Depuis janvier 2024, l’Éthiopie a décidé de couper l’importation de véhicules fonctionnant à l’essence ou au diesel. Cette décision, inédite à l’échelle mondiale, vise à booster l’usage des voitures électriques. Le pays veut ainsi réduire sa dépendance aux énergies fossiles et adopter un mode de vie plus vert.
Des raisons économiques et écologiques
Arrêter l’importation de voitures thermiques répond à plusieurs objectifs. D’un côté, pour économiser sur les devises internationales, puisqu’actuellement, le pays dépense plusieurs milliards chaque année pour importer de l’essence. Yizengaw Yitayih, expert du ministère des Transports et de la Logistique, précise que « le décret doit d’abord nous aider à rationaliser nos dépenses en devises étrangères ».
D’un autre côté, cette mesure s’inscrit dans un plan pour favoriser les énergies renouvelables. Le Premier ministre Abiy Ahmed a déjà lancé plusieurs projets verts, comme le plus grand barrage hydraulique d’Afrique et la plantation de 5 milliards d’arbres pour reboiser les zones dégradées. Ces initiatives illustrent bien la volonté du gouvernement de transformer le secteur énergétique du pays.
Un défi pour les infrastructures
Même si le projet est ambitieux, l’infrastructure électrique en Éthiopie laisse à désirer. Aujourd’hui, il n’existe qu’une seule borne de recharge publique dans tout le pays et seulement deux garages spécialisés pour les voitures électriques. La dépendance vis-à-vis de marques chinoises moins connues complique aussi l’approvisionnement en pièces détachées.
Les fréquentes coupures de courant posent un sérieux problème pour la recharge à domicile, soulignant les obstacles à l’adoption des véhicules électriques. Yekenalem Abebe, chef d’entreprise, a évoqué ces difficultés tandis que Semagn Getnet, chauffeur VTC, explique : « Comme je n’ai plus d’électricité chez moi depuis quatre jours, je dois venir patienter ici pendant des heures ». Le ministre d’État Bareo Hassen Bareo estime qu’il faudrait installer plus de 2 300 bornes de recharge pour répondre à la demande croissante.
Diverses réactions et implications économiques
Les avis sur cette interdiction sont partagés, reflétant les débats sur l’avenir des moteurs thermiques en Europe. Samson Berhane, analyste éthiopien, trouve la décision « prématurée » étant donné les infrastructures actuelles. Pourtant, déjà plus de 115 000 conducteurs ont adopté les véhicules électriques en Éthiopie. Pour l’instant, beaucoup préfèrent toujours les voitures à essence, d’autant plus qu’il y a un important stock de véhicules invendus et que le gouvernement prévoit que 440 000 véhicules circuleront d’ici 2030.
Sur le plan international, cette interdiction de vente pourrait être levée temporairement dans le cadre des discussions pour l’adhésion de l’Éthiopie à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), prévue pour 2026. Cela impliquerait une révision de la loi pour se mettre en règle avec les normes de concurrence mondiales.
Vers une mobilité électrique : atouts et inspirations
Malgré les défis, l’Éthiopie se démarque en Afrique en affichant un taux d’électrification d’environ 7 % de son parc automobile, contre moins de 1 % dans d’autres pays africains. L’essor rapide d’une classe moyenne urbaine alimente cet engouement pour les véhicules neufs et électriques.
Pour appuyer cette transition, Addis-Abeba mise sur l’implantation d’usines locales par des constructeurs étrangers, notamment chinois, et sur l’exploitation du barrage de la Renaissance sur le Nil Bleu pour augmenter la production d’électricité nationale.






