27 décembre 2024.
Cette décision témoigne de la volonté du gouvernement d’éviter une rupture brutale, tout en poursuivant les études sur l’impact de l’interfile. En effet, l’objectif affiché est de mieux comprendre les dynamiques en jeu et d’élaborer une réglementation durable, si les résultats le permettent. Les motards, de leur côté, espèrent que cette prolongation sera un pas vers une reconnaissance définitive de leurs droits.
Des conditions toujours strictes pour cette pratique sur la route
L’autorisation de l’interfile reste soumise à des règles précises, inchangées depuis 2021. Les deux-roues motorisés peuvent circuler en interfile uniquement sur des routes à plusieurs voies séparées par un terre-plein central, comme les autoroutes ou les voies rapides. De plus, cette pratique n’est autorisée que lorsque le trafic est dense ou à l’arrêt, à condition de ne pas dépasser 50 km/h.
Les sanctions pour non-respect des règles sont également dissuasives : une amende forfaitaire de 135 euros et un retrait de trois points sur le permis de conduire. Les associations de sécurité routière rappellent que ces limitations visent à protéger l’ensemble des usagers, mais aussi à réduire les comportements dangereux qui pourraient compromettre la pérennité de cette autorisation.
Malgré des chiffres mitigés, les experts s’accordent à reconnaître que l’interfile, lorsqu’elle est bien encadrée, peut contribuer à améliorer la fluidité du trafic et à réduire les risques d’accidents graves pour les deux-roues. Les données récoltées indiquent notamment une baisse de la mortalité chez les motocyclistes dans les zones d’expérimentation, un argument fort pour les défenseurs de cette pratique.
Cependant, certains points noirs subsistent. Les automobilistes, souvent mal informés sur les règles de l’interfile, expriment fréquemment leur agacement face à ce qu’ils perçoivent comme une « entorse » aux codes de la route. De plus, les zones où l’interfile est autorisée ne sont pas toujours clairement signalées, ce qui ajoute à la confusion générale.



