Volvo Car AB a annoncé, le 31 mars 2025, la nomination, ou plutôt le rappel, de son ancien directeur général Hakan Samuelsson à la tête de l’entreprise. Un retour orchestré en pleine zone de tensions commerciales avec les États-Unis et alors que les ventes de véhicules électriques déçoivent. Cette décision marque une inflexion stratégique pour le constructeur suédois, désormais contraint de s’adapter à des vents contraires venus des deux côtés de l’Atlantique.
Hakan Samuelsson à nouveau aux commandes
La nomination d’Hakan Samuelsson au poste de directeur général n’est pas qu’un simple jeu de chaises musicales. Il s’agit d’un véritable changement de stratégie, voire d’un pari. À 74 ans, celui qui avait déjà dirigé Volvo de 2012 à 2022 remplace Jim Rowan à compter du 1er avril 2025. Un mandat de deux ans, officiellement présenté comme une transition pendant que le conseil d’administration cherche un successeur à long terme.
Mais personne n’est dupe. Comme l’indiquait Fortune dans un article publié le 31 mars 2025, « Volvo Car AB a rappelé son ancien PDG de longue date Hakan Samuelsson pour reprendre la barre alors que le constructeur automobile suédois tente de sortir d’une mauvaise passe, aggravée par les droits de douane américains imminents. » Le signal est clair : il faut un capitaine aguerri pour traverser la tempête.
Droits de douane, Donald Trump, et l’Amérique qui gronde : un cocktail explosif pour Volvo
Pourquoi ce retour soudain ? La réponse tient en deux mots : Donald Trump. Le président américain a décidé d’imposer des droits de douane de 25 % sur les voitures importées aux États-Unis. Une décision dont Volvo est une cible directe, en dépit de sa présence industrielle à Charleston, en Caroline du Sud.
Le constructeur continue d’expédier une grande partie de ses modèles depuis l’Europe. Et ce n’est pas tout. La conjoncture boursière ne plaide pas en faveur de la stabilité. Toujours selon Fortune, les actions de Volvo ont chuté de 48 % sur l’année écoulée. Les tensions commerciales, ajoutées à une demande en berne pour les véhicules électriques (VE), ont pesé lourd dans la balance. L’arrivée d’Hakan Samuelsson vise donc à rassurer les marchés et à reprendre le contrôle d’un paquebot qui dérive.
Un virage stratégique et industriel dicté par Geely
Derrière la façade suédoise, un nom revient sans cesse : Geely, le groupe chinois propriétaire de Volvo depuis 2010. C’est sous l’influence de son fondateur, le milliardaire Li Shufu, que l’entreprise a opté pour un recentrage industriel, réduction des coûts, optimisation de la trésorerie, et abandon progressif des objectifs 100 % électriques d’ici la fin de la décennie. Une volte-face discrètement amorcée par Jim Rowan, mais désormais actée sous la houlette de Samuelsson.
Selon les mots mêmes du constructeur, rapportés dans l’article de Fortune : « Face à des mutations technologiques rapides, une complexité géopolitique croissante et une intensification de la concurrence, le conseil estime que l’entreprise a besoin d’un leadership doté d’une expérience industrielle approfondie, d’une connaissance fine du groupe, et d’une capacité éprouvée à agir en temps de crise. ». C’est aussi dans cette logique que la production du SUV électrique EX30, jusqu’alors fabriqué en Chine, sera transférée en Belgique pour échapper aux surtaxes européennes sur les véhicules « made in China ».
Jim Rowan écarté, les ambitions électriques remisées au placard
Le départ de Jim Rowan, ancien PDG de Dyson, marque la fin d’une ère pour Volvo. Lui qui avait été recruté en 2022 avec pour mission de conduire la transition électrique du groupe, quitte ses fonctions avec un bilan en demi-teinte. L’objectif affiché de produire uniquement des véhicules 100 % électriques d’ici 2030 est désormais officiellement abandonné.
À la place, Volvo maintiendra une gamme de modèles hybrides, plus abordables et mieux acceptés par un public encore frileux vis-à-vis des véhicules à batteries. Ce revirement est un signal fort adressé aux investisseurs comme aux régulateurs : le pragmatisme a supplanté l’idéalisme.






