Flottes électriques : l’autonomie surpasse le coût comme obstacle

Le Baromètre des Flottes 2026 de Beev révèle que 49% des gestionnaires identifient l’autonomie comme le principal frein à l’électrification, loin devant le coût d’acquisition (26%). Alors que 100% des flottes interrogées disposent déjà de véhicules électriques et qu’aucune n’envisage de marche arrière, les constructeurs doivent adapter leur offre aux usages professionnels réels.

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Flottes électriques : l'autonomie surpasse le coût comme obstacle
Flottes électriques : l’autonomie surpasse le coût comme obstacle © L'Automobiliste

La transition vers des flottes d’entreprise électriques ne se heurte plus aux réticences des managers ni aux prix d’acquisition. Le Baromètre des Flottes 2026 de Beev, publié le 21 septembre, révèle que 49% des gestionnaires considèrent l’autonomie des véhicules comme le principal obstacle à l’électrification, loin devant le coût d’achat (26%). Ce changement oblige les constructeurs automobiles à repenser leur stratégie produit et leur communication sur le marché B2B.

L’autonomie comme défi principal

L’enquête menée en août 2026 auprès de 125 décideurs et gestionnaires de flotte en France montre un paradoxe : malgré les efforts des constructeurs pour réduire les tarifs, l’autonomie reste la priorité. Près de la moitié des répondants la placent en tête de leurs préoccupations, contre seulement un quart pour le coût d’acquisition. Les véhicules électriques ont surmonté le défi du prix grâce aux aides publiques et à une baisse des coûts de production, mais leur autonomie est encore jugée insuffisante pour les usages professionnels intensifs.

Les gestionnaires interrogés dirigent des parcs où au moins 10% des véhicules sont électriques, avec 50% des flottes majoritairement ou entièrement électrifiées (34 entreprises dépassant 75%, dont 28 atteignant 100%). La question n’est donc plus de savoir s’il faut passer à l’électrique, mais comment optimiser des véhicules dont l’autonomie ne répond pas toujours aux contraintes du terrain.

Un décalage entre l’offre et les besoins

Les cycles d’utilisation professionnels diffèrent des trajets domicile-travail. Un commercial peut parcourir 300 à 400 kilomètres par jour, un technicien de maintenance couvre un large territoire, un livreur urbain enchaîne les arrêts moteur allumé. L’autonomie annoncée en cycle WLTP ne correspond pas aux conditions réelles : autoroute, climatisation, chargement, conduite urbaine avec de nombreux redémarrages.

Selon le baromètre, les entreprises attendent des constructeurs une communication claire sur l’autonomie réelle en conditions d’usage professionnel, ainsi que des modèles spécifiquement conçus pour les flottes. Les utilitaires électriques sont rares au-delà de 250 kilomètres d’autonomie réelle, et les berlines pour grands rouleurs restent coûteuses. Le moteur sans terres rares de Renault pourrait abaisser les coûts de 30%, mais l’autonomie reste cruciale.

Réticence des collaborateurs : un mythe dissipé

Le baromètre révèle une surprise : aucun gestionnaire ne cite la réticence des collaborateurs comme un frein à l’électrification. Le mythe du salarié refusant le véhicule électrique s’effondre. Les conducteurs acceptent la technologie, à condition que les véhicules répondent aux exigences de leur métier. L’enjeu est technique : fournir des véhicules dont l’autonomie permet de remplir les missions quotidiennes sans crainte de panne.

Les entreprises ont installé massivement des infrastructures de recharge : 71% disposent de bornes sur leurs sites, 46% au domicile des collaborateurs. Cependant, 74% ne structurent pas cet accompagnement, révélant un décalage entre pratiques terrain et processus formalisés. Les constructeurs doivent intégrer cette réalité dans leur offre de services.

Les attentes des flottes envers les constructeurs

Les gestionnaires réclament des données fiables. L’autonomie WLTP, mesurée en laboratoire, ne reflète pas les conditions autoroutières hivernales avec chauffage à fond. Les constructeurs doivent publier des autonomies segmentées par usage : urbain, périurbain, autoroutier, avec différentes températures extérieures. Tesla a ouvert la voie avec son calculateur d’autonomie en ligne, mais l’industrie européenne tarde à suivre.

Beev souligne que « le prochain défi de l’électrification ne sera plus de convaincre les gestionnaires de passer à l’électrique, mais de leur permettre d’en maîtriser pleinement la performance, les coûts et les usages ». Les flottes veulent des véhicules prévisibles, dont l’autonomie ne varie pas de 40% selon les conditions météorologiques.

Les constructeurs doivent développer des gammes spécifiques pour les flottes : utilitaires à grande autonomie, berlines optimisées pour les longs trajets, citadines robustes pour la livraison urbaine. Les modèles grand public ne répondent pas toujours aux contraintes professionnelles : capacité de remorquage limitée, volume de chargement insuffisant, temps de recharge inadaptés aux plannings serrés.

Le retrait du groupe Bolloré de la production de bus électriques illustre les difficultés du secteur à rentabiliser des productions de niche. Pourtant, les flottes représentent un marché stable et prévisible pour les constructeurs capables d’adapter leur offre.

Une accélération inévitable malgré les obstacles

Le baromètre confirme l’irréversibilité de la transition : aucun gestionnaire n’envisage de ralentir, reporter ou suspendre son électrification. Tous les répondants disposent déjà de véhicules 100% électriques dans leur parc, avec une part minimale de 10%. L’électrification n’est plus un projet mais une réalité opérationnelle.

Les motivations restent principalement économiques : 31% des gestionnaires placent la réduction du coût total de détention (TCO) au premier rang, devant l’image de marque (28%) ou les exigences clients (26%). Paradoxalement, aucun gestionnaire ne connaît précisément son TCO véhicule par véhicule, révélant un besoin urgent d’outils de pilotage.

Sur l’horizon des deux prochaines années, 27% des entreprises accélèrent leur rythme d’électrification, tandis que 49% maintiennent le tempo prévu. Seuls 24% attendent une clarification réglementaire avant de commander de nouveaux véhicules. L’instabilité législative (fiscalité, quotas de verdissement, aides à l’acquisition) freine un quart des décideurs, mais n’empêche pas la majorité d’avancer.

Beev, leader français du passage des flottes au 100% électrique avec une clientèle incluant Too Good To Go, Danone, Carrefour, Veolia et Burger King, observe que « cette 1ère édition du Baromètre des Flottes dresse le portrait d’une transition déjà bien engagée, mais encore loin d’être pleinement structurée ».

Les constructeurs automobiles doivent désormais répondre à une demande mûre mais exigeante : des véhicules électriques dont l’autonomie réelle permet d’accomplir les missions professionnelles sans compromis. Le prix n’est plus le principal obstacle. L’autonomie, oui.

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