Une étude de l’Institut Mobilité en Transition (IMT) est venue lever le voile, le 23 mai, sur un phénomène que beaucoup soupçonnaient sans jamais en mesurer l’ampleur : l’explosion du prix des voitures neuves en France depuis 2020. Une flambée tarifaire qui interroge, car elle ne se résume pas aux seules pénuries ou hausses de matières premières. C’est un virage stratégique assumé.
Voitures neuves : des hausses au-delà de l’inflation
De 28 000 à 35 000 euros. En quatre ans, le prix moyen d’une voiture neuve en France s’est envolé de 25 %. Cette augmentation ne peut plus être présentée comme un effet collatéral de la pandémie. L’étude du think tank IMT, publiée le 23 mai 2025, met les pieds dans le plat, la moitié de cette hausse est imputable aux constructeurs eux-mêmes.
L’analyse, signée Jean-Philippe Hermine et Clément Dupont-Roc, est sans appel dans des propos rapportés par Les Echos : « La voie de l’explosion des prix est loin d’être une fatalité ou un fait réglementaire ». La montée en gamme volontaire (+8 %) et les hausses tarifaires délibérées (+4 %) pèsent davantage que les surcoûts de production et d’approvisionnement (+6 %). Un basculement.
Constructeurs : stratégie assumée, client sacrifié
Profitant d’un contexte inédit de pénurie de semi-conducteurs, les constructeurs ont découvert un pouvoir nouveau, celui de dicter leurs prix. Sur un marché habituellement ultra-concurrentiel, cette fenêtre d’opportunité a été exploitée sans retenue. « Les constructeurs ont largement mis en avant leurs marges devant les investisseurs », souligne l’IMT.
Ce n’est pas la concurrence qui a fait flamber les étiquettes, mais un alignement stratégique, volontaire et coordonné. Dacia, icône du low-cost, a vu ses tarifs bondir de 44 %. Renault, désormais apôtre du SUV familial, a abandonné les citadines pour des modèles plus lucratifs, faisant grimper ses prix moyens de 32 %.
Un marché à deux vitesses : les exclus du neuf
Mais à qui sont encore destinées ces voitures ? Certainement plus aux classes populaires. En 2020, les 40 % des ménages les moins aisés représentaient 43 % des acheteurs de véhicules neufs. En 2024, ils ne pèsent plus que 30 % du marché. « Les classes populaires et moyennes sont en train d’être évincées du marché du neuf », résume Clément Dupont-Roc dans Les Echos.
Mercedes, de son côté, a purement et simplement décidé de quitter la catégorie premium pour se repositionner sur le luxe. Résultat : +44 % de hausse en quatre ans. À l’inverse, Tesla a cassé les prix de ses véhicules électriques (-15 %), forçant ses concurrents haut de gamme à rester raisonnables.






