Radio France, l’Alliance de la Radio et les radios associatives ont lancé, le lundi 28 septembre 2026, un appel commun aux pouvoirs publics français et européens. Leur demande : rendre obligatoire l’installation d’un récepteur FM et DAB+ dans tous les véhicules neufs, avec un accès direct et gratuit garanti aux automobilistes.
Cet appel répond à une évolution déjà à l’œuvre chez plusieurs constructeurs. Certains modèles récents, notamment américains ou chinois, sont commercialisés sans accès direct à la radio hertzienne, ou proposent cette fonction en simple option payante. Les automobilistes concernés sont alors renvoyés vers des plateformes de streaming comme Spotify pour écouter leurs programmes.
Le vide juridique est réel : aucune loi n’impose la présence d’un récepteur radio à bord. Un règlement européen datant de fin 2020 impose bien que les véhicules équipés d’un récepteur radio intègrent le DAB ou DAB+, mais il ne dit rien sur l’obligation d’en équiper la voiture elle-même.
Certains modèles à petit prix ou certaines sportives radicales s’en passent déjà pour des raisons de coût ou de poids : la finition Essential de plusieurs Dacia repose uniquement sur le smartphone via le système Media Control, tandis que les Porsche badgées RS proposent la radio en option gratuite.
La radio présentée comme un rempart en cas de crise
L’argument central des diffuseurs n’est pas récréatif, il est sécuritaire. Contrairement au streaming, qui dépend d’une connexion Internet ou d’un abonnement, la diffusion hertzienne fonctionne indépendamment des réseaux mobiles et électriques. La présidente de Radio France, Sibyle Veil, résume la crainte dans L’Argus: « Une voiture sans récepteur est un angle mort de la sécurité civile. »
Deux épisodes récents nourrissent cette démonstration. Lors de la panne électrique survenue en Espagne en avril 2025, les antennes relais ont cessé d’émettre en majorité au bout d’une vingtaine de minutes, une fois leurs batteries de secours épuisées, et les téléphones ne pouvaient plus être rechargés.
Seule la diffusion hertzienne a continué d’acheminer l’information, selon le communiqué commun des organisations. Les incendies survenus en Gironde à l’été 2026 ont montré des dégâts comparables sur les réseaux filaires : dans un article du Monde, le directeur de Gironde numérique, Yann Breton, a évoqué environ 80 kilomètres de câbles de fibre optique et 1 200 poteaux endommagés, sur un réseau desservant plus de 520 000 foyers et entreprises.
Deux textes législatifs pourraient traduire cette demande en obligation. À Bruxelles, les instances européennes élaborent le règlement du Digital Networks Act, qui doit déterminer si l’équipement en récepteurs FM et DAB+ devient une contrainte légale pour les véhicules neufs. En France, l’article 2 d’une proposition de loi sur la modernisation de la radio, portée par le sénateur Laurent Lafon (Union Centriste), reprend cette même exigence et prévoit une place de premier plan pour la radio hertzienne sur le tableau de bord, avec un accès physique direct ou une présence dès la première page de la console multimédia.
Les acteurs du secteur travaillent sur ce dossier aux côtés de l’Arcom, du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale et du ministère de la Culture.
Les radios associatives insistent, elles, sur un autre risque : celui de l’invisibilisation des petites stations, qui ne disposent pas toutes d’une application de streaming. « La radio associative, c’est de la communication sociale de proximité et un maillage territorial que rien d’autre ne remplace », déclarent les co-présidents des Locales, Sylvain Delfau et Jean-Marc Courrèges Cénac.
Environ un tiers de l’écoute de la radio se fait en voiture, selon Médiamétrie. L’audience cumulée en semaine s’établit à 65,9 %, contre 66,7 % pour la période avril-juin 2025, et progresse en revanche le week-end, de 53,6 % à 54,8 %.
Pour la présidente de l’Alliance de la Radio, Constance Benqué, ces chiffres justifient une intervention législative plutôt qu’un simple arbitrage commercial : « L’accès des Français à la radio ne peut pas dépendre d’un accord commercial entre un constructeur automobile et une plateforme de streaming. C’est au législateur de le garantir, pas au marché. »
La proposition de loi de Laurent Lafon doit être examinée au Sénat le 13 octobre 2026.




