La filiale d’Alphabet Waymo vient d’annoncer le rappel volontaire de l’intégralité de sa flotte commerciale — soit 3 791 véhicules autonomes — après la découverte d’un défaut logiciel aux conséquences aussi cocasses que préoccupantes. Tout est parti d’un robotaxi qui, le 20 avril dernier à San Antonio, au Texas, a décidé d’aller se faire une petite baignade dans les eaux d’une route inondée, sans passager à bord pour tenter de le raisonner. L’Agence nationale de sécurité routière américaine (NHTSA) a depuis établi que la totalité des véhicules équipés des systèmes de conduite automatisés de 5e et 6e génération présentaient ce défaut potentiellement dangereux.
Waymo, pionnier de la voiture autonome en difficulté
Waymo, née des ambitions automobiles de Google sous le nom de Google Car Project, figure parmi les acteurs les plus avancés — et les plus audacieux — du marché des véhicules autonomes. La société exploite aujourd’hui des services commerciaux de robotaxis dans onze marchés américains, avec plus d’un demi-million de trajets assurés chaque semaine selon ses propres chiffres. San Francisco, Los Angeles, Phoenix, Austin et Miami composent le cÅ“ur de son territoire de prédilection.
Des milliards de dollars ont été engloutis dans le développement de cette technologie, des millions de kilomètres accumulés sur routes ouvertes. Mais cette nouvelle mésaventure révèle avec une certaine brutalité les défis qui persistent pour quiconque prétend garantir une sécurité absolue dans l’ensemble des conditions de conduite — y compris, manifestement, quand il pleut un peu trop fort. Pour mettre en perspective les enjeux de l’autonomie à grande échelle, on notera que Tesla a récemment dépassé les 16 milliards de kilomètres parcourus en FSD, ce qui n’empêche pas le secteur entier de trébucher sur des ornières imprévues.
L’incident de San Antonio révèle une faille critique
Le 20 avril 2026, sur une route limitée à 65 km/h à San Antonio, un véhicule Waymo inoccupé a détecté une section de chaussée inondée. Jusque-là , rien d’anormal : c’est précisément ce qu’on attend d’un système censé remplacer le conducteur humain. Sauf que, là où un automobiliste ordinaire aurait freiné puis rebroussé chemin, le robotaxi a ralenti sans pour autant s’immobiliser, avant de s’aventurer gaiement vers la zone aquatique et de se retrouver emporté dans un cours d’eau adjacent. Une plongée non programmée, et pour le moins remarquée.
Selon le rapport de la NHTSA publié le 6 mai, la faille se manifeste précisément lorsque les véhicules Waymo croisent de l’eau stagnante sur des voies à vitesse élevée : le système peut réduire l’allure, mais échoue à immobiliser complètement l’engin face au danger. « Pénétrer sur une chaussée inondée peut provoquer une perte de contrôle du véhicule, augmentant le risque d’accident ou de blessure », précise sobrement l’agence fédérale dans son communiqué — avec une litote dont on appréciera la retenue.
Des incidents du même acabit ont par ailleurs été filmés à Austin et dans d’autres localités, montrant des robotaxis s’aventurant sur des routes noyées ou se retrouvant figés dans la circulation sous des pluies diluviennes. Ces épisodes viennent s’ajouter à d’autres déboires récents : l’incapacité de certains véhicules à céder le passage aux bus scolaires à Austin, ou encore les dysfonctionnements observés lors de coupures de courant généralisées à San Francisco en décembre dernier.
Waymo contraint de rappeler 3 800 véhicules autonomes après un incident majeur
Face à cette situation, Waymo a réagi avec une célérité qui force le respect. Dès le jour même de l’incident, l’entreprise déployait des restrictions supplémentaires pour limiter les risques par mauvais temps — mises à jour des contrôles liés aux conditions climatiques, modifications des systèmes de cartographie. L’intégralité de la flotte avait reçu un correctif logiciel provisoire dans les heures suivant l’incident, et le rappel officiel était initié dès le 24 avril.
Cette capacité de déploiement instantané constitue paradoxalement l’un des atouts les plus précieux de Waymo. Là où un constructeur traditionnel doit contacter individuellement des milliers de propriétaires dispersés aux quatre coins du pays, la société détient l’intégralité de sa flotte en propre, ce qui lui permet d’agir sans délai ni préavis aux consommateurs. « Nous avons identifié un domaine d’amélioration concernant les voies inondées non praticables, spécifiquement sur les routes à vitesse élevée », a déclaré un porte-parole de l’entreprise — avec une sobriété tout administrative.
Des implications majeures pour l’industrie automobile
Au-delà de l’anecdote savoureuse, cet incident soulève des questions de fond sur la maturité réelle des systèmes de conduite autonome. Les 3 791 véhicules visés par ce rappel représentent l’une des flottes commerciales les plus importantes au monde dans ce segment, et l’événement résonne bien au-delà des seules frontières de Waymo. Tesla, Cruise et les autres acteurs du secteur observent cette crise avec une attention toute particulière, conscients qu’elle illustre des défis qui leur sont communs. La gestion des conditions météorologiques extrêmes demeure l’un des problèmes les plus épineux à résoudre pour ces systèmes, aussi sophistiqués soient-ils.
Waymo a annoncé travailler sur des « garde-fous logiciels supplémentaires » et mis en place des « mesures d’atténuation » restreignant les zones d’opération de ses robotaxis en cas d’intempéries sévères. La société évite désormais « les zones où des inondations soudaines pourraient se produire » lors des épisodes de pluie intense.
Dans un contexte où les régulateurs européens commencent eux aussi à se saisir du sujet, comme en témoigne l’appel de Clément Beaune aux acteurs du secteur à accélérer leur déploiement en France, cet épisode américain offre une leçon d’humilité précieuse : l’intelligence artificielle a beau être redoutablement performante, elle n’a pas encore tout à fait appris à nager.


