Voilà un chiffre qui devrait faire réfléchir tous ceux qui s’apprêtent à prendre la route en montagne cet hiver. 83 % des conducteurs français affirment connaître précisément les équipements obligatoires pour circuler dans les zones concernées par la Loi Montagne. Mais quand on leur demande de citer concrètement ces équipements, seuls 20 % parviennent à identifier les quatre solutions autorisées par la réglementation. Autrement dit, huit automobilistes sur dix se croient informés, alors qu’ils ne le sont pas vraiment.
Ce paradoxe, mis en lumière par une enquête IFOP réalisée pour Musher Antiglisse auprès de 1 000 personnes en octobre 2026, illustre un problème récurrent en matière de sécurité routière : le décalage entre le sentiment de maîtrise et la connaissance effective des règles. À quelques jours du 1er novembre, date à laquelle l’obligation d’équipement hivernal s’applique de nouveau dans les zones de montagne, cette confusion risque de se traduire par des contrôles, des amendes, mais surtout par des situations dangereuses sur des routes enneigées.
Les chaînes métalliques et les pneus 3PMSF bien identifiés, le reste dans le flou
L’enquête révèle une hiérarchie claire dans la notoriété des équipements. Les chaînes à neige métalliques et les pneus portant le marquage 3PMSF (reconnaissable à son symbole de montagne à trois pics avec un flocon) sont cités chacun par 65 % des conducteurs. Ces deux solutions, les plus anciennes et les plus visibles dans le débat public, bénéficient d’une bonne reconnaissance.
Mais dès qu’on sort de ces deux références, la connaissance s’effondre. Les chaussettes à neige et les chaînes textiles ne sont reconnues que par 56 % des automobilistes. Pire encore, les pneus quatre saisons portant le marquage 3PMSF ne sont cités que par 46 % des conducteurs. Et 44 % des Français ignorent tout simplement que les chaussettes à neige sont autorisées par la réglementation, alors qu’elles constituent une alternative pratique, facile à installer et conforme à la loi.
Reprenons : la réglementation offre quatre grandes catégories de solutions pour satisfaire à l’obligation hivernale. Quatre pneus hiver ou quatre saisons avec le marquage 3PMSF, ou bien des dispositifs antidérapants amovibles (chaussettes ou chaînes métalliques) pour équiper au moins deux roues motrices. Le simple marquage M+S, sans le symbole 3PMSF, ne suffit pas. Pourtant, seuls 20 % des automobilistes sont capables de citer l’ensemble de ces équipements sans en omettre ni en ajouter de non conformes.
Un travail de pédagogie qui reste à mener
Alexandre Baisse, cofondateur de Musher Antiglisse, une PME familiale basée à Castres spécialisée dans les chaussettes à neige, souligne l’urgence d’un travail de pédagogie. « Se sentir informé sur la Loi Montagne ne signifie pas nécessairement connaître les équipements autorisés. Il est essentiel que chacun puisse identifier les solutions à sa disposition pour préparer ses déplacements hivernaux en toute sérénité », explique-t-il dans le communiqué.
Le problème, c’est que cette méconnaissance ne concerne pas seulement les équipements. Elle touche aussi la géographie de l’obligation. La Loi Montagne, en vigueur depuis 2021, s’applique dans 48 départements français, principalement dans les massifs montagneux. Mais combien d’automobilistes savent précisément si leur trajet traverse une zone concernée ? Combien vérifient avant de partir si leur équipement est conforme ? Combien attendent d’être bloqués par la neige ou contrôlés par les gendarmes pour se poser la question ?
La peur de perdre le contrôle, première inquiétude des conducteurs
Au-delà de la réglementation, l’enquête IFOP révèle une autre réalité : la peur des automobilistes face aux conditions hivernales. Près de six conducteurs sur dix (58 %) redoutent de perdre le contrôle de leur véhicule ou de glisser sur la neige. Cette inquiétude est encore plus marquée chez les femmes (65 %) et chez ceux qui circulent régulièrement en période de neige (65 %).
Les autres appréhensions complètent ce tableau : 33 % craignent de rester bloqués dans la neige, 24 % redoutent d’être immobilisés à cause d’autres véhicules bloqués, 19 % appréhendent d’avoir à installer des chaînes au bord de la route, et 12 % craignent de ne pas disposer du bon équipement au moment critique. Autant de situations qui, chaque hiver, se produisent sur les routes de montagne, paralysant parfois des axes entiers pendant des heures.
Alexandre Baisse insiste sur l’anticipation : « Préparer ses déplacements hivernaux ne consiste pas seulement à respecter une obligation réglementaire. C’est aussi anticiper les conditions de circulation, vérifier son équipement et adapter sa conduite pour prendre la route avec davantage de sécurité et de sérénité. » Un discours de bon sens, mais qui se heurte à une réalité : trop d’automobilistes attendent les premières chutes de neige pour se préoccuper de leur équipement.
Cinq réflexes simples, rarement appliqués
Le communiqué rappelle cinq réflexes de base : vérifier son équipement avant le départ, anticiper l’installation en s’entraînant à poser ses dispositifs antidérapants, adapter sa conduite aux conditions (vitesse réduite, distances de sécurité accrues), préparer son trajet en consultant les prévisions météorologiques, et surtout ne pas attendre les premières chutes de neige pour agir.
Ces conseils, aussi évidents soient-ils, ne sont pas suivis par la majorité des automobilistes. Chaque hiver, les mêmes scènes se répètent : des véhicules mal équipés bloqués sur les routes, des conducteurs surpris par les conditions, des accidents évitables. La Loi Montagne, en imposant une obligation d’équipement du 1er novembre au 31 mars, visait précisément à réduire ces situations. Mais elle ne peut rien si les automobilistes ne connaissent pas les équipements autorisés.
Reste une question : pourquoi cette méconnaissance persiste-t-elle cinq ans après l’entrée en vigueur de la loi ? Peut-être parce que la communication publique sur le sujet reste insuffisante. Peut-être aussi parce que les automobilistes, confiants dans leur expérience, sous-estiment les risques. Ou peut-être tout simplement parce qu’ils préfèrent ne pas y penser, jusqu’au jour où ils se retrouvent bloqués dans la neige, sans équipement conforme, à quelques kilomètres d’un col alpin.

