Pourquoi certaines voitures roulent avec des plaques noires marquées « DF » : les gendarmes eux-mêmes ne les contrôlent pas comme les autres

Cette plaque noire aperçue sur nos routes cache un secret vieux de 1984. Ni douanes, ni collection : son vrai propriétaire va vous surprendre, et le chiffre qui suit révèle bien plus qu’on ne l’imagine.

Publié le
Lecture : 2 min
Pourquoi certaines voitures roulent avec des plaques noires marquées "DF" : les gendarmes eux-mêmes ne les contrôlent pas comme les autres
Source : S.Julien - ERAS | L'Automobiliste

Une plaque au fond noir, avec des caractères blancs ou argentés, où les lettres DF précèdent toujours quatre chiffres : voilà ce que certains automobilistes ont pu remarquer sur l’autoroute, en ville, ou sur un parking de supermarché, sans jamais réussir à l’identifier. Selon le site spécialisé Auto Plus, cité par RMC Conso, cette plaque n’a rien d’anecdotique. Elle obéit à un régime précis, réservé à une catégorie très restreinte de véhicules.

Le format surprend d’emblée. À gauche du numéro figure la bande bleue européenne frappée de la lettre F, comme sur toute plaque française actuelle. Ce mélange d’un fond noir hérité des anciennes plaques et d’un élément moderne comme l’eurobande donne à ces plaques un aspect atypique. Et contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, elles n’équipent pas de vieilles voitures de collection mais des SUV récents ou des berlines modernes.

Ni les douanes, ni les diplomates

Beaucoup pensent que le sigle DF désigne les douanes françaises. C’est faux. Ces plaques ne concernent en rien l’administration douanière. Elles ne doivent pas non plus être confondues avec les plaques de collection, également noires à lettres claires mais dépourvues de bande bleue, ni avec les plaques diplomatiques, reconnaissables à leur fond vert.

En réalité, le régime DF a été créé par une circulaire publiée le 24 décembre 1984. Il est réservé aux véhicules privés des membres militaires et civils des organismes de liaison des forces allemandes stationnées en France, selon la formulation officielle.

Autrement dit, ces plaques identifient les voitures personnelles de certains militaires allemands en poste sur le territoire français, ainsi que du personnel civil rattaché à ces structures. Elles ne sont pas en vente libre et échappent totalement au grand public : impossible d’en obtenir une auprès de l’Agence nationale des titres sécurisés ou en préfecture.

Quant à la signification des deux lettres, elle déçoit les amateurs de théories. Ni douanes françaises ni « Deutsch Französische » : DF a simplement été retenu comme code de série lors de la création du dispositif, en 1984, sans autre signification particulière.

Un chiffre qui trahit la région

Le numéro qui suit les lettres DF n’est pas anodin. Le premier chiffre indique la zone de rattachement du véhicule. Les plaques allant de 0 à 3 renvoient à Paris et à la région parisienne. Le chiffre 4 désigne le Var.

Les chiffres de 6 à 9, eux, correspondent à Strasbourg, où sont basés l’Eurocorps et le 291e Jägerbataillon allemand, seule unité permanente de la Bundeswehr installée sur le sol français depuis 2010, sur la base d’Illkirch-Graffenstaden.

Les trois derniers chiffres forment un numéro d’ordre attribué au véhicule, de 000 à 999. Une fois la série épuisée, les numéros sont réattribués. Une plaque « DF 7123 », par exemple, appartient à ce régime spécial, se rattache à la zone de Strasbourg et porte le numéro d’ordre 123.

Ce système ne concerne pas uniquement les forces allemandes. D’autres militaires étrangers stationnés en France disposent de leurs propres séries : selon Auto Plus, les forces américaines circulent ainsi avec des plaques débutant par AD, « AF » ou HK.

Sur le plan légal, ces immatriculations ne se copient pas impunément. Des reproductions homologuées existent bien dans le commerce, en aluminium embouti, aux formats 52 cm sur 11 cm ou 30 cm sur 20 cm, avec caractères argentés et eurobande. Mais toute tentative d’usurpation d’une véritable plaque DF tombe sous le coup de l’article 441-1 du Code pénal, qui sanctionne les faux administratifs.

Laisser un commentaire