Depuis le 12 octobre, le Mondial de l’Auto de Paris accueille 25 marques chinoises, un chiffre inédit parmi les 60 exposants. Des marques comme BYD, Xpeng, Lynk&Co et Omoda&Jaecoo présentent des véhicules conçus pour les conducteurs européens, à des prix qui perturbent les équilibres établis. En réaction, les constructeurs européens ont accru leur présence, passant de 11 à 18 marques entre 2024 et 2026. Le salon se transforme ainsi en un lieu de confrontation directe entre deux visions de l’automobile électrique.
Les quatre acteurs chinois majeurs et leurs stratégies produits
BYD : de leader mondial à la conquête du marché français
Bien que BYD soit le numéro un mondial des ventes de véhicules électriques, il ne représente que moins de 2% du marché français. L’entreprise s’engage néanmoins à s’y implanter durablement. Selon Dorothée Bonassies, directrice générale pour la France, BYD ambitionne d’atteindre 200 concessionnaires pour renforcer la confiance des clients. Le salon, inauguré par Emmanuel Macron le 12 octobre, permet à BYD de présenter sa gamme complète de véhicules électriques, des berlines aux SUV. Le réseau de distribution dense est un élément clé pour rassurer les automobilistes français, attachés au service après-vente de proximité. France Info rappelle que BYD vise 200 concessionnaires à moyen terme.
Xpeng et la L03 : le pari de la citadine compacte à 35 000 euros
Xpeng, arrivée en France en 2024, prévoit 9 000 ventes en 2026, dépassant les 7 000 initialement envisagées. Au Mondial, elle dévoile la L03, une citadine à 35 000 euros conçue spécialement pour l’Europe. Thomas Rodier, directeur commercial en France, souligne que ce modèle répond à une demande européenne, où les véhicules compacts sont privilégiés, contrairement à la Chine où les grands SUV dominent. La L03 vise directement les citadines électriques de Renault, Peugeot et Volkswagen, avec un positionnement tarifaire agressif et une technologie de batterie avancée.
Lynk&Co et Omoda&Jaecoo : les nouveaux entrants positionnés sur les SUV
Au Mondial de l’Auto, Lynk&Co, propriété de Geely, présente trois SUV haut de gamme et vise 2 000 unités vendues en 2027. Omoda&Jaecoo, du groupe Chery, adopte une autre stratégie en installant un centre de recherche et développement à Paris pour concevoir des citadines adaptées au marché local. Lionel French-Keogh, directeur des opérations en France pour Chery, explique que l’implantation de la R&D en Europe montre que les constructeurs chinois cherchent à développer des véhicules localement, et non plus simplement à exporter.
Positionnement tarifaire et gammes : où la Chine attaque
Les marques chinoises proposent des prix inférieurs de 15 à 30% par rapport aux équivalents européens. Par exemple, la L03 de Xpeng à 35 000 euros se situe en dessous de la Renault Mégane E-Tech ou de la Volkswagen ID.3 pour des configurations similaires. BYD mise sur le rapport qualité-prix en offrant des équipements de série souvent optionnels chez les concurrents européens. Cependant, la perception des marques chinoises comme bas de gamme persiste chez les consommateurs français. Le Parisien évoque même un « Temu Range Rover » pour qualifier certains modèles chinois, en référence à un site de vente discount. Les constructeurs chinois doivent donc travailler sur leur image de qualité pour dépasser le simple argument de prix.
Segmentation produits : électriques, SUV, citadines, haut de gamme
L’offensive chinoise couvre tous les segments. BYD propose des berlines électriques familiales, Xpeng cible les citadines urbaines, Lynk&Co se positionne sur le haut de gamme avec des SUV premium, tandis qu’Omoda&Jaecoo développe des compactes polyvalentes. La Plateforme automobile estime que les marques chinoises pourraient atteindre 20% des ventes de voitures neuves en Europe d’ici 2030, soit le double de leur part actuelle. Le salon de Paris met aussi en lumière des innovations technologiques, comme des systèmes d’aide à la conduite avancés et des batteries à autonomie étendue. Les constructeurs chinois ne misent plus seulement sur les prix, mais aussi sur l’innovation.
Réaction des constructeurs européens au Mondial 2026
Stellantis, Renault, BMW : présence renforcée et contres-offensives
Les constructeurs européens réagissent avec vigueur. Stellantis, avec ses marques Peugeot, Citroën, Opel et DS, est fortement présent au Mondial. Renault dévoile plusieurs nouveautés électriques à prix compétitifs. BMW et Mercedes ajustent leurs gammes pour contrer les SUV chinois haut de gamme. Le Monde souligne que ces marques s’appuient sur leur expérience centenaire, leur réseau établi et leur réputation de fiabilité. Plusieurs constructeurs européens annoncent des partenariats avec des fournisseurs asiatiques de batteries pour réduire leurs coûts et combler leur retard technologique.
L’enjeu de la confiance consommateur face aux marques émergentes
La confiance des consommateurs devient cruciale. Les Français restent attachés aux marques connues, surtout pour un achat important comme une voiture. BYD l’a compris et développe son réseau de concessionnaires. Xpeng privilégie la transparence technique et les essais gratuits, tandis que Lynk&Co propose des abonnements flexibles. Les 500 000 visiteurs attendus au Mondial jusqu’au 18 octobre auront l’occasion de comparer directement les offres, permettant ainsi aux automobilistes de se faire leur propre opinion sur la qualité des véhicules chinois. Pour BYD, qui envisage une usine en France, ainsi que pour les autres acteurs chinois, le salon parisien représente un test grandeur nature pour séduire les consommateurs européens.
